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Discours du 4 février 2026

Céline Calvez · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°141

Face à l’accélération du changement climatique, à ses conséquences environnementales, économiques et sociales, et face à la résurgence des discours climatosceptiques qui se diffusent et s’amplifient, notamment depuis le retour du président Trump à la tête des États-Unis, ne pas agir serait à la fois irresponsable et dévastateur. Le changement climatique constitue l’un des défis majeurs de notre siècle et une large majorité de nos bancs partagent la conviction qu’une action forte, collective et déterminée est indispensable.Cependant, une résolution parlementaire doit être appréciée non seulement à l’aune de son ambition, mais aussi à celle de sa cohérence avec les dispositions existantes et de sa capacité à renforcer concrètement l’action publique européenne. C’est dans cet esprit de responsabilité que le groupe Ensemble pour la République a examiné ce texte.Depuis 2017, la France a fait le choix, sous l’impulsion du président de la République, d’assumer une ambition climatique élevée, qui s’est traduite par des actes concrets.La loi « énergie-climat » de 2019 a inscrit dans notre droit l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ; la stratégie nationale bas-carbone a structuré notre trajectoire ; la programmation pluriannuelle de l’énergie a engagé la transformation de notre mix énergétique – nous devrons bien sûr en débattre à nouveau. À cela s’ajoutent des investissements massifs, notamment à travers le plan France 2030, pour décarboner notre industrie, soutenir l’innovation verte et renforcer notre souveraineté énergétique.La rénovation énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables, la transformation du secteur des transports et la sortie progressive des énergies fossiles constituent autant de piliers d’une action climatique cohérente, concrète et structurée. Cette dynamique nationale s’est prolongée au niveau européen. La France a joué un rôle moteur dans l’adoption du paquet Ajustement à l’objectif 55, qui constitue l’un des cadres climatiques les plus ambitieux au monde, engageant l’Union européenne sur une trajectoire de réduction d’au moins 55 % de ses émissions d’ici 2030. L’Union européenne s’est ainsi dotée d’objectifs clairs, crédibles et juridiquement contraignants, qui font référence sur la scène internationale.C’est précisément parce que cette action est déjà engagée que le groupe Ensemble pour la République aborde la proposition de résolution avec une certaine prudence. Elle réaffirme en effet des orientations largement partagées et déjà défendues par les institutions européennes. Elle s’inscrit dans une continuité que nous assumons, mais sans apporter beaucoup d’éléments substantiellement nouveaux ou opérationnels.Nous partageons ainsi pleinement l’objectif de réduction nette de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040, de même que l’exigence d’un encadrement plus strict des crédits carbone internationaux afin de garantir leur intégrité et de préserver l’effort domestique. Nous soutenons également les dispositions intégrées par la commission des affaires européennes visant à renforcer la crédibilité des engagements européens dans les négociations internationales et à souligner le rôle moteur de la France lors de la présidence française du G7 en 2026, comme nous défendons l’accélération du déploiement des stratégies nationales dans une logique de transition écologique juste et accompagnée.Toutefois, cette proposition de résolution comporte également des orientations auxquelles le groupe Ensemble pour la République ne peut souscrire. Nos désaccords ne portent pas sur l’objectif climatique lui-même, mais sur la méthode retenue et sur l’équilibre entre ambition écologique et compétitivité économique. Le texte invite en effet l’Union européenne à fixer dès maintenant un objectif intermédiaire de réduction d’au moins 72,5 % des émissions en 2035.

Or le compromis trouvé au niveau européen et présenté lors de la COP30 repose sur une fourchette comprise entre 66,25 % et 72,5 %. Remettre en cause cet équilibre risquerait d’affaiblir la stabilité et la prévisibilité indispensables aux acteurs économiques pour investir, innover et transformer leurs modèles. La transition écologique ne peut réussir que si elle s’inscrit dans un cadre clair, prévisible, stable et partagé.En effet, l’Union européenne ne pourra se prévaloir d’avoir réussi sa transition climatique si celle-ci se fait au détriment de son industrie, de ses emplois et de sa capacité d’innovation. L’efficacité de la politique climatique européenne repose sur la capacité à rassembler l’ensemble des États membres autour d’objectifs ambitieux mais atteignables. L’ambition ne peut être dissociée du réalisme.Notre ligne est claire : ambition climatique et compétitivité industrielle ne sont pas incompatibles. Au contraire, elles sont indissociables. L’Europe doit rester un continent qui innove, qui produit et qui protège, tout en menant une transition écologique exigeante et crédible.C’est pourquoi notre groupe ne s’opposera pas à cette proposition de résolution mais choisira l’abstention constructive – une position responsable qui ne traduit ni un renoncement ni un recul de notre ambition climatique, mais la volonté de privilégier l’efficacité, la cohérence et l’unité européenne. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).