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Discours du 11 mai 2026

Carole Guillerm · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°228

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Cette proposition de résolution européenne nous oblige à regarder la réalité en face : lorsqu’une ancienne république soviétique, portée par une aspiration sincère à la liberté, se rapproche de nous, la Russie met tout en œuvre pour briser méthodiquement son destin européen. La Géorgie a fait un choix clair, celui de l’Europe. Plus de 80 % des Géorgiens continuent de soutenir la perspective d’une adhésion à l’Union européenne. Ce choix relève du principe fondamental selon lequel chaque peuple souverain a le droit de décider librement de son avenir. Il s’exprime depuis des années dans les urnes, dans la rue, dans le débat public. Mais la Russie, inquiète à l’idée que des peuples puissent s’émanciper, mène une guerre relativement invisible.Cette stratégie ne date pas d’hier. Depuis la guerre de 2008 et l’occupation par la Russie de territoires géorgiens en Abkhazie et en Ossétie du Sud, Moscou poursuit une politique de frontiérisation visant à consolider progressivement cette emprise. Près de 20 % du territoire géorgien échappe toujours au contrôle des autorités de Tbilissi.Le scrutin d’octobre 2024 ne fut pas qu’une simple élection ; ce fut un véritable point de rupture : pressions, détournement des moyens de l’État, verrouillage des médias… Les observateurs sont unanimes : c’est l’intégrité même du processus démocratique qui a été sabotée.L’enjeu dépasse largement le cadre des urnes : ce que nous voyons à l’œuvre, c’est une stratégie de découragement massif. Il s’agit non seulement de fausser un résultat, mais aussi d’étouffer méthodiquement l’espoir d’un peuple et de le contraindre, par l’usure et la peur, à renoncer à son propre destin. Malgré les intimidations et les restrictions croissantes, une large partie de la société géorgienne continue de se mobiliser pour défendre les libertés publiques et pour préserver un dessein européen.La Russie, depuis des années, déploie dans son voisinage des instruments de pression multiples : désinformation, ingérence politique, diffusion de discours antioccidentaux, soutien à des dynamiques de déstabilisation, tentatives d’influence sur les structures étatiques et économiques. L’objectif est clair : affaiblir les démocraties, diviser les sociétés, empêcher l’ancrage européen de pays qui ont fait ce choix. Ce que nous observons en Géorgie tient à un réflexe impérialiste qui déstabilise, depuis plus d’une décennie, l’Est de notre continent. La guerre d’invasion menée par la Russie en Ukraine s’inscrit dans la même logique.Il ne s’agit pas d’un phénomène isolé, mais d’un rapport de force, d’une stratégie visant à limiter l’extension de l’espace démocratique européen et à remettre en cause les principes qui le fondent : la liberté d’expression, la liberté de conscience, la liberté de mouvement, le pluralisme politique.Face à cela, notre responsabilité est double. D’abord, dire les choses avec clarté : la trajectoire actuelle des autorités géorgiennes n’est pas compatible avec les standards démocratiques européens et, à cet égard, les élections de 2024 ont constitué un moment de bascule préoccupant.Ensuite, soutenir sans ambiguïté le peuple géorgien. Cette résolution ne vise évidemment pas à condamner une nation ; elle vise à soutenir celles et ceux qui, en Géorgie, continuent de défendre les valeurs que nous partageons. Elle affirme une ligne que nous devons tenir : fermeté sur les principes et fidélité à l’engagement européen. Fermeté, en rappelant que l’adhésion à l’Union européenne suppose le respect strict de l’État de droit, de l’indépendance de la justice, de la liberté des médias et de la sincérité des élections ; fidélité, en maintenant ouverte la perspective européenne de la Géorgie, une perspective fragilisée par un processus d’adhésion désormais gelé de facto, du fait des reculs démocratiques observés dans le pays.La question géorgienne est avant tout une question européenne. Elle nous amène à nous interroger sur notre capacité à défendre, au-delà de nos frontières, ce qui fait notre singularité : une manière d’organiser la vie collective fondée sur le droit, la liberté, le respect des individus. Elle nous oblige à être cohérents : exigeants sur les principes, constants dans le soutien, lucides quant aux rapports de force.Cette proposition de résolution permet de tenir cette ligne. Elle dénonce une dérive antidémocratique. Elle prend en compte les dynamiques géopolitiques à l’œuvre. Elle soutient un peuple qui aspire à vivre libre aux côtés de ceux qui partagent leurs valeurs. Pour toutes ces raisons, le groupe Les Démocrates votera en sa faveur. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem, EPR, SOC et EcoS. – Mme la rapporteure applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).