Discours du 7 juillet 2025
Christophe Gomart · Condamnation arbitraire de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes (débat)
Madame la Présidente, Madame la Commissaire, chers collègues, le 16 novembre 2024, Boualem Sansal, écrivain français de 80 ans, a été arrêté à Alger. Son tort? Avoir exercé sa liberté de pensée et de parole. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme pour atteinte à l’unité nationale, à l’issue d’un procès politique qui s’est tenu à huis clos.
Boualem Sansal étant gravement malade, sa vie est en danger. Le 1ᵉʳ juillet, la cour d’appel a confirmé sa peine, et, à l’occasion de la fête nationale algérienne, le 5 juillet, 6 800 détenus ont été graciés. Lui non. Le président Tebboune a personnellement choisi de ne pas lui accorder sa grâce. C’est un acte politique, une rupture claire, assumée, avec la France, avec l’Europe. Ce refus est un affront, un affront à la liberté d’expression, à la culture démocratique, un affront à la France, un affront à l’Europe.
Notre Parlement a largement adopté une résolution, le 23 janvier 2025, et pourtant, que fait la Commission? Que fait la commissaire Kaja Kallas? Nous lui avons envoyé une lettre le 3 juin 2025. Dans la réponse que nous avons reçue d’elle la semaine dernière, pas une seule mesure concrète. Des mots, des mots, mais aucun acte: «Nous partageons tous le même objectif, qui est la libération de Boualem Sansal, et je considère qu’un dialogue constructif avec les autorités algériennes est le moyen le plus approprié et efficace pour l’atteindre.» La même passivité que dans l’affaire du journaliste Christophe Gleizes, condamné le 29 juin par le tribunal de Tizi Ouzou à sept ans de prison ferme avec mandat de dépôt. Son emprisonnement pour apologie du terrorisme illustre lui aussi la justice arbitraire qui règne en Algérie et l’impuissance tant de la France que de l’Europe à obtenir sa libération comme celle de Boualem Sansal.
Boualem Sansal incarne le courage, la dignité et la fidélité aux idéaux de liberté. Il est la voix de tous ceux que l’on veut faire taire. Alors, non! Nous ne pouvons plus continuer à nous coucher ou à faire semblant devant des régimes autoritaires dont le seul objectif est de nous humilier. L’heure n’est plus à la diplomatie molle, aux compromis bureaucratiques ou à la repentance permanente. Retrouvons notre puissance et notre grandeur et faisons-nous respecter. Il est temps de faire correspondre nos actes à nos principes et de cesser de subir.
Source : compte rendu officiel du Parlement européen (API Open Data, data.europarl.europa.eu), capturé le 2026-09-01. Texte reproduit dans sa langue originale de prononciation.