Discours du 11 mai 2026
Cendrine Chazé · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°228
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Nous sommes réunis pour examiner la proposition de résolution européenne de notre collègue Constance Le Grip visant à condamner la dérive illibérale et autoritaire du gouvernement géorgien et à réaffirmer notre soutien au destin européen de la Géorgie.Depuis plusieurs mois, la situation en Géorgie suscite une inquiétude profonde. Le gouvernement multiplie les atteintes à l’État de droit, exerce des pressions croissantes sur les médias indépendants, fragilise l’opposition politique et adopte des lois inspirées de modèles autoritaires que nous ne connaissons que trop bien. La loi dite sur les influences étrangères, directement calquée sur des dispositifs russes, constitue à cet égard un signal extrêmement préoccupant. Elle vise moins à protéger la souveraineté nationale qu’à intimider la société civile, à faire taire les ONG, à affaiblir les contre-pouvoirs et à restreindre les libertés publiques.Le gouvernement en place depuis les élections législatives de 2024 – dont beaucoup s’accordent à dire qu’elles ont été truquées, si bien que leurs résultats ne sont reconnus ni par l’Union européenne, ni par l’opposition, ni par plusieurs acteurs internationaux – fait tout pour éloigner le pays de l’Union européenne, alors même qu’il avait obtenu le statut de candidat. Le processus d’adhésion est depuis gelé.Un mouvement massif de protestation, incarné notamment par la jeunesse, est victime d’une sévère répression. Le peuple géorgien a démontré à de nombreuses reprises son attachement profond à l’Europe. Dans les rues de Tbilissi, des milliers de citoyens, souvent jeunes, brandissent le drapeau européen, non comme un symbole abstrait, mais comme l’expression d’une aspiration : celle de vivre dans un État libre, démocratique et respectueux des droits fondamentaux.La Géorgie est une nation européenne par son histoire, sa culture, son identité et par le choix de nombre de ses citoyens. Elle occupe une position stratégique majeure dans une région soumise à de fortes tensions et à l’influence particulièrement agressive de la Russie. Il convient de rappeler que 20 % du territoire géorgien est occupé par la Russie depuis maintenant dix-sept ans. Depuis l’invasion de l’Ukraine, chacun mesure davantage encore ce que représente le combat des peuples qui refusent la domination autoritaire et choisissent la voie européenne.Le message que nous portons est double. Premièrement, la France doit condamner fermement les atteintes répétées aux principes démocratiques commises par les autorités géorgiennes. Il ne peut y avoir d’ambiguïté sur ce point. L’Union européenne n’est pas seulement un marché ou un espace économique ; elle est aussi et surtout une communauté de valeurs. Aucun rapprochement durable avec l’Europe n’est possible si les libertés fondamentales sont remises en cause.Deuxièmement, la France doit réaffirmer son soutien au destin européen de la Géorgie. Ce soutien n’est ni un blanc-seing accordé à un gouvernement ni un acte de naïveté géopolitique ; il est un engagement envers un peuple et envers une orientation stratégique essentielle pour la stabilité du continent européen. Lors de l’examen du texte par la commission des affaires étrangères, l’orateur de notre groupe l’a rappelé : « Donner une ambition européenne ou un destin européen ne signifie pas se lancer dans un processus d’adhésion que l’on sait long et complexe. » Nous devons faire preuve d’honnêteté envers le peuple géorgien : cette proposition vise à affirmer notre solidarité avec lui, à faire respecter les valeurs européennes, à soutenir les démocrates, pour une Géorgie libre et maîtresse de son destin.L’histoire nous enseigne que les démocraties ne meurent pas toujours sous les heurts d’un coup de force brutal. Elles peuvent aussi s’éroder lentement par l’affaiblissement progressif des institutions, la remise en cause des libertés. Face à cela, notre responsabilité consiste à parler avec lucidité et réalisme : avec lucidité, pour dénoncer clairement les dérives illibérales du gouvernement géorgien ; avec réalisme, pour maintenir ouvert au peuple géorgien un horizon européen crédible.Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe Droite républicaine soutient cette proposition de résolution européenne : elle condamne le gouvernement et la situation politique en Géorgie et donne un espoir à son peuple. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme la rapporteure applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).