Discours du 12 février 2026
Céline Thiébault-Martinez · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°147
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Ça marche bien !
Samedi, Amine Kessaci, frère de Mehdi Kessaci, assassiné en novembre par des narcotrafiquants, a été exfiltré d’un meeting politique à Aix-en-Provence ; exfiltré, car prendre la parole dans cette salle remplie de militants représentait un danger pour lui. En France, en 2026, est-il normal de devoir quitter un lieu public, de devoir quitter sa vie, abandonner sa sécurité et sa tranquillité, parce qu’on combat le narcotrafic ? Parce qu’on a fait de la lutte contre les réseaux criminels un combat politique et démocratique ?Amine Kessaci a 23 ans et son courage nous oblige. Nous ne pouvons pas avoir peur ; nous ne devons pas baisser les yeux.Depuis longtemps déjà, les réseaux criminels gagnent de l’influence dans certains territoires de la République. Depuis quelques années, ils se multiplient, se structurent, s’arment et se radicalisent dans leur violence. Ils ne reculent désormais devant rien : ils intimident, menacent, instrumentalisent la misère, achètent le silence et organisent leur propre impunité.En France, le contexte est lourd. C’est pourquoi je tiens d’abord à rendre hommage à toutes les victimes : à celles et à ceux qui sont tombés sous les balles des règlements de comptes ; aux jeunes happés par les réseaux ; aux femmes exploitées dans des systèmes de prostitution ; aux mineurs instrumentalisés et transformés en petites mains ; aux familles entières terrorisées parce qu’elles ont vu, parce qu’elles savent. Je rends hommage à Medhi, à Brahim, à Didier, à Socayna, à Wassim, à Diego, à Chloé et à tant d’autres. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. – Mme Cyrielle Chatelain applaudit également.) Je rends hommage à ces Françaises et à ces Français qui ne sont pas des statistiques mais des vies brisées.Pour démanteler ces réseaux, il faut parler. Pour parler, il faut dénoncer. Pour dénoncer, il faut être protégé – et pour être protégé, il faut être pleinement considéré par la République. Les paroles d’une association militante, entendues lors d’une audition, résonnent encore dans ma tête : « N’importe quel voisin qui en a assez pourrait parler à condition d’avoir confiance dans le processus. » Voilà où se trouve notre responsabilité – voilà ce qui est au cœur de ce texte.Cette proposition de loi pointe en effet notre retard et nos carences dans la protection de celles et de ceux qui sont, en réalité, des gardiens de notre État de droit : les voisins, les mères seules, les petits frères, les éducateurs, les associations, celles et ceux qui osent dire non. Elle doit aussi leur permettre de se reconstruire. Il s’agit de leur adresser un message d’espoir, en leur montrant que parler contre la violence ne condamne pas à un sacrifice solitaire.Le texte s’appuie sur le droit existant. Il renforce ce qui fonctionne. Il sanctionne plus fermement la divulgation de l’identité d’un témoin. Il sécurise la parole. Il permet une protection en amont, avant même qu’une procédure pénale lourde ne soit engagée. Surtout, il fait confiance au terrain. Ce sont les services locaux de police et de gendarmerie qui détermineront et mettront en œuvre les mesures de protection adaptées, chaque fois que c’est pertinent. Seules les mesures les plus lourdes remonteront au niveau national.Ces mesures sont pragmatiques et efficaces. Grâce à cette loi, les militants des associations pourront enfin être directement protégés. Nous savons qu’ils sont très souvent en première ligne.Permettez-moi maintenant d’apporter une réponse claire à tous les collègues qui voudraient amoindrir la portée de ce texte ou réduire le nombre de personnes protégées en invoquant le coût budgétaire d’un tel dispositif. Le vrai coût pour l’État, ce n’est pas la protection. Le vrai coût, c’est celui des trafics qu’on a laissé prospérer pendant des décennies. Le vrai coût, c’est celui des vies humaines volées, des quartiers fragilisés, des enfants brisés, des familles terrorisées,…
…des femmes et des filles privées à jamais de toute dignité. Cela, personne ne pourra jamais le rembourser. Cela n’a pas de prix.Oui, nous voterons cette proposition de loi en l’état. Oui, nous protégerons toutes celles et tous ceux qui doivent l’être. Oui, nous irons chercher l’argent des trafiquants là où il est. Parce que la gauche n’a pas peur de parler de sécurité, elle n’a pas peur de s’attaquer à ceux qui remettent en cause la République – mais elle le fait sans creuser les inégalités, sans stigmatiser, sans discriminer, sans exclure, sans appauvrir. Elle le fait en prenant les problèmes à la racine, en protégeant les victimes, en soutenant celles et ceux qui parlent, en refusant les discours démagogiques et hors sol de ceux qui se trompent de combat. Protéger ceux qui dénoncent, c’est protéger la République elle-même. C’est notre devoir. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).