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Discours du 12 novembre 2025

Céline Thiébault-Martinez · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°46

Avant de se satisfaire partiellement de la proposition qui nous est faite dans le cadre de cet article 42, il faut revenir sur la méthode du gouvernement. La proposition d’un congé parental supplémentaire est intervenue la veille, voire la nuit qui a précédé la présentation d’un rapport sur les congés parentaux que Thibault Bazin et moi-même avions préparé. Nous regrettons – en tout cas, à titre personnel, je regrette fortement – que le gouvernement n’ait pas pris la peine de nous solliciter et même de nous rencontrer. En effet, dans le cadre de ce rapport, nous n’avons pas pu avoir d’auditions avec les ministres chargés de ces sujets.

Sur le fond, la création d’un congé destiné aux deux parents est, en soi, intéressante mais le fait qu’il ne soit pas obligatoire est problématique. Toutes les études le montrent : dès lors qu’un congé n’est pas obligatoire, en particulier quand les deux parents peuvent y accéder – une mère d’un côté, un père de l’autre –, on observe toujours une répercussion inégale sur les salaires. On aurait aimé que, pour ce congé supplémentaire, vous rendiez enfin obligatoire le fait de le prendre de façon identique, sur la même durée, pour les deux parents, afin que la décision d’avoir un enfant ne se solde plus, pour les membres du couple, par une inégalité salariale.

En matière de rémunération, il y a un progrès puisque l’indemnisation se fait sur la base du salaire – c’est un point positif. On peut toutefois regretter qu’on soit bien en dessous des standards européens.Enfin – c’est le sens d’un des amendements que nous avons déposés –, il nous paraît utile que ce congé, en plus d’être obligatoire, soit fractionnable pour permettre aux parents une certaine souplesse. C’est notamment nécessaire quand on doit faire le lien entre la fin d’un congé maternité ou de paternité et la reprise du travail, puisque, comme vous le savez, il manque toujours 200 000 places en crèche dans notre pays. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Je comprends l’amendement no 641 de la collègue Garin qui tend à supprimer l’article 42 car, si le gouvernement dresse des constats, il en tire des conclusions qui ne sont pas du tout à la hauteur de l’enjeu. Mme la ministre Bergé a parlé de liberté. En effet, en France on met en avant la liberté du mode de garde, alors qu’en vérité, il manque 200 000 places en crèche, les femmes ont d’énormes difficultés à trouver un mode de garde pour leur enfant et une grande partie des femmes qui prennent un congé Prepare déclarent qu’elles le font parce qu’elles n’ont pas d’autre possibilité – sachant qu’elles toucheront un peu plus de 450 euros par mois, en lieu et place d’une rémunération liée à un emploi.Vous parlez d’égalité, mais l’égalité n’existe pas tant qu’il n’y a pas de contraintes. Actuellement, le congé paternité est de vingt-huit jours, tandis que le congé maternité est de huit semaines après la naissance. Dans les faits, le père prend vingt-trois jours de congé en moyenne. Les mères ont-elles véritablement le choix ? Non, elles prennent en moyenne cent-vingt-huit jours. En fait, l’égalité n’existe pas : c’est toujours l’un des deux parents qui a le choix, et ce n’est pas celui qui porte l’enfant. Enfin, puisque nous avons parlé de liberté et d’égalité, je parlerai non de fraternité mais de sororité, car le choix que vous faites d’aller chercher de l’argent sur les allocations familiales pour financer les congés entretient une situation dans laquelle, encore une fois, des femmes mettront à contribution d’autres femmes pour accéder à un nouveau droit.Nous ne soutiendrons pas l’amendement no 641 de Marie-Charlotte Garin qui tend à supprimer l’article, néanmoins je pense que ce projet n’est pas suffisamment abouti et qu’il mériterait véritablement d’être modifié.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).