Discours du 24 mars 2026
Caroline Colombier · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177
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À l’heure où la géopolitique mondiale se fracture sous l’effet des crises successives, ce débat sur la stratégie de la France face à ses dépendances dans le domaine des matériaux critiques apparaît comme un désaveu implicite de l’absence de stratégie par le passé. Pendant des décennies, notre souveraineté a été sacrifiée tantôt sur l’autel des prétendus dividendes de la paix, tantôt sur celui de la solidarité européenne ou de la division internationale du travail ; à présent, nous découvrons l’ampleur de nos dépendances. Les enjeux ne sont pourtant pas nouveaux : le Rassemblement national signale ces vulnérabilités depuis des années.Sans concerner directement les matériaux critiques, la crise sanitaire a constitué un révélateur brutal : en mars 2020, sur les tarmacs du Vieux Continent, les États européens se disputaient des cargaisons de masques, devenus stratégiques par la force des choses. Nous avons alors découvert que la France ne maîtrisait plus ses chaînes de production et d’approvisionnement ; cette réalité s’étend désormais à des biens essentiels comme les matériaux critiques. Les crises énergétiques réveillent le spectre de la pénurie d’électricité, les conflits celui de la pénurie de gaz et de carburant, les crises agricoles celui de pénuries alimentaires. Chaque fois se révèle une nation fragilisée, incapable de s’inscrire dans le temps long, de se penser en État stratège, comme en témoignait en décembre 2024 le rapport d’information de Jérôme Buisson sur les terres rares et les ressources naturelles stratégiques.Ce n’est pas là le fruit du hasard : choix politiques répétés, discours écologiste radical, embolie normative ont culpabilisé, freiné l’initiative, la prospection et l’exploitation des ressources. Dans un monde marqué par le retour des rapports de puissance, ces dépendances deviennent des vulnérabilités majeures. Sans accès sécurisé au lithium, au cobalt, au cuivre, aux terres rares, plus d’industrie performante ni de défense crédible, autrement dit plus d’autonomie stratégique. Le moment est donc venu d’un véritable électrochoc. Nous devons tout d’abord nous redonner les moyens de connaître nos ressources : la France a trop longtemps cessé d’explorer son sous-sol. Le vaste travail d’inventaire désormais engagé sera essentiel en vue de sortir de l’ignorance stratégique et d’éclairer nos décisions.Il convient ensuite d’assumer de produire. Nous ne pouvons prétendre à la souveraineté sans activité extractive sur notre sol ; il ne s’agit pas de nier les exigences environnementales mais de sortir de la contradiction qui nous conduit à importer ce que nous refusons de produire. Le projet d’exploitation d’une mine de lithium dans l’Allier en constitue une illustration : des solutions existent, à condition qu’elles soient assumées politiquement. Par ailleurs, la question dépasse la métropole ; nos territoires ultramarins, notamment la Guyane et la Nouvelle-Calédonie, concentrent des ressources stratégiques majeures qui, dans un contexte de rivalités accrues avec la Chine et les États-Unis, doivent être pleinement intégrées dans une vision nationale qui donne, évidemment, toute sa place aux enjeux de défense.Enfin, il s’agit de maîtriser la chaîne de valeur. Extraire ne suffit pas ; transformer est décisif. L’essentiel du raffinage mondial se situe hors d’Europe, notamment en Chine : même lorsque nous disposons de ressources, nous restons dépendants en ce qui concerne leur valorisation. Une stratégie crédible suppose donc un effort massif de transformation industrielle. Nous devons utiliser à plein le levier du recyclage. Nos déchets, en particulier électroniques, contiennent d’importantes quantités de métaux critiques ; or une partie de ces ressources quitte notre territoire, parfois pour être traitée dans des conditions indignes, alors qu’elles pourraient alimenter notre réindustrialisation.Au-delà des outils, il nous faut une vision claire. La France doit promouvoir une stratégie fondée sur le réalisme, le volontarisme et la souveraineté, ce qui implique une diplomatie des ressources assumée, des partenariats équilibrés, une vigilance accrue en vue de protéger nos actifs industriels stratégiques.La question, qui dépasse ce débat, est simple : voulons-nous rester une nation qui produit, transforme, décide, ou devenir une économie dépendante, intégrée à des chaînes de valeur maîtrisées par d’autres ? Le choix est politique, il engage notre avenir. Le Rassemblement national est désormais prêt à l’assumer.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).