Discours du 25 mars 2026
Bruno Fuchs · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179
Il y a soixante ans, à Phnom Penh, le général de Gaulle dénonçait l’intervention militaire américaine au Vietnam. Devant 100 000 personnes, il affirmait qu’aucune puissance n’avait le droit d’imposer sa loi à un peuple étranger par la guerre. Il fixait ainsi les grands principes de la doctrine française, qui fondent encore aujourd’hui notre action : indépendance, respect du droit international, refus de l’escalade militaire, vision multilatérale et nécessité de trouver des solutions politiques.C’est dans cette même tradition que se placent Jacques Chirac et Dominique de Villepin en 2003, lors de l’invasion de l’Irak. C’est sur une telle base, dans le respect de ces mêmes principes, que la France agit aujourd’hui avec clarté et avec force. Car la décision d’engager une guerre avec l’Iran a plongé le monde dans une crise majeure et inédite. Cette décision, la France ne l’a ni souhaitée ni soutenue.
À cette occasion, je veux saluer le courage de nos soldats, honorer la mémoire de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tombé pour la France au Kurdistan irakien, et avoir une pensée pour tous ses proches. Notre position militaire est strictement défensive. Une telle ligne correspond à un choix politique fondamental : celui de refuser l’engrenage militaire, tout en restant crédibles – crédibles car capables d’agir.Sur le plan diplomatique, la France fait entendre une voix singulière, une voix d’équilibre : condamner les violences, oui ; appeler à la désescalade, oui ; défendre le droit international, toujours. Ce choix est exigeant, mais il est juste. Il traduit un refus de nous engager dans une action militaire, mais il assure notre capacité à défendre nos intérêts et à respecter nos engagements internationaux envers nos partenaires.Au-delà de la gestion immédiate de la crise, l’état du monde et des règles qui l’organisent pose une question plus profonde : celle de notre capacité à inventer une nouvelle gouvernance mondiale et à créer une dynamique de paix et de respect des libertés publiques.Le droit international est aujourd’hui fragilisé, ignoré et, de plus en plus souvent, ouvertement bafoué – y compris par ceux qui devraient en être les premiers garants. Cette dérive consacre un retour brutal des rapports de force comme principe organisateur des relations internationales. Nous devons engager toute notre énergie pour résister à cette logique funeste. Le droit international n’est pas un simple outil dont le respect, opportuniste, serait une option : il est la condition d’un ordre mondial stable. Or, pour cela, il doit être renforcé, aussi bien dans ses mécanismes de décision que dans ces capacités à sanctionner. Une gouvernance mondiale crédible ne peut reposer sur la loi du plus fort.Dans ce combat, l’Europe a une voix singulière. Il lui incombe une responsabilité de premier plan. L’Europe ne peut pas, ne peut plus se contenter d’être une puissance normative dépourvue de capacités d’action adaptées aux nouveaux enjeux. Si elle veut peser, elle doit parler d’une seule voix, assumer une véritable stratégie de puissance et se donner les moyens de faire respecter ses positions et d’assurer sa souveraineté.Pour la France, l’enjeu est direct. Chaque affaiblissement du droit international, chaque escalade militaire, chaque déstabilisation régionale a des conséquences sur notre sécurité, sur notre économie et notre souveraineté, ainsi que des répercussions directes sur nos concitoyens. Face aux logiques d’escalade, la France doit redoubler d’efforts pour faire émerger une solution politique, dans un cadre multilatéral, en mobilisant pleinement tous les leviers, notamment européens et onusiens.Dans le même temps, nous devons, dans une logique de proximité et d’accompagnement des populations, nous montrer à la hauteur de l’urgence humanitaire. Nous l’avons encore fait très récemment en apportant une aide supplémentaire au Liban, où le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’est tenu, la semaine dernière, aux côtés des Libanais, ce peuple ami. Nous devons aussi être aux côtés du peuple d’Iran et tout mettre en œuvre pour l’aider à se défaire d’un régime sanguinaire.Mesdames et messieurs les ministres, chers collègues, au cœur de cette grave crise mondiale, voici la question qui se pose : voulons-nous subir les désordres du monde ou contribuer à les contenir ? Sommes-nous capables de bâtir un monde de respect, de paix et de prospérité ? (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).