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Discours du 3 juin 2025

Bruno Retailleau · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°223

Ce qui s’est produit dans le Var est trop grave pour jeter des accusations sur d’autres personnes que sur l’auteur.Je voudrais d’abord avoir une pensée émue pour les victimes – celui qui est mort, celui qui est blessé –, pour leurs familles, que nous allons retrouver, mais aussi pour les communautés affectées, notamment la communauté tunisienne.

Je me suis rendu à l’ambassade de Tunisie ce matin, et j’ai eu hier au téléphone mon homologue, le ministre de l’intérieur tunisien, parce que l’écho a été énorme, non seulement sur le sol national, dans la communauté tunisienne, mais aussi à Tunis.Je veux dire, de la façon la plus solennelle, que les policiers et les gendarmes ont, là encore, très bien réagi, puisque le crime s’est produit à 22 h 30 et qu’à 5 h 30, nous avions retrouvé l’auteur.Ce crime avait été prémédité puisqu’il y a eu des vidéos (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS)…

…et que nous avons saisi des armes dans la voiture.Surtout, ce crime est signé : c’est clairement un crime raciste, c’est sans doute un crime antimusulman et peut-être aussi un crime terroriste, puisque le parquet national antiterroriste a été saisi.Je veux le dire de la façon la plus nette : le racisme, ce n’est pas la France ; le racisme, c’est un poison qui tue. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR.)

Précisément, c’est un crime barbare, bien sûr. La France, c’est la République et la République ne fait aucune différence selon la couleur de peau, l’origine ou les croyances.

Croyez-moi, je suis très heureux que le Pnat s’en soit saisi et j’espère que la justice sera intraitable et implacable (Mme Mathilde Panot s’exclame) à l’égard de ce qui constitue un crime antifrançais. Chaque crime raciste est un crime antifrançais. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Il y a un point sur lequel nous sommes en accord : j’ai également été surpris lorsque des membres de La France insoumise ont affirmé dans des tweets que le fauteur de troubles,…

…c’était le ministre de l’intérieur (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

… le responsable de l’ordre public, et non pas les casseurs, les voleurs, les pilleurs, qu’ils exonèrent ainsi de leurs responsabilités.La réponse à ces violences est de trois ordres. D’abord, le maintien de l’ordre.

J’ai ici un tableau comparatif des forces déployées sur ce type d’événements.

Dans la nuit de samedi à dimanche, 5 400 policiers ont été déployés. En 2020, lors de la dernière finale de la Ligue des champions disputée par le PSG, il y en avait 3 000. Vous rendez-vous compte de la différence ?

Je rends hommage aux gendarmes et aux policiers. Ils ont été exceptionnels. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et DR ainsi que sur quelques bancs du groupe Dem.) Trente d’entre eux ont été blessés ! En ce moment même, un policier est plongé dans le coma artificiel. Plusieurs sapeurs-pompiers ont été blessés. Il faut dénoncer les fauteurs de troubles et non les forces de l’ordre !

Le travail a été fait. Il n’y a jamais eu autant de gardes à vue et d’interpellations.

La deuxième réponse doit être pénale. Le premier ministre vient de le dire, il faut une révolution pénale : la sanction n’est clairement pas à la hauteur des actes des fauteurs de troubles.

Il doit y avoir une sanction, pour les majeurs comme pour les mineurs. Peut-être une loi pourrait-elle autoriser l’usage de la reconnaissance faciale dans le cadre des enquêtes judiciaires, ce qui serait une aide déterminante pour identifier les coupables. Réfléchissons-y. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)La dernière réponse passera par un changement profond de société, afin de réhabiliter l’autorité et le respect. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Je soutiendrai cette proposition de loi avec joie. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.) Vous avez totalement raison : face à ces barbares, nous ne pouvons nous contenter d’une réponse sécuritaire. En effet, nous ne pourrons jamais positionner des cordons de CRS devant chaque vitrine de magasin, ni des escadrons de gendarmerie mobile à chaque carrefour et dans chaque rue de France. La réponse doit être aussi judiciaire.Vous avez également raison de défendre le principe du casseur-payeur, qui doit être cardinal. Je formulerai quatre propositions. Premièrement, que l’État se retourne systématiquement contre les casseurs, en leur imputant une dette personnelle ineffaçable et en mobilisant les moyens du Trésor public pour la recouvrer. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs du groupe HOR.) Deuxièmement, mobiliser la solidarité familiale : l’article L. 227-17 du code pénal n’est pratiquement jamais utilisé, alors qu’il permet de rendre les familles financièrement solidaires lorsqu’elles se révèlent défaillantes. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Troisièmement, faire payer les casseurs en réduisant, voire en supprimant totalement les aides sociales qu’ils perçoivent. La société française n’a pas à payer pour des casseurs. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe DR.) Enfin, rendre automatique la constitution de partie civile : beaucoup de commerçants, d’artisans, de collectivités et de citoyens ne pensent pas à engager une telle démarche pour faire payer les casseurs. Il faut qu’elle soit systématiquement prévue pour assurer enfin le plein exercice de ce principe : « tu casses, tu paieras ». (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Nous avons un point d’accord et un point de désaccord. Je suis d’accord pour affirmer tout haut que ce crime est beaucoup plus qu’un fait divers. Il est désormais prouvé qu’il s’agit d’un crime raciste, sans doute antimusulman, donc terroriste – l’enquête du parquet national antiterroriste le confirmera vraisemblablement.Si le Pnat s’est saisi, c’est parce que cette affaire est grave. Vous l’avez très bien dit : ce meurtre dépasse l’acte lui-même ; le meurtrier a voulu s’en prendre à Hichem parce qu’il était étranger, il s’agit donc d’un acte antiraciste. (Exclamations et rires sur divers bancs.) Raciste ! Je le dis et le répète : un acte raciste est un acte antifrançais.

Nous partageons la même définition de la France et de la République : celle-ci ne reconnaît aucune différence selon l’origine, la croyance ou la religion. (Mme Mathilde Panot s’exclame.) En cela, nous sommes parfaitement d’accord et je fais confiance à l’autorité judiciaire pour punir gravement celui qui a commis cet acte odieux et abominable. Il s’agit d’un acte barbare.Cependant, nous sommes en désaccord sur un point : on ne peut se servir de ce meurtre intolérable pour faire de la politique politicienne. (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS. – M. Alexis Corbière rit.) Je le dis de façon très claire : la France n’est pas raciste mais, malheureusement, il y a des racistes en France.

Ces racistes doivent être punis sévèrement, parce qu’ils bafouent le projet républicain, le projet de notre beau pays, que nous aimons tous…

…d’où que nous venions, quelles que soient nos croyances. Croyez-moi, quand je combats l’islamisme, je ne combats pas les musulmans. (Mme Mathilde Panot s’exclame.) Ceux qui font l’amalgame entre l’islamisme et les musulmans se trompent ; ce sont les pays musulmans qui ont, les premiers, interdit les Frères musulmans. (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).