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vie-politique.fr

Discours du 2 juin 2025

Charles Alloncle · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°222

Ce soir, je pense à cette France que l’on ne voit pas, que l’on n’entend jamais ;…

…à cette France qui ne bloque pas les routes, ne casse pas de vitrines et ne connaît pas la grève – non par faiblesse ou par désintérêt, mais seulement parce qu’elle n’a pas le luxe de pouvoir s’arrêter de travailler.C’est la France des indépendants, des artisans, des commerçants, celle des petits patrons mais des grandes fatigues. Cette France est si besogneuse qu’elle ne voit même pas ses enfants grandir.Voilà huit ans qu’elle est prise dans la tempête de vos hésitations, rongée par l’incertitude que vous générez, lassée des injonctions contradictoires que vous lui imposez. Depuis votre arrivée au pouvoir, votre schizophrénie est devenue méthode politique : vous soufflez le chaud et le froid, sans gêne, sans le moindre sentiment de honte, sans même demander pardon.Et pourtant, des excuses, vous auriez pu en présenter aux Français, vous qui avez fermé Fessenheim avant de relancer le nucléaire ; vous qui avez vendu Alstom avant de racheter les turbines Arabelle ; vous qui avez fait s’embraser les ronds-points avant d’enterrer la taxe carbone ; vous qui avez parlé avec mépris des « gueux » avant d’amender vos zones à faibles émissions (ZFE) ; vous qui, quatre mois après le vote de votre budget, vous félicitez d’effacer une mesure inique que vous vouliez pourtant imposer, l’abaissement du seuil de franchise qui allait soumettre à la TVA plus de 205 000 entreprises.Et pas n’importe quelles entreprises : celles des petits patrons. Ces centaines de milliers d’autoentrepreneurs ont franchi le pas, souvent seuls et sans filet, et ont lancé leur propre activité. Ils font tourner notre économie à la force du poignet, ne comptant ni les heures, ni leurs efforts, sans attendre un merci. Dans votre quête des 40 milliards, ce sont eux que vous avez osé matraquer en premier ! Comment avez-vous même pu y songer dans un pays qui est déjà le plus fiscalisé ?Madame la ministre chargée des petites et moyennes entreprises, les entrepreneurs étouffent. Je le sais car je l’ai vécu en montant mon entreprise. Je l’ai vu en dédiant mon activité au service des autoentrepreneurs. J’ai vu leur solitude dans ces méandres administratifs, leurs nuits passées à faire de la comptabilité, leurs angoisses d’un éventuel appel du banquier. Je les ai vus hésiter, douter, sombrer quelquefois, étourdis par le vertige de l’échec, la crainte d’être jugé à la moindre baisse de chiffre d’affaires. Je les ai vus parfois faire défiler leur vie, mettre en danger leur famille pour une assurance oubliée ou une facture impayée.Mais vous, qui n’avez jamais connu la peur de tout perdre,…

…vous qui vivez à l’abri avec vos emplois à vie et vos gracieux salaires,…

…dans le confort feutré de vos ministères,…

…vous ne trouvez rien de mieux à faire que de les surcharger de nouveaux doutes, de nouvelles taxes et de nouveaux formulaires.Votre inconséquence fiscale a même permis un exploit politique rare, une convergence des luttes que toute la gauche vous envie : vous avez réussi à liguer contre l’État l’autoentrepreneur et le capitaine d’industrie.De Bernard Arnault aux artisans commerçants et entrepreneurs de l’Hérault, vous avez réussi à dresser toutes les forces vives du pays contre l’impôt. Au fond, voilà la vraie fracture française : ce fossé béant entre un pouvoir qui dilapide et un peuple qui se saigne.

Cet immense abîme, entre des ministres qui, même déchus, seront toujours bien lotis et des Français qui, eux, jouent un peu leur vie chaque jour.À l’UDR, nous voterons pour cette proposition de loi, mais seulement parce qu’elle corrige vos erreurs.

En revanche si, demain, votre majorité s’avisait de s’en prendre à nouveau aux Français qui créent, aux travailleurs qui triment, aux silencieux qui cotisent, ce sera pour vous l’infamie, la censure et la porte de sortie. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)

Ce n’est pas notre groupe !

Cela ne se voit pas !

Ils ne votent pas pour vous !

Ils vous détestent !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).