Discours du 7 janvier 2026
Christine Le Nabour · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°104
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Bertrand Schwartz est considéré comme le père fondateur des missions locales. En 1981, il préconisait, dans un rapport consacré à l’insertion des jeunes, la création d’un réseau de structures dédiées à l’accompagnement des 16-25 ans. Ce rapport a abouti à la création des premières missions locales, en 1982. L’héritage de Bertrand Schwartz perdure avec un réseau associatif de 426 missions locales, 15 structures régionales, 6 800 points d’accueil et un institut qui porte son nom, lequel continue à promouvoir la recherche et l’innovation dans l’accompagnement des jeunes, pour les jeunes et avec les jeunes.La loi du 19 décembre 1989 a donné une base législative à l’action des missions locales en pérennisant leur existence et en réaffirmant leur mission d’accueil, d’information, d’orientation et d’accompagnement des jeunes de 16 à 25 ans. Elles proposent un accompagnement global, personnalisé et agissent dans les territoires en partenariat avec les autres acteurs du service public de l’emploi, les collectivités et les entreprises. Depuis la loi du 18 janvier 2005 de programmation pour la cohésion sociale, leur mission de service public est officiellement reconnue et inscrite dans le code du travail.À l’occasion du plan « 1 jeune, 1 solution », Élisabeth Borne, alors ministre du travail – je la salue –, a conforté le rôle des missions locales. Entre 2020 et 2024, le financement qui leur est attribué a d’ailleurs fortement augmenté, en contrepartie de missions supplémentaires et d’une demande d’efficience et de qualité de l’offre de services. C’est en ce sens que le réseau a engagé une démarche de labellisation de ses structures, dans le but de réexaminer régulièrement les pratiques et de garantir la qualité de l’offre de services auprès des jeunes, bien sûr, mais aussi auprès des entreprises et des partenaires, dans tous les territoires.Le CEJ, créé en 2022 et succédant à la garantie jeunes, est un dispositif d’accompagnement intensif vers l’emploi. Il est piloté par les missions locales et par France Travail. En 2023, les missions locales ont été intégrées au réseau pour l’emploi, créé par la loi pour le plein emploi.Force est de constater que la situation dégradée des jeunes, en particulier depuis la crise sanitaire, accroît les besoins d’accompagnement. La pauvreté et la précarité des jeunes demeurent, en France, à des niveaux élevés. Les jeunes sont exposés aux formes d’emploi précaire, qui s’accompagnent fréquemment d’une instabilité des revenus et des perspectives. L’accès au logement reste particulièrement difficile ; les freins à la mobilité sont fréquents ; certains jeunes renoncent aux soins et ont des difficultés d’accès au droit. À cela s’ajoutent des facteurs de vulnérabilité comme le décrochage scolaire et universitaire, le faible niveau de qualification, des atteintes à la santé mentale et des discriminations – autant d’éléments qui éloignent plus durablement encore du marché du travail.Les missions locales sont inquiètes pour leur avenir. En 2025, les crédits alloués au réseau ont subi une baisse de 6 %. Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une nouvelle baisse, de 13 %, alors que le nombre de jeunes accueillis est en hausse, de 8 %, tout comme le nombre de mineurs, et que les situations individuelles sont de plus en plus complexes. Les missions locales ne peuvent plus comme auparavant dépasser l’objectif fixé d’entrées en CEJ, ce qui a pour effet une baisse du nombre de jeunes accompagnés et une baisse des financements. Elles subissent aussi des baisses de financement de la part des collectivités. Cet effet cumulatif fragilise les structures : 20 % d’entre elles sont déjà en grande difficulté ; certaines ont un fonds de roulement de moins d’un mois.Les missions locales ont déjà réduit leur masse salariale de 422 équivalents temps plein (ETP) en 2025. Si les crédits prévus pour 2026 sont votés en l’état, elles envisagent de supprimer 1081 ETP. Dans la nouvelle convention pluriannuelle d’objectifs, pour la période 2025-2027, il est indiqué que les missions locales doivent non seulement exister, mais être performantes, s’améliorer et rendre leur action visible et mesurable. Ces exigences sont certes légitimes, mais le gouvernement leur demande désormais de faire encore plus avec beaucoup moins.Je connais bien le réseau des missions locales : j’y suis engagée depuis quinze ans aux niveaux local, régional et national. Je profite d’ailleurs de cette intervention pour saluer tous les administrateurs, salariés et bénévoles, qui, au quotidien, œuvrent pour accueillir, accompagner et redonner confiance aux jeunes déscolarisés ou en difficulté d’insertion.Depuis 2018, le gouvernement et le groupe Ensemble pour la République ont fait de la lutte contre le chômage, en particulier celui des jeunes, leur cheval de bataille. L’emploi et la formation sont, depuis huit ans, des marqueurs forts.Les missions locales sont conscientes du contexte économique de notre pays et de la demande d’une d’efficience accrue, mais les décisions qui réduisent les crédits au détriment de dispositifs ayant prouvé leur efficacité me semblent aller à contre-courant. Le bon déploiement du réseau pour l’emploi sera un pilier pour atteindre le plein emploi. Son efficacité repose, entre autres, sur la préservation des outils qui ont fait leurs preuves et des moyens correspondants. Il nous faut continuer à accompagner celles et ceux qui accompagnent ; nous avons besoin des missions locales. Ne pas investir dans la jeunesse, c’est hypothéquer l’avenir.Monsieur le ministre du travail, j’ai trois questions à vous poser. Comment faire mieux ou, à tout le moins, aussi bien, lorsque les besoins d’accompagnement augmentent et que, dans le même temps, les financements baissent ?Il convient de réfléchir à la cohérence du dispositif. Pour plus de lisibilité, doit-on confier les CEJ uniquement aux missions locales, comme c’était le cas pour la garantie jeunes ?L’entrée du jeune en formation est souvent une étape importante dans son parcours vers l’emploi. Pourtant, une sortie en formation n’est pas considérée, pour l’instant, comme une sortie positive, alors que c’était le cas avec la garantie jeunes. Comptez-vous revoir cette position ?
Les missions locales sont conscientes du déficit budgétaire de notre pays. Il faut néanmoins établir des priorités et faire des choix politiques. Si nous ne nous occupons pas de l’école, du décrochage scolaire, de la jeunesse, de l’orientation, de la formation et de l’accompagnement vers l’emploi, nous passons à côté de l’essentiel. C’est pourquoi, et j’en suis désolée, je me désolidarise complètement de votre copie initiale.Les missions locales accueillent de nouveaux publics. Il est dommage que Mme Diaz ne soit plus là, j’aurais pu lui rappeler qu’il s’agit d’associations, et non des structures publiques, et qu’elles ne l’ont pas attendue pour orienter les jeunes vers l’apprentissage et les formations qualifiantes. Encore faut-il que ce soit possible : certains jeunes reçus en mission locale sont en effet très éloignés des formations qualifiantes et de l’apprentissage. Le travail préalable prend du temps, et ce temps n’est jamais comptabilisé. C’est un temps de mise en confiance entre le conseiller et le jeune – un temps essentiel, jamais évalué.Deuxième point : les CPO. C’est un nouveau type de contrat ; je l’ai signé en tant que présidente de mission locale. Je fais confiance au gouvernement et à la délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) ; les indicateurs sont en cours d’élaboration avec les missions locales, et c’est une bonne chose.J’aimerais que la formation y soit intégrée : vous l’avez rappelé, 46 % des jeunes sortis d’un contrat d’engagement jeune depuis six mois ont un emploi ; si l’on ajoute ceux qui entrent en formation, nous atteignons 62 %. C’est plutôt encourageant et cela montre que les missions locales font leur travail.Dernier point : les comités locaux pour l’emploi. Ils se mettent en place tout doucement. L’articulation entre France Travail et les missions locales dépend des territoires. Dans certains, comme le mien, nous fonctionnons ainsi depuis très longtemps. Cela se mettra en place plus ou moins rapidement selon les réalités locales.
Enfin – c’est important, monsieur le président –, les missions locales travaillent à la visibilité et à la lisibilité de leurs actions auprès des futurs élus communaux.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).