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Discours du 14 octobre 2025

Christophe Naegelen · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°3

Voilà maintenant plus d’un mois que notre assemblée – ou plutôt notre pays tout entier – tourne au ralenti. Depuis un mois, nous offrons aux Français un spectacle pathétique, mêlant comique de répétition et tragédie, qui lasse nos concitoyens. Loin de nous applaudir et d’en rire – même jaune –, ceux-ci pleurent devant la déliquescence de notre pays aux yeux du monde, l’état de nos finances publiques et notre incapacité à trouver des compromis dans l’intérêt général.Nous payons encore les conséquences de la dissolution désastreuse de 2024. Celle-ci montre, s’il en était besoin, que les prises de décision solitaires et déconnectées du terrain nous mènent à des situations inextricables. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LIOT.) Monsieur le premier ministre, votre première mission sera de vous libérer de cette tutelle présidentielle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. François Ruffin applaudit aussi.) En réalité, vous devez couper le cordon et trouver l’oxygène par vous-même, en lien avec le Parlement.

D’ailleurs, la Constitution est bien faite puisque son article 20 dispose que « le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation » – le gouvernement, votre gouvernement, non le président de la République. À juste titre, vous avez parlé de rupture ; c’est la toute première à engager. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.)Les autres ruptures portent sur les politiques à conduire, qui ne peuvent ni ne doivent s’inscrire dans la continuité des huit dernières années. Alors que l’urgence est de doter notre pays d’un budget, nous vous demandons l’application rapide de mesures attendues et plébiscitées par les Français.Notre groupe, vous le savez, a été en pointe contre la réforme des retraites : nous avons été les premiers à en demander la suspension et à proposer la tenue d’une conférence de financement. C’est là un impératif non seulement démocratique, mais aussi économique, tant le coût de la censure et de la dissolution serait largement supérieur – de l’ordre de 15 milliards d’euros – à celui de cette suspension. De toute manière, la future élection présidentielle devra trancher cette question. Nous saluons donc votre engagement en ce sens.Les autres ruptures que nous attendons concernent la contribution des plus hauts patrimoines au redressement des comptes publics. En effet, pour le groupe LIOT, il ne peut y avoir de redressement sans justice fiscale et sociale : c’est la condition même de l’acceptation des efforts demandés à nos concitoyens.De plus, il n’est pas possible de présenter un budget uniquement punitif. Notre groupe défend depuis longtemps la nécessité de promouvoir la valeur travail et de permettre à tous les Français de travailler dans des conditions décentes. C’est pourquoi nous proposons des allègements généraux de cotisations salariales, afin de redonner du pouvoir d’achat aux plus bas salaires.

Nous sommes convaincus que le travail doit payer plus.Il conviendra également de revoir en profondeur les aides publiques aux entreprises, afin d’en garantir la transparence et l’efficacité, et de mettre davantage à contribution les géants du numérique, dits Gafam. Nous prenons également acte de votre ouverture sur la nécessité de renforcer la lutte contre l’optimisation fiscale.Vous devrez aussi faire de nouveau confiance aux corps intermédiaires, qui sont maltraités depuis huit ans. Les syndicats, le tissu associatif et les élus locaux doivent redevenir des partenaires de confiance : qui saisit mieux qu’eux les maux de notre pays ? Vous avez d’ailleurs annoncé que l’un de vos premiers chantiers serait une réforme menée au bénéfice de nos collectivités locales.Nous vous appelons à aller vite et fort en matière de décentralisation, pour permettre aux élus locaux d’obtenir davantage de liberté d’action au quotidien. Je pense en particulier à l’adaptation normative, à l’autonomie fiscale et à la réduction des doublons, qui permettra un meilleur usage des deniers publics. (M. Paul Molac applaudit.) La véritable révolution pour notre pays est là : faire confiance aux territoires pour se gérer eux-mêmes, là où l’État, à force de vouloir tout gérer, finit par mal gérer. (M. Charles de Courson applaudit.)Il faut entendre la voix des territoires, de ceux de l’Hexagone, bien sûr, mais aussi de la Corse et des outre-mer. Pour la Corse, il s’agit bien évidemment d’aller au terme du processus de Beauvau mené par les précédents gouvernements en faveur de l’autonomie du territoire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT.) Nous avons entendu votre engagement clair à ce sujet ; nous attendons désormais les actes.S’agissant des territoires ultramarins, vous envoyez d’emblée un mauvais signal : passer d’un ministre d’État classé deuxième dans l’ordre protocolaire à un ministre désormais à la treizième place est très mal perçu par les habitants concernés comme par leurs représentants ici, à l’Assemblée. Il faudra donc mettre les bouchées doubles pour relever les immenses défis auxquels ces territoires sont confrontés.Je pense particulièrement à Mayotte, qui attend toujours la concrétisation dans le budget d’une ligne spécifique relative aux 4 milliards d’euros inscrits dans la loi de programmation et au sujet de laquelle vous n’avez rien dit, alors que les 25 millions actuellement prévus sont largement insuffisants. Ne pas avoir évoqué ce territoire de la République, meurtri et ravagé, est une faute politique. (Mêmes mouvements.)Je pense aussi à l’impérieuse nécessité d’adopter des mesures de lutte contre la vie chère, de la Polynésie à la Guadeloupe, et de continuer le dialogue en Nouvelle-Calédonie.Les défis sont immenses. Nous formons un groupe d’indépendants, animés d’un réel amour des territoires, et qui recherchent la stabilité de notre pays ainsi qu’une politique sociale juste et la maîtrise de notre budget. Notre indépendance est notre ADN. Le renfort du gouvernement par les uns ou les autres, nonobstant leurs qualités intrinsèques, voire l’amitié que nous leur portons, ne saurait engager notre groupe. Nous demeurons pleinement un groupe situé dans l’opposition, mais force de proposition. Notre démarche constructive, hors du socle commun, est avant tout guidée par l’intérêt général et la nécessité de trouver des compromis pour notre pays.Il est parfois difficile de comprendre le chaos organisé au plus haut sommet de l’État, ainsi que certaines prises de position qui exaspèrent les Français. Elles consistent trop souvent à se dédouaner de toute responsabilité dans la situation politique actuelle, en pointant du doigt toutes les personnes possibles et imaginables, à l’exception de soi-même. Vous l’aurez compris, monsieur le premier ministre : les propos acerbes et accusatoires tenus hier à Charm el-Cheikh ne facilitent pas le travail que vous menez pour restaurer la confiance dans cet hémicycle. (Mêmes mouvements.)

C’est à l’aune de vos paroles, et surtout de vos actes, que notre groupe se positionnera, comme il en a toujours eu l’habitude. Néanmoins, la nécessité du compromis ne doit pas éclipser la nécessité de l’action. En effet, nous ne cessons de le répéter : la situation est grave, mais pas encore totalement désespérée. Vous avez entre vos mains l’ultime occasion de montrer aux Françaises et aux Français qu’ils ont été entendus. Notre groupe, dans sa grande majorité, ne votera pas la censure du gouvernement,…

…mais nous attendons de votre part des gages et des actions concrètes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT. – M. Laurent Wauquiez applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).