Discours du 4 mars 2025
Céline Calvez · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°116
Alors que la France a lancé dès 2018 une stratégie nationale pour l’IA, que nous avons renforcée par un investissement au titre du plan France 2030, le récent rapport Draghi rappelle la nécessité de s’engager davantage dans l’intelligence artificielle afin de combler un retard parfois inexplicable de l’Europe.Le sommet international pour l’action sur l’intelligence artificielle s’est tenu à Paris les 10 et 11 février. Qu’en avez-vous retenu ? L’IA ne doit pas être seulement perçue comme une menace. Elle est aussi une formidable possibilité pour notre société. Elle est omniprésente, sans même que l’on s’en rende compte ; elle révolutionne de nombreux secteurs, de la santé à l’industrie, en passant par la culture ou la défense. Bref, elle est l’affaire de tous. Comment démocratiser davantage l’IA auprès de tous les Français, de tous les Européens, afin de déconstruire certaines idées et que chacun puisse s’en saisir ? Ce serait aussi une manière de la réguler que d’y rendre attentif chacun d’entre nous.L’IA offre un potentiel exceptionnel, mais ne soyons pas naïfs : nous avons besoin d’une réglementation. Vous avez mentionné le règlement européen sur l’IA ; on parle d’interdire, de renforcer la transparence. Comment aller encore plus loin, surtout à l’heure où nous devons relever le défi de la gouvernance de l’IA ? Le sommet de Paris l’a souligné et nous avons été témoins, ces derniers jours, de divergences entre les nations à ce sujet. Comment établir une régulation efficace et équilibrée de l’IA au niveau international ?Il y a quelques jours, au Royaume-Uni, des artistes ont exprimé leur inquiétude à la suite d’un projet de réforme du droit d’auteur : le gouvernement britannique envisage de généraliser un dispositif d’opt-out, ce qui revient à mettre les contenus et les œuvres à la disposition de tous les systèmes d’IA. Monsieur Cavada, vous avez travaillé sur les droits d’auteur et la propriété intellectuelle. Comment concilier le juste partage de la valeur et la dynamique d’innovation ? Comment garantir que les données françaises et européennes puissent nourrir ces IA, qu’elles ne soient pas mises de côté, mais reconnues dans leur rôle de socle ?
Monsieur le ministre, vous avez parlé de la nécessité pour toute la société, que ce soit dans le monde du travail ou dans l’exercice de nos droits démocratiques, de mieux comprendre l’IA, de mieux s’en saisir. Vous avez parlé d’initiatives comme les cafés IA ou, à l’instant, de celles prises par l’éducation nationale. Pour ma part, je veux citer l’exemple d’une nation européenne, la Finlande, où, dès 2017, le gouvernement et les entreprises privées se sont donné comme objectif de créer des modules pour former 1 % de la population aux enjeux de l’IA. Cet objectif a été dépassé et, de plus, ces modules ont été mis à disposition dans toutes les langues européennes. Ils sont assez facilement accessibles. La France pourrait-elle se fixer la même ambition ? Dans la mesure où l’IA touche tous les métiers, pourrions-nous intégrer des modules incontournables de sensibilisation à l’IA dans les formations financées grâce au compte personnel de formation (CPF) ?Je tiens à souligner le succès de la France dans l’accueil des chercheurs et de l’innovation IA de plusieurs entreprises. Plusieurs facteurs l’expliquent : le talent de nos propres chercheurs, l’accès à l’énergie, peut-être aussi la qualité de vie. Que savons-nous du rôle de dispositifs comme le crédit d’impôt recherche (CIR) ? Que faut-il préserver pour maintenir cette attractivité dont nous pouvons être fiers ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).