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Discours du 15 juillet 2026

Christophe Bentz · Première session extraordinaire 2026 · séance n°14

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Non.

Non.

Les deux !

En ce jour du vote définitif de ce texte, qui vise à légaliser le suicide assisté ou délégué à un soignant, c’est-à-dire l’abandon de la vie humaine, je vous parle le cœur lourd, le cœur serré, le cœur blessé.Mes chers collègues, je vais mourir ; vous aussi, d’ailleurs ! Nous allons tous mourir, naturellement, demain, après-demain, dans un, dix, trente ans ou plus – nul ne le sait. Voilà ce qui doit nous conduire à une extrême prudence quant à ce vote sur l’irréversible, ici, à l’Assemblée nationale.Si la vie peut être violente, elle est d’abord un combat, donc un espoir illimité. C’est cet espoir illimité qui force notre humilité. La vie est plus ou moins longue, furtive, parfois lancinante, mais la vie, on l’aime et on la chérit, instinctivement.

On en prend soin parce qu’on veut la préserver, sans savoir jusqu’à quand.

On sent bien qu’elle est précieuse et toujours si digne jusqu’à sa fin. Alors pourquoi précipiter la mort, donc arracher la vie plus tôt, trop tôt ? Pourquoi nous arracher nos mamans, nous arracher nos papas, nos grands-parents, nos filles, nos garçons, nos frères et nos sœurs (« Oh là là ! » et exclamations sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP, SOC, EcoS et Dem. – Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR), nos amis, nos repères, notre espérance ?Mon enfant, dans cette volonté, je ressens déjà ton dernier instant, j’entends ton dernier souffle, je vois avec effroi ton dernier regard. Tu t’arraches à la vie. Pourtant, tu peux encore rester sur le chemin du soin et de la vie. Nous sommes tous des enfants.

Que diraient nos parents d’une telle proposition de loi ? Mon fils, ma fille, je t’aime, je t’aime tellement, mais pardon, pardon de t’avoir donné la vie car elle te fait souffrir ? (Exclamations sur plusieurs bancs des groupes EPR, LFI-NFP, SOC et Dem.) Pardon de t’avoir fait exister ? Pardon de t’avoir imposé la vie, cette vie ?Aucun enfant n’a demandé à vivre. Pourtant, ils sont bien là, bien vivants. Parce que nous leur avons donné la vie. Alors avons-nous le droit de leur proposer de la supprimer ? La vie leur est offerte, pas la mort, même si elle est inéluctable. Elle ne leur appartient plus. C’est toute la fragilité de la vie humaine.La France ne peut pas abandonner ses enfants. Notre société n’a pas le droit de renoncer à protéger les plus vulnérables, les personnes handicapées, les personnes les plus pauvres. Faute d’accès aux soins, elles seront évidemment les premières victimes. Ne rétablissons pas une condamnation sociale de mort !Mes chers collègues, je comprends votre peur, notre peur : la peur de la maladie, la peur de la douleur qui ne s’apaiserait pas. C’est la mission essentielle des soins palliatifs, de notre société de l’espoir par le progrès. C’est notre devoir collectif : aider, soulager, secourir. Et un soignant, il soigne. Il soigne le corps et sauve la vie. Il sèche vos larmes. Il accompagne toute personne avec la médecine, avec l’écoute, avec le soin, pas avec un instrument de mort.Imaginez l’injustice irréversible des milliers de personnes qui demandent aujourd’hui à être soignées, et qui demanderont demain la mort par défaut – un acte létal organisé en présence d’enfants mineurs, qui n’ont pas le discernement pour consentir à y participer. Imaginez les conséquences désastreuses, les regrets, les remords – car nous aurions dû faire plus, nous aurions pu faire mieux, mais pas nous résigner au suicide.Cette loi va arracher des vies humaines, des vies soignables, des vies sauvables. (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

Des personnes qui demandent la mort, et c’est légitime quand on a trop mal, mais avec des doutes et des troubles dans le consentement dans la douleur : « Arrachez-moi de cette souffrance. Je veux partir, même si j’aimerais rester. »Cette loi est permissive et expéditive.

Sans nul doute, elle engendrera des déchirements sociaux, familiaux, affectifs et psychologiques pour ceux qui restent ici encore un peu. À tous ces êtres si chers partis trop tôt : vous allez manquer à l’humanité.Mes chers amis,…

…j’ai vu tant de doutes dans vos yeux. Alors appliquez le principe de précaution en rejetant ce texte.

Dans cet espoir, je ne juge pas. Je ne veux pas vous blesser. Je veux simplement vous convaincre que si la vie peut être ponctuée de souffrances, elle vaut d’être vécue et soignée jusqu’à la fin, la fin de la fin, la fin que l’on ne décide jamais.

Alors en ce jour si grave, avec le cœur, mais le cœur noué et empli d’appréhension, je vous invite à voter contre ce texte de mort, je vous invite à voter pour l’espoir, je vous invite à voter pour que la vie demeure – alors la France restera magnifique ! (Les députés des groupes RN et UDR se lèvent pour applaudir. – Mme Anne-Laure Blin applaudit également.)

Eh oui !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).