Discours du 15 juin 2026
Christian Girard · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270
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En 1877, sous la IIIe République, la France inaugure au Jardin d’acclimatation une pratique qui la couvrira de honte pendant plus d’un demi-siècle : celle des zoos humains. Jusqu’au début des années 1930, des êtres humains venus des quatre coins du monde furent exhibés comme des curiosités, parfois derrière des grilles et des enclos, devant un public avide de spectacle et d’exotisme. Ces exhibitions transformaient des femmes, des hommes, des familles entières en attractions exotiques.Parmi eux, des Kali’nas et des Arawaks venus de Guyane furent montrés en 1892. Plusieurs d’entre eux trouvèrent la mort loin de leur terre, victimes du froid, de maladies et de conditions indignes.Cette histoire est d’autant plus honteuse qu’elle est née sous des gouvernements républicains, radicaux, issus de la gauche de l’époque, qui prétendaient parler au nom du progrès, de la science et de l’émancipation. Ainsi, ceux qui se réclamaient des Lumières ont laissé prospérer l’obscurité ; ceux qui parlaient d’universalisme ont toléré que des femmes et des hommes soient montrés comme des curiosités ; ceux qui invoquaient la dignité humaine ont accepté que des êtres humains venus de Guyane soient exposés au regard du public.
Aujourd’hui, il nous incombe de réparer, autant que nous le pouvons, cette infamie. D’apparence limitée, cette proposition de loi a une portée morale, mémorielle et humaine considérable. Elle vise à permettre la sortie des collections publiques de restes humains kali’nas et arawaks, ainsi que de plusieurs moulages conservés par le Muséum national d’histoire naturelle, afin qu’ils puissent être restitués à la Guyane et recevoir des funérailles dignes sur le territoire de la commune d’Iracoubo.Derrière ce texte, il ne s’agit pas seulement d’inventaires, de collections ou de procédures juridiques, mais de femmes et d’hommes. Il s’agit de Couani, Miacapo, Pékapé, Emo Marital, Mayaré, Ibipio, envers qui nous pouvons choisir de ne pas prolonger l’injustice.Alors que le droit protège, à juste titre, l’inaliénabilité des collections publiques, ce principe, nécessaire pour préserver notre patrimoine commun, ne peut être une fin en soi s’agissant de restes humains. Il doit être concilié avec deux autres principes, plus fondamentaux encore : ceux du respect de la dignité humaine, y compris après la mort, et du respect des coutumes des peuples dont ces défunts sont issus.Notre droit a déjà évolué en ce sens puisque des lois récentes ont permis la restitution de restes humains à des États étrangers. Dès lors, il serait paradoxal – pour ne pas dire incompréhensible – que les territoires ultramarins, qui font pleinement partie de la République, restent à l’écart de ce mouvement. La Guyane n’est pas extérieure à la France ; elle est la France. Les peuples autochtones de Guyane doivent être entendus avec la même considération, la même dignité et le même respect que tous les autres peuples concernés par ces demandes de restitution.La demande formulée par l’association Moliko Alet+Po avec le soutien des autorités coutumières, du grand conseil coutumier, de la collectivité territoriale de Guyane et des parlementaires guyanais est claire : permettre à ces défunts de rentrer sur leur terre et d’y reposer en paix. Loin de fragiliser l’unité nationale, ce geste la renforce. Une République digne de ce nom ne se grandit pas en dissimulant ses fautes : elle se grandit lorsqu’elle sait regarder son histoire en face, entendre ses outre-mer et réparer ce qui peut encore l’être.Pour toutes ces raisons, le groupe Rassemblement national se réjouit de voter en faveur de cette proposition de loi.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).