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Discours du 7 octobre 2025

Céline Imart · Politique agricole commune (discussion commune)

Madame la Présidente, chers collègues, ce rapport est le fruit de longs mois de travail avec un seul objectif: renforcer la place de nos agriculteurs dans la chaîne de valeur et garantir leur revenu, l'une de leurs principales revendications lors des manifestations de 2024. Monsieur le Commissaire, vous avez défendu cette première proposition législative du mandat avec beaucoup de courage. Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais s'il y a bien un combat que nous partageons profondément, c'est plus de revenus et moins de normes.

Le cœur de cette réforme est simple: sécuriser l'agriculteur avec un contrat conclu avec son premier acheteur. Il faut mettre fin à la précarité de relations commerciales trop souvent déséquilibrées et garantir une rémunération juste pour ceux qui nous nourrissent, à travers la prise en compte des coûts de production. Cet objectif est toutefois abordé avec pragmatisme: un contrat peut être un simple courriel ou un engagement sur une application mobile, et des dérogations sectorielles à l'échelle nationale sont prévues pour les filières qui en feront la demande.

La première levée de boucliers face à ce texte, pourtant équilibré, est venue des coopératives. Beaucoup d'entre elles m'ont fait un procès d'intention, m'accusant d'être leur ennemie déclarée, ce qui est faux. Elles sont importantes, mais elles ne peuvent pas pour autant se soustraire à toute règle sur le seul fondement qu'elles sont composées d'agriculteurs coopérateurs. Elles doivent aux agriculteurs une information claire, en particulier sur les prix. Il ne s'agit pas de démolir un modèle, ni de demander des écrits à tout-va, mais simplement d'avoir plus de transparence.

Imaginez que vous arriviez dans un magasin de chaussures et qu'au moment de passer à la caisse, vous puissiez redéfinir l'ensemble des prix affichés au motif que le noir d'une chaussure n'est pas assez noir pour vous ou que le modèle n'est pas rigoureusement le même que celui décrit dans le catalogue. On vous prendrait pour un fou. Pourtant, c'est la réalité à laquelle les agriculteurs sont parfois confrontés. Je le dis donc: le Copa-Cogeca, pour certains, ne défend plus les agriculteurs, et je m'en désole. À l'inverse, d'autres syndicats agricoles de plusieurs pays européens, notamment la France, l'Italie et l'Espagne, ont fait entendre une voix dissonante en appelant à soutenir les compromis du texte, et je m'en réjouis.

Alors que le vote approche, je veux également insister sur deux autres points essentiels de mon rapport. Le premier concerne la protection des dénominations liées à la viande. Je l'assume: un steak, une escalope ou une saucisse sont des produits issus de nos élevages. Point. Pas d'ersatz de laboratoire, pas de produit végétal. Il s'agit de transparence et de clarté pour le consommateur et de reconnaissance pour le travail de nos éleveurs. Car l'élevage, au-delà d'être une activité économique, a un impact social et environnemental essentiel dans des territoires parfois isolés, où il préserve aussi les paysages et la biodiversité. Il n'est aucunement question d'interdire les alternatives végétales, mais je suis attaché à la valorisation des termes, à leur sens véritable, à leur portée. La deuxième levée de boucliers sur cette disposition est venue de la grande distribution, notamment allemande, mais sa critique ne reflète pas la réalité du texte. On ne peut pas, sous couvert de prétendre défendre le prix le plus bas pour le consommateur, piétiner un texte qui renforce la position des agriculteurs et la valorisation de leur production.

Le second point concerne la préférence européenne. Le Made in Europe est sur toutes les lèvres, parce qu'aujourd'hui, nous importons 20 % des denrées alimentaires que nous consommons, et ce chiffre est alarmant. Dans un monde instable, une Europe forte doit avant tout garder et conquérir sa souveraineté alimentaire.

Je vous appelle donc, en conclusion, à voter demain en faveur de ce texte essentiel pour nos agriculteurs. Derrière chaque exploitation, il y a des visages, des vies, des familles qui travaillent sans relâche, parfois sept jours sur sept, pour nous nourrir. Le revenu agricole n'est pas qu'une statistique ou un chiffre abstrait; c'est une question de justice, de dignité et parfois même de survie. Je me battrai jusqu'au bout pour que ce texte soit adopté et je remercie tous les députés de tous les groupes qui l'ont soutenu. Quand je pense à ceux qui produisent notre nourriture, qui sont les sentinelles de nos paysages et de notre identité, quand je pense à leur combat difficile et à leur engagement quotidien, je vous le dis: ce texte, c'est le minimum que nous leur devons.

Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.