Discours du 17 juin 2026
Catherine Ibled · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°274
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Une crèche sans personnel, un hôpital sans infirmières, une école sans enseignants : voilà le véritable coût des difficultés d’accès au logement des travailleurs essentiels.
Nous débattons aujourd’hui de l’accès au logement pour celles et ceux qui font fonctionner nos services publics et nous voterons sur le texte de compromis issu de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi visant à améliorer l’accès au logement des travailleurs de première ligne des services publics.Je veux d’abord saluer M. le ministre David Amiel, dont les travaux lorsqu’il était député ont largement contribué à faire émerger ce sujet dans le débat public, ainsi que M. le rapporteur Antoine Armand et Mme la rapporteure de la commission mixte paritaire Annaïg Le Meur.La proposition de loi part d’un constat simple. À Paris comme ailleurs, les infirmières, les enseignants, les policiers, les aides-soignantes, les agents de propreté ou encore les agents pénitentiaires peinent de plus en plus à se loger à proximité de leur lieu de travail. Comment accepter qu’une infirmière passe plus de deux heures par jour dans les transports pour rejoindre son hôpital, qu’un policier renonce à une affectation faute de pouvoir se loger dans le territoire où il exerce, que ceux qui assurent des missions essentielles pour la nation soient progressivement contraints de s’éloigner toujours davantage des territoires qu’ils servent ?Les difficultés d’accès au logement des travailleurs essentiels fragilisent nos services publics. Nous ne parlons pas ici d’une problématique abstraite, mais de la capacité de notre pays à recruter des infirmières, des enseignants, des policiers et des puéricultrices dont nous manquons tant, de celle des hôpitaux à ouvrir des lits, des crèches à accueillir des enfants et des écoles à remplir leurs missions éducatives. Lorsqu’un poste reste vacant faute de logement, ce n’est pas seulement un agent qui manque ; c’est un service public qui fonctionne moins bien.À Paris, la situation est particulièrement frappante. Plus de la moitié des agents de la Ville vivent hors de la capitale et certains attendent jusqu’à seize ans pour accéder à un logement social.
Je pense notamment à Ludovic, agent de la propreté de la Ville de Paris depuis neuf ans. Il gagne 1 900 euros net par mois et quitte son domicile à 6 h 30 chaque matin pour rejoindre Paris. Depuis des années, il demande un logement social plus proche de son lieu de travail sans obtenir de réponse favorable.Soyons clairs, la proposition de loi ne réglera pas à elle seule toutes les difficultés d’accès au logement,…
…mais elle apporte des réponses concrètes et permet de mieux identifier les travailleurs de première ligne confrontés à des difficultés d’accès au logement.Elle facilite leur accès au parc social dans les territoires les plus tendus, mobilise plus efficacement les contingents existants et donne aux collectivités et aux employeurs publics des outils supplémentaires pour rapprocher les agents de leur lieu d’exercice.Cette proposition de loi est un texte de justice. Elle ne crée aucun privilège mais permet de mieux utiliser les logements publics. Elle reconnaît simplement l’engagement quotidien de celles et ceux qui soignent, instruisent, protègent, accompagnent et servent nos concitoyens.À l’heure où nos concitoyens réclament davantage de services publics de proximité et de résultats, nous avons le devoir de donner à nos agents les moyens de vivre là où ils travaillent.Le compromis trouvé en commission mixte paritaire répond pleinement à cet objectif. Pourtant, il ne fait pas l’unanimité : certains ont préféré rejeter ce texte au motif qu’il ne résolvait pas toutes les problématiques liées à la fonction publique.Comme beaucoup d’autres, nous faisons un autre choix, celui d’améliorer concrètement la vie de milliers d’agents publics, d’aider les hôpitaux à recruter et d’aider les collectivités à maintenir des services publics de qualité en leur permettant de loger leurs agents grâce à une meilleure mobilisation du foncier public. À force de refuser les solutions parce qu’elles ne sont pas parfaites, vous finissez par ne rien résoudre. Pour les infirmières, les enseignants, les policiers, les agents de propreté, les douaniers, les agents pénitentiaires, et pour l’ensemble des travailleurs de première ligne des services publics, le groupe Ensemble pour la République votera avec conviction en faveur de ce texte. (Applaudissements sur les bancs des commissions.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).