Discours du 16 février 2026
Charlotte Parmentier-Lecocq · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°150
Il est des injustices discrètes, qui ne font pas de bruit mais abîment des parcours et, parfois, notre capacité collective à soigner. Celle-ci en est une : depuis le 1er janvier 2021, de jeunes médecins français qui ont entamé leurs études au Royaume-Uni avant le Brexit se voient opposer une barrière administrative. Elle n’est pas due à un défaut de compétences mais à un changement de cadre juridique survenu après leur inscription à l’université. La frontière a bougé ; leurs compétences, elles, n’ont pas changé. Voilà le cœur du sujet. Répondre à ces injustices est l’objet de votre proposition de loi, monsieur le rapporteur. Il faut la saluer car elle rétablit ce qui devrait être une évidence : à engagement identique, il faut des droits identiques.Ces jeunes médecins se sont inscrits dans un cursus reconnu, conforme aux standards européens. Ils ont travaillé, ils ont réussi, ils sont prêts à soigner. Leur parcours individuel n’a pas à être sanctionné en raison de choix politiques. Le gouvernement soutiendra donc pleinement votre proposition de loi et s’engage à lever le gage durant la navette parlementaire.L’article 1er corrige l’incohérence : il allonge la liste des diplômes ouvrant droit à l’exercice de la médecine afin d’y inclure les diplômes délivrés au Royaume-Uni aux étudiants ayant entamé leur cursus avant le 31 décembre 2020. Il ne s’agit pas d’un passe-droit mais d’une mesure ciblée, bornée dans le temps, lisible et sécurisée ; elle ne change rien à nos exigences ; elle ne crée pas d’exception durable ; elle corrige une parenthèse née d’un événement politique extérieur.Au-delà, l’enjeu concerne l’accès aux soins, pour lequel vous connaissez l’engagement du gouvernement. Il n’y aurait aucune logique à nous priver de médecins ayant reçu une formation conforme aux standards européens et disponibles, souvent prêts à s’installer là où l’offre manque. La proposition de loi ne pourra à elle seule régler ce problème, évidemment, mais elle supprime, de manière pragmatique, un obstacle inutile. Les jeunes praticiens doivent pouvoir, s’ils le souhaitent, rejoindre sans délai les établissements et les cabinets, partout en France.Cette proposition de loi n’enlève aucune perspective à l’ensemble des praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue). Le gouvernement s’est engagé pour eux. Nous voulons ouvrir, sécuriser et intégrer leur parcours. Pour la première fois cette année, le concours comportera une voie interne simplifiée, permettant d’évaluer les connaissances de ceux déjà en poste en établissement. Dans le même mouvement, nous souhaitons transformer le concours en examen, ce qui nécessite que le Parlement fasse évoluer la loi.Enfin, nous nous engageons à renforcer l’accompagnement qui suit la réussite des concours. Les Padhue apportent une contribution précieuse à notre pays et nous devons renforcer leur intégration, tout en vérifiant leurs connaissances et leurs compétences. Ils méritent notre reconnaissance et nos remerciements.Je remercie l’ensemble des parlementaires mobilisés sur le sujet, en particulier le rapporteur Vincent Caure et Alexandre Holroyd, ex-député. Ce texte répare des inégalités, préserve la confiance et libère des énergies plus que jamais utiles à notre système de santé. Il ne cède en rien à l’exigence et apporte davantage de cohérence. Le gouvernement le soutient donc pleinement. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Je vous prie d’excuser l’absence de Mme Marina Ferrari, ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative. Vous le savez, nous travaillons étroitement à rendre certaines politiques accessibles à tous ; c’est pourquoi elle m’a chargée de la représenter.Alors que les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 se préparent dans les Alpes françaises, et que la pratique sportive progresse dans notre pays, portée par l’élan des Jeux de 2024, le gouvernement est heureux de constater que la politique sportive du pays est au cœur des préoccupations du Parlement. Je tiens à saluer le travail de M. Benjamin Dirx qui, à l’été 2025, avait remis un rapport sur l’impact budgétaire et l’héritage des Jeux de 2024. Cette résolution, dont il est l’auteur, s’en inspire en partie.La proportion de Français qui pratiquent un sport, et à plus forte raison de manière régulière, progresse. Comme l’indique le dernier Baromètre national des pratiques sportives publié par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), elle s’élève à 61 %. C’est 2 points de plus qu’en 2023, et surtout 7 points de plus qu’en 2018. Dans le même temps, le nombre de licences sportives atteint un niveau historique.L’augmentation de la pratique sportive est le fruit à la fois des investissements de l’État en faveur du sport – évalués à plus de 7 milliards d’euros par le dernier jaune budgétaire, qui recense depuis 2021 toujours plus finement l’ensemble des crédits consacrés à cette politique –, d’un engagement sans précédent de moyens alloués au sport par le ministère des sports, de la jeunesse et de la vie associative, en hausse de 68 % depuis 2017, soit 322 millions d’euros, et bien évidemment de l’engagement en faveur du sport des collectivités territoriales – dont le gouvernement salue le rôle et la volonté politique –, estimé à 9 milliards d’euros annuels.La mobilisation de crédits pour la politique sportive du pays est la preuve de notre conviction, depuis 2017 et sous l’impulsion du président de la République, que le sport est un pilier essentiel de la cohésion sociale, de la santé publique et de l’émancipation de la jeunesse.Nous partageons l’ambition générale de cette proposition de résolution, mais je tiens à préciser plusieurs points.S’agissant d’abord des taxes affectées, dont vous souhaitez la suppression progressive, je rappelle que la taxe Buffet a pour philosophie de faire financer le sport amateur par le sport professionnel – une logique de solidarité fort louable. Le gouvernement a cependant entendu les inquiétudes exprimées sur son rendement et sa dépendance à la conjoncture économique. Plutôt que d’envisager la suppression de celle-ci, l’idée d’ouvrir une réflexion sur la diversification de son assiette afin d’en sécuriser et d’en améliorer le rendement semble pertinente, et ce conformément aux recommandations que vous aviez formulées, monsieur Dirx, dans votre rapport de juillet 2025.L’ANS bénéficie aussi de l’affectation d’une taxe sur les paris sportifs en ligne. Le gouvernement a bien pris note des discussions qui se sont tenues à l’Assemblée nationale et au Sénat quant au niveau de son plafond. Soyez assurés que ces deux taxes affectées contribuent directement à la construction et à la rénovation des équipements sportifs et au développement de la pratique sportive, et non au fonctionnement de l’Agence nationale du sport. Je rappelle simplement les chiffres : l’ANS était dotée en 2025 d’un budget de 415,2 millions d’euros, dont 293,9 millions étaient dédiés au développement des pratiques, 106 millions à la haute performance et 15,2 millions d’euros à son fonctionnement.Les deux plans d’équipements « 5 000 terrains de sport » et « 5 000 terrains de sport – Génération 2024 » illustrent l’utilité de ces recettes : ils ont rencontré un vrai succès avec 10 617 infrastructures financées depuis 2019 par l’ANS, pour un montant total de 143 millions d’euros.Le gouvernement partage l’idée que les taux d’équipements sportifs pour 10 000 habitants doivent être établis, tant il est essentiel de garantir une répartition harmonieuse sur le territoire. Si la base de données des équipements et lieux de pratiques, dite Data ES, est à consolider en permanence, le recensement actuel fait d’ores et déjà état de plus de 333 600 équipements sur l’ensemble du territoire, soit 48,99 équipements sportifs pour 10 000 habitants. Nous disposons des éléments nécessaires pour déterminer ces taux.S’agissant de la mise en place d’un comité interministériel du sport, je rappelle que la création de l’ANS en 2019 a introduit une évolution significative de la gouvernance du sport en associant au mouvement sportif les collectivités territoriales et les acteurs économiques. Quelques années après seulement, l’institution d’un tel comité n’irait pas dans le sens de la simplification administrative que nous appelons tous de nos vœux et que le gouvernement a commencé à réaliser.De plus, l’action interministérielle pour le sport se déploie déjà. J’en veux pour preuve la deuxième stratégie nationale sport santé pour 2025-2030, annoncée en septembre 2025. Elle s’appuie sur douze actions concrètes et témoigne de notre capacité à produire des politiques publiques claires et lisibles. J’en veux également pour preuve la stratégie nationale sport et handicap 2030, que la ministre Marina Ferrari et moi-même avons présenté à la fin du mois dernier. Elle défend une ambition forte : donner envie de pratiquer et rendre accessible la pratique, les lieux et les événements sportifs par une dynamique collective. Elle a été élaborée grâce aux contributions des acteurs du parasport et des personnes en situation de handicap afin que chacun accède à une pratique sportive adaptée à ses besoins.Enfin, en ce qui concerne la diversification et la modernisation des financements du sport, vous savez que l’ANS peut, de par son statut de groupement d’intérêt public (GIP), bénéficier de ressources extérieures. Force est de constater que l’agence n’a pas pris la pleine mesure de ses possibilités en matière de financements privés. Il faut y remédier rapidement.Soyez assurés, mesdames et messieurs les députés, qu’à l’instar des cosignataires de cette proposition de résolution, le gouvernement souhaite que la place du sport dans la vie du pays ne cesse de croître. Le président de la République avait d’ailleurs choisi de faire de l’activité physique et sportive la grande cause nationale pour 2024 dans le but de l’inscrire durablement au cœur de nos politiques publiques. Le gouvernement s’efforce de faire fructifier les efforts déployés depuis 2017 afin de poursuivre la dynamique des Jeux de 2024 et de nous projeter avec ambition vers 2030. Le gouvernement sait pouvoir compter sur le Parlement pour continuer de faire du sport un pilier de nos politiques publiques.En conclusion, le gouvernement salue l’esprit de cette proposition de résolution et s’en remet à la sagesse de l’Assemblée.
Ça va pas bien là-dedans ! (Mme la ministre se toque la tempe de l’index.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).