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Discours du 25 mars 2026

Catherine Hervieu · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°179

Tout d’abord, merci pour la tenue en urgence de ce débat demandé par le groupe Écologiste et social, débat qui a lieu tout juste neuf mois après celui que nous avions eu sur la guerre des douze jours. Depuis le 28 février, début des frappes menées à nouveau par les États-Unis et Israël contre l’Iran, la situation s’est gravement détériorée : la fermeture du détroit d’Ormuz, la destruction d’infrastructures énergétiques majeures et la flambée des prix du pétrole et du gaz frappent directement nos économies et nos concitoyens. Et pourtant, malgré l’ampleur de la crise, certains continuent à présenter cette guerre comme un droit à la légitime défense préventive. Or ce sont précisément les frappes américaines et israéliennes qui constituent une agression en droit international. Y répondre par une escalade de la part de l’Iran, aussi contrôlée soit-elle, est tout aussi condamnable.Le groupe Écologiste et social salue les efforts de la France pour favoriser la désescalade et ouvrir le dialogue, en particulier au Liban. Nous confirmons notre soutien au déploiement du groupe aéronaval français en Méditerranée, dans le cadre strict de la protection des populations et de la défense de nos emprises militaires. Ce déploiement ne peut en aucun cas devenir une participation à la guerre d’agression en cours. Le conflit a déjà un coût humain dramatique : plus de 3 000 morts en Iran, plus de 1 000 au Liban, des dizaines en Israël et dans les pays du Golfe. Je tiens moi aussi à saluer la mémoire de l’adjudant-chef Arnaud Frion, affecté au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces, mort lors d’une attaque dans la région d’Erbil. Notre groupe lui rend hommage et nous présentons à sa famille toutes nos condoléances. Le conflit a aussi des coûts économiques et environnementaux bien trop élevés, la destruction des infrastructures pétrolières et gazières provoquant pollution, pluies acides et aggravation du dérèglement climatique. Enfin, la flambée des prix de l’énergie et la menace d’une pénurie des ressources critiques pèsent directement sur le pouvoir d’achat des Français.La paix ne s’impose pas par les bombes : elle se construit par le dialogue, par la diplomatie. Or le constat est le suivant : le droit international et le droit humanitaire sont bafoués une fois de plus puisque, après l’agression de la Russie en Ukraine, les États-Unis et Israël visent des objectifs militaires impérialistes avec la complicité de certains États européens. Ainsi, comme le révèle la presse cette semaine, en mettant leurs bases à disposition des USA, ces États jouent un rôle direct dans le conflit avec l’Iran ; des avions américains stationnent et se ravitaillent en Allemagne, en France, au Royaume-Uni, en Italie, etc. Notre pays dispose pourtant ainsi d’un levier concret et pragmatique pour enrayer la machine de guerre des États-Unis en suivant l’exemple de l’Espagne, c’est-à-dire en refusant l’utilisation de ses bases par des avions de ravitaillement de l’ US Air Force.La France ne peut ni cautionner ni participer à cette logique, comme elle le refuse pour la guerre d’agression que mène la Russie en Ukraine. En dépendent notre crédibilité diplomatique et notre rôle en tant que puissance indépendante. C’est pourquoi le groupe Écologiste et social affirme que la France doit refuser toute participation directe ou indirecte à cette guerre, maintenir un rôle actif dans la désescalade en soutenant les populations civiles et les forces locales légitimes, comme l’armée libanaise, pour contribuer au désarmement des milices et à la sécurisation des frontières, favoriser un cessez-le-feu immédiat et renforcer l’aide humanitaire d’urgence. Elle doit aussi accélérer la mise en place d’une politique de sécurité globale et durable incluant la diplomatie, la réduction des dépendances énergétiques et industrielles ainsi que le développement des énergies renouvelables.Nous devons tirer les leçons de l’histoire : les interventions étrangères, comme celles menées par les États-Unis au Venezuela, à Cuba ou en Irak, n’ont jamais permis d’instaurer la démocratie ou même la stabilité ; une fois la victoire militaire acquise, les peuples restent soumis à la domination, à la destruction, à l’humiliation, à l’effondrement de leur pays. La démocratie se construit de l’intérieur, pas par des frappes extérieures.Enfin, il est indispensable que la France et l’Union européenne prennent l’initiative d’une politique cohérente basée sur un dialogue régional dont le socle devrait être la reconnaissance mutuelle du droit à exister entre Israël, la Palestine, l’Iran et tous les pays du Proche et du Moyen-Orient, les négociations sur le nucléaire, le respect du droit international et la protection de tous les peuples sans exception. C’est ainsi que nous pourrons restaurer la confiance et la sécurité, conditions essentielles pour retrouver et préserver la paix. La guerre menée par les États-Unis et Israël est en train de déclencher une crise énergétique et économique mondiale. Les grands équilibres géopolitiques sont profondément remis en cause. La France et l’Europe vont en subir les conséquences directes si elles ne parviennent pas à éviter, par tous les moyens, l’engrenage militaire.Rappelons-nous le fiasco militaire de Suez en 1956, la déflagration mondiale provoquée par la guerre d’Irak en 2003 et les conséquences désastreuses de la guerre en Libye pour tout le Sahel. (Mme Christine Arrighi applaudit.)Dès lors, il est plus que temps de prendre la mesure de nos dépendances aux hydrocarbures et aux ressources critiques, déjà pointées du doigt par le Club de Rome à l’époque du choc pétrolier de 1973. L’écologie politique trace un autre chemin pour sortir de nos dépendances toxiques : il s’agit d’organiser la sobriété de nos économies, de planifier la sortie des énergies fossiles et de nouer des partenariats à l’échelle planétaire pour lutter contre le dérèglement climatique. Cet agenda est plus que jamais d’actualité et nous continuerons à le défendre avec détermination.Je conclurai en soulignant qu’au-delà des relations d’affaires, la France doit promouvoir le respect du droit international et humanitaire et en faire la boussole de sa diplomatie, en toute lucidité. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).