Discours du 7 janvier 2026
Catherine Ibled · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104
Nous savons tous ici que l’insertion ne se décrète pas mais qu’elle se construit. Elle suppose de l’engagement, de la régularité, un cadre clair et un accompagnement qui lui donne du sens. De ce point de vue, l’esprit de la loi est donc juste pour les missions locales. Une politique publique, aussi ambitieuse soit-elle, se juge également à la façon dont elle se déploie concrètement, sur le terrain, auprès des jeunes et de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.Les missions locales sont donc au cœur de cette réalité de terrain. Elles accompagnent chaque année plus de 1 million de jeunes, souvent les plus fragiles, en tenant compte non seulement de leur situation professionnelle, mais aussi de leurs difficultés sociales, de santé, de logement ou de mobilité.Cette approche globale, fondée sur la proximité et la confiance, est une richesse de notre modèle d’insertion et mérite d’être confortée. Il ne s’agit pas de contester le principe d’un engagement mesurable sur les heures obligatoires de travail, mais de rappeler que l’accompagnement des jeunes ne peut se réduire à un objectif purement comptable. Ce qui compte, ce n’est pas seulement le nombre d’heures déclarées, mais la cohérence du parcours et la progression réelle du jeune.Par ailleurs, les situations des jeunes sont extrêmement diverses. Certains sont déjà proches de l’emploi ou de la formation et peuvent répondre aisément aux exigences du dispositif, quand d’autres cumulent des fragilités plus lourdes, qui rendent les parcours plus longs et plus heurtés. C’est pourquoi une application trop uniforme des règles peut, malgré de bonnes intentions, produire des effets inverses à ceux recherchés, comme le découragement, la rupture de suivi, voire l’éloignement durable des institutions.Là encore, les missions locales jouent un rôle essentiel, grâce à leur capacité d’adaptation et à la connaissance fine des publics qu’elles accompagnent. Encore faut-il leur laisser les marges de manœuvre nécessaires pour exercer pleinement cette expertise.Je souhaite attirer votre attention sur l’avenir même des missions locales : alors que leurs missions s’élargissent et que leur rôle dans la mise en œuvre de la loi est renforcé, elles font face à des contraintes financières, déjà évoquées, et organisationnelles croissantes. Dans de nombreux territoires, notamment les quartiers prioritaires ou les zones rurales, la mission locale constitue parfois le principal, voire le seul point d’entrée pour les jeunes vers l’insertion et l’accès aux droits. Fragiliser ce réseau serait courir le risque d’un affaiblissement durable de notre capacité collective à accompagner les jeunes qui en ont le plus besoin.Nous avons donc collectivement la responsabilité de faire vivre la loi dans un esprit de confiance et de pragmatisme. Cela suppose d’accepter des adaptations, de reconnaître la diversité des parcours, de veiller à ce que le suivi administratif ne prenne pas le pas sur l’accompagnement humain et de sécuriser les moyens des missions locales pour qu’elles puissent pleinement remplir leur mission. Ainsi, nous resterons fidèles à l’ambition initiale de la loi : offrir à chaque jeune non pas une obligation, mais un véritable chemin vers l’autonomie et l’emploi.Je poserai une question complémentaire à celle de Mme la rapporteure : comment le rôle des missions locales peut-il s’inscrire dans une stratégie d’ensemble de l’insertion des jeunes, articulé avec celui des entreprises, qui ne doivent pas rester éloignées, et avec les dispositifs d’accompagnement existants ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).