Discours du 13 mai 2025
Bruno Retailleau · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°189
D’autres questions me donneront l’occasion de revenir sur ce qui est arrivé à ce sapeur-pompier volontaire qui combat toujours la mort et dont le sort nous a tous beaucoup touchés.Vous m’interrogez sur le narcotrafic. C’est un combat national, que nous ne gagnerons ni en quelques heures, ni en quelques jours. Un tsunami de poudre blanche ravage non seulement nos villes, mais aussi nos campagnes.J’ai été informé du trouble profond suscité dans la commune que vous évoquez par des menaces proférées à l’encontre de lycéens aux abords d’un point de deal. Les policiers se sont immédiatement mobilisés, tout comme les policiers municipaux, et ont bénéficié du renfort des CRS. Ils ont procédé à trois interpellations et à une mise sous écrou. Nous ne laisserons pas les choses en l’état.Avec l’autorité judiciaire, nous devons démanteler ce réseau : il le sera. J’ai demandé au maire de densifier le réseau de vidéosurveillance – c’est fondamental. En un an, nous avons triplé le nombre de mises sous écrou et la tendance se confirme en 2025. Quarante-cinq personnes ont été placées sous écrou en 2024 et il y en aura sans doute encore davantage en 2025.Vous appelez plus généralement mon attention sur votre département. À Nîmes, nous avons commencé à mener de nouvelles opérations renforcées de sécurité, qui mêlent dimensions judiciaire, sécuritaire et administrative. En quelques semaines, il a été procédé à 598 interpellations. Une centaine de commerces ont été contrôlés ; vingt d’entre eux ont été définitivement fermés. Des armes blanches ont été confisquées.Demain, au côté du président de la République, nous inaugurerons l’état-major permanent de lutte contre la criminalité organisée. Il s’agit de donner forme au texte que vous avez voté très majoritairement pour lutter contre ce phénomène. Ce combat sera long et difficile mais, croyez-moi, nous le gagnerons. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe DR.)
Le 8 mai, nous avons tous célébré la paix et la liberté. J’étais moi-même dans la petite commune qui a vu naître Jean de Lattre de Tassigny, en Vendée, lequel a signé pour la France l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945. (Mme Justine Gruet applaudit.)Je n’ai pas l’indignation sélective.
Nous avons enclenché la procédure pour dissoudre un groupe d’ultradroite, Lyon Populaire, ainsi que d’autres groupes, d’ultragauche, comme La Jeune Garde. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et GDR.) Pas de géométrie variable ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN, DR, HOR et UDR ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)Le week-end dernier, avec le préfet de police de Paris, nous étions convenus que ce dernier prenne trois arrêtés d’interdiction à l’encontre de trois manifestations : un défilé d’ultradroite, un contre-défilé d’ultragauche et un village antifasciste devant le Panthéon. (Exclamations prolongées sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Le juge administratif a confirmé l’interdiction de la contre-manifestation d’ultragauche. Cette décision n’a été prise ni par le ministre de l’intérieur, ni par le préfet de police, mais par la justice administrative – je le répète pour vous qui êtes si attachés, comme nous tous, à la règle de droit.
Nous avons mobilisé de nombreux membres des forces de l’ordre pour encadrer ces manifestations. Elles l’ont été : les forces de l’ordre ont procédé à de multiples interpellations. Conformément à l’article 40 du code de procédure pénale, nous avons signalé plusieurs individus, notamment certaines personnes faisant partie du service d’ordre du défilé d’ultradroite, qui ont défilé visage masqué, cagoulé – c’est un délit. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)Depuis, nous avons visionné les vidéos et nous avons procédé à un nouveau signalement au titre de l’article 40 pour des gestes et des symboles qui, à notre avis, tombent sous le coup de la loi de la République… (Mme la présidente coupe le micro de M. le ministre, dont le temps de parole est écoulé. – Quelques députés du groupe DR applaudissent ce dernier.)
Madame la députée, je vous sais très attachée au territoire théâtre de ce drame. Vous y êtes née et vous connaissez bien les pompiers, professionnels ou volontaires, du centre de secours. Je voudrais, comme vous venez de le faire, au nom du premier ministre et du gouvernement, assurer le chef Niccolo de toute notre sollicitude. Je sais qu’il se bat ; opéré il y a quelques heures, il est toujours dans le coma.
Nos pensées vont, bien entendu, à sa famille, à son épouse, à son fils de 7 ans, à ses parents et aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires du centre de secours d’Évian-les-Bains et du Sdis de Haute-Savoie.Les sapeurs-pompiers sont de plus en plus agressés. L’an dernier, on a dénombré contre eux près de 1 500 agressions.
Ce crime – c’est ainsi que l’a désigné le procureur –, ce meurtre, est abject. Tous les meurtres sont abjects, mais celui-ci l’est plus que les autres. D’abord parce que, d’après le témoignage de ses compagnons et camarades présents sur les lieux, l’individu a foncé délibérément sur Niccolo, à toute vitesse, ne lui laissant aucune chance. Ensuite parce que le coupable est ensuite revenu : il a fait demi-tour, a baissé sa vitre et a craché sur la victime.
D’un côté, il y a un voyou, avec quinze antécédents judiciaires ; de l’autre, un sapeur-pompier volontaire, qui s’est engagé de toutes ses fibres pour sauver des vies, au risque de la sienne. Alors oui, il faudra bien sûr revoir entièrement les modalités judiciaires applicables aux jeunes majeurs et aux mineurs. Parce que la différence entre les peines encourues, les peines prononcées et les peines exécutées… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de M. le ministre. – Quelques députés du groupe DR applaudissent ce dernier.)
Nous connaissons parfaitement cet individu. Vous avez souligné, à juste titre, ses propos antisémites, contre les femmes et contre les personnes LGBT. Il y a deux ans, la préfète s’était substituée au maire de Lyon afin d’interdire sa conférence dans la ville.
Dans quelques jours, le même individu fréro-salafiste souhaite animer une conférence à Meyzieu. La préfète de la région a écrit au maire pour lui demander de prendre un arrêté d’interdiction. Nous pensons qu’il va le faire, mais si ce n’était pas le cas, j’ai donné l’instruction à la préfète de se substituer au maire de Meyzieu pour que l’arrêté d’interdiction de cette conférence soit pris.Vous accusez la préfecture, mais, suivant nos instructions, il y a quelques semaines, la préfète a résilié les deux contrats liant l’État et l’association Al Kindi, qui gère des établissements scolaires accueillant des élèves du CP à la terminale. Le juge administratif saisi en référé lui a pour l’instant donné raison.Dans quelques jours, un Conseil de défense et de sécurité nationale, présidé par le président de la République, doit avoir lieu : il portera précisément sur la menace islamiste, dont j’ai fait une priorité parce qu’elle est réelle en France et qu’elle dépasse le djihadisme. Elle prend notamment la forme du frérisme, qui pratique, à bas bruit, l’entrisme dans nos associations sportives et culturelles. Et nous entendons combattre ces mouvements qui menacent notre République. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Vous venez de rendre hommage aux sapeurs-pompiers, qu’ils soient professionnels ou volontaires – en l’occurrence, le sergent-chef sapeur-pompier qui lutte contre la mort est un pompier volontaire. Une France courageuse, une France qui s’engage, représentée par les pompiers, fait en effet face à une France ensauvagée (« Oh ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), représentée par une petite minorité.Les sapeurs-pompiers représentent beaucoup plus que le service public de la sécurité civile. Ils rendent un service immense à notre nation. Ils témoignent de la force du don de soi contre la tentation du chacun pour soi, de la force de l’engagement contre la facilité. Ils montrent aussi qu’une société ne peut tenir debout si chacun réclame toujours plus de droits sans que personne n’assume des devoirs. Ils sont cette France debout, celle du courage, qui doit être protégée.Et cet individu était multirécidiviste ; il conduisait alors que son permis de conduire lui avait été retiré moins d’un mois auparavant. Une révolution pénale est en effet nécessaire, notamment à destination des mineurs délinquants, parce que le refus des sanctions, des courtes peines de prison, les enferme dans de longs parcours de délinquance qui créent beaucoup de casse. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Il convient au contraire d’inverser les choses, comme aux Pays-Bas. Votre assemblée examinera tout à l’heure la proposition de loi visant à renforcer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents. Ce texte contribuera à cette révolution pénale et à la restauration de l’autorité, conditions du rétablissement de l’ordre public en France. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.)
Votre question est révélatrice car, contrairement à vous, je n’ai pas l’indignation sélective : quand je dois dissoudre des mouvements, je tape autant sur l’ultradroite que sur l’ultragauche. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Je ne vous ai jamais entendus protester quand des mouvements d’ultragauche, notamment La Jeune Garde, commettent des exactions. (« Eh oui ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.) La semaine dernière, j’ai demandé au préfet de police de prendre un arrêté d’interdiction de différentes manifestations, qu’elles soient d’ultradroite ou d’ultragauche.
J’ai déjà rappelé que le tribunal administratif avait cassé ces arrêtés, notamment celui concernant Paris.
Puisque la décision a été rendue la veille de la manifestation, nous n’avions pas le temps de faire appel devant le Conseil d’État.Je ne suis fasciné par aucune forme de violence.
À chaque fois qu’il y aura de la violence, je la combattrai, car elle est contraire à la République et à la nation. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Les ultraviolents auront toujours affaire à moi, qu’il s’agisse de vos amis de gauche ou de l’extrême droite. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous ne vous indignez qu’en fonction de vos options politiciennes ; ce n’est pas mon cas.
J’ai pour mission de protéger les Français et la République. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je connais votre attachement au corps des sapeurs-pompiers, dont vous êtes officier. J’ai déjà répondu à plusieurs questions sur ce sujet. Nos pensées vont au sergent-chef Niccolo Scardi et à sa famille, et nous espérons qu’il pourra se rétablir, malgré son état très grave.Nous avons tous été révoltés par cette tentative de meurtre abjecte, qui oppose un voyou multirécidiviste à un sapeur-pompier volontairement engagé sur son temps libre pour porter secours à ceux qui en ont besoin. Il est probable que si ce voyou était un jour victime d’un accident, le sergent-chef Niccolo lui porterait secours pour lui sauver la vie.
Il faut de la fermeté, notamment pénale, en matière de justice des mineurs. L’Assemblée y travaille avec l’examen prochain d’une proposition de loi visant à restaurer l’autorité de la justice à l’égard des mineurs délinquants et de leurs parents. Il faut rétablir de courtes peines, comme l’ont fait les Pays-Bas avec un certain nombre de résultats.
En ce qui concerne les rodéos urbains, j’ai pris la décision d’uniformiser la doctrine pour l’ensemble du territoire par une instruction que je publierai dans les prochains jours et à laquelle nous avons travaillé ces derniers mois. Jusqu’à présent, deux doctrines coexistaient : l’une propre à la préfecture de police de Paris, selon laquelle la poursuite d’auteurs de faits devient possible quand certaines conditions sont remplies, notamment la présence de nombreuses personnes ; l’autre, s’appliquant au reste du territoire, selon laquelle la poursuite n’est pas possible. La nouvelle instruction sera claire : la doctrine de la préfecture de la police de Paris sera la seule appliquée, afin que les forces de l’ordre puissent engager des poursuites dans l’ensemble du territoire. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
Bien sûr que les faits que vous avez relatés sont absolument inacceptables et inadmissibles ! J’ai déjà indiqué qu’en 2024, près de 4 500 sapeurs-pompiers, volontaires ou professionnels, avaient été agressés.Plusieurs réponses doivent être apportées, notamment une réponse de long terme, que je n’ai pas encore évoquée : dans une société qui a déconstruit tous les cadres – d’autorité, de hiérarchie, de respect d’autrui –, il faudra trouver les moyens d’enrayer la fabrique des barbares, mais sans autorité et sans hiérarchie, nous n’y parviendrons pas ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Cela est vrai dans la famille, à l’école et dans l’ensemble de la société.J’ai déjà dit un mot de notre réponse de moyen terme et je crois beaucoup à cette révolution pénale. J’ai détaillé les dispositions que nous prendrons pour que les policiers et les gendarmes puissent, dans l’ensemble du territoire français, poursuivre ceux qui prennent part à des rodéos urbains.Je veux à mon tour condamner les propos que vous venez de rapporter. On voit la fascination, voire la complicité, d’une extrême gauche vis-à-vis de la violence que nous dénonçons et que nous, nous traquons partout, à tous les instants.J’achèverai mon propos en rappelant l’immense respect que j’ai pour les sapeurs-pompiers de France. Je voudrais que vous leur rendiez un immense hommage, parce qu’ils le méritent. (Les députés des groupes RN, EPR, SOC, DR, EcoS, Dem, HOR, LIOT, et GDR, ainsi que M. Damien Maudet, se lèvent et applaudissent. – Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)J’espère bien que d’ici peu, l’article 24 de la loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 sera appliqué : il prévoit notamment, en guise de reconnaissance de leur fidélité, la gratification des sapeurs-pompiers volontaires par des trimestres de retraite supplémentaires.Ces femmes et ces hommes, absolument extraordinaires et exemplaires, méritent cette reconnaissance. (Applaudissements sur tous les bancs.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).