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Discours du 4 mars 2025

Christophe Plassard · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°115

Longtemps, nous avons cru que la démocratie avait gagné. Nous pensions qu’avec la chute de l’URSS, notre modèle démocratique s’exporterait naturellement au-delà du rideau de fer et que nous pourrions échanger librement avec les pays de l’Est, dans une concurrence pure et parfaite.Les travailleurs, la société dans son ensemble avaient, dans le même temps, de nouvelles aspirations : moins travailler, moins péniblement, moins physiquement. L’industrie s’est tertiarisée alors que le niveau de diplôme augmentait. Le mouvement global de désindustrialisation, amorcé dans les années 1970, s’est ainsi accentué. Entre 1995 et 2017, la part de l’industrie dans l’activité a chuté de 17 à 11 % et la part des emplois manufacturiers a baissé de 27 %, contre 13 % dans le reste de l’Union européenne. Les usines ont fait place aux bureaux, le statut d’ouvrier à celui d’employé.Dans le même temps, on a constaté un décrochage de la compétitivité française, quand le coût horaire de la main-d’œuvre manufacturière progressait de 49 %, contre 27 % en Allemagne. Pas grave, selon certains : l’essor d’internet semblait confirmer nos biais, tout se jouant en trois clics. Nous pouvions délocaliser travail manuel et pauvreté, en substituant une politique d’achat en flux tendu à une politique de constitution de stocks souverains.Sur tous ces sujets, nous avions tort. Nous l’avons déjà amèrement constaté lors de la crise sanitaire de 2020, qui a mis en évidence la dépendance industrielle française et européenne aux fournisseurs étrangers et la fragilité de certaines chaînes de valeur mondiales – y compris s’agissant de biens stratégiques.Rappelez-vous comment, il y a cinq ans, nous sommes devenus complètement dépendants de la Chine pour nos approvisionnements en masques chirurgicaux, faute de stock – ce n’était pourtant qu’un morceau de tissu entre deux élastiques. Aujourd’hui encore, 80 % des sites de production des substances pharmaceutiques utilisées dans les médicaments européens se trouvent hors de l’Union européenne.Deux ans plus tard, l’invasion de l’Ukraine par la Russie faisait voler en éclat les espoirs d’un monde pacifié autour d’une mondialisation heureuse. La puissance des États et l’arbitraire des personnes ont mis un terme au mythe et à la doctrine des dividendes de la paix. Ce qui est arrivé en 2022 à l’Ukraine pourrait arriver demain à la Pologne, à l’Estonie ou à la Lettonie. L’Europe n’est plus à l’abri des agressions – elle ne l’a en fait jamais été. Nous avons alors constaté qu’il nous fallait retrouver les moyens de nous défendre, et de nous passer de certains alliés qui ne voient en nous que des clients.La loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, que nous avons votée en 2023, avait donc pour ambition de nous faire passer en économie de guerre. Je remercie le groupe La France insoumise d’avoir inscrit à l’ordre du jour ce débat sur la souveraineté industrielle et sur nos industries stratégiques. Vous prenez enfin conscience que c’est notre industrie nucléaire, voulue par Charles de Gaulle, qui nous a laissés maîtres de notre destin énergétique face au gaz russe, et vous reconnaissez enfin que la base industrielle et technologique de défense est là pour nous protéger et garantir notre indépendance. La BITD ne représente pas seulement 4 000 entreprises, des PME pour l’essentiel, et plus de 200 000 emplois : elle est aussi notre assurance vie. Il faut soutenir ces industries, non seulement pour les emplois, mais aussi pour notre survie en tant que nation indépendante et souveraine.Des annonces seront prochainement faites au sujet du financement de la BITD. J’espère que ma proposition d’utiliser les fonds des livrets réglementés sera adoptée. Ces fonds sont aujourd’hui à la disposition des banques et destinés aux PME, mais à l’exclusion de la plupart des entreprises de défense. La défense est une condition de la durabilité de nos sociétés. Il ne saurait y avoir de transition écologique ou de garantie des droits et des libertés si la première de nos sécurités n’est pas assurée. Cela passe par une industrie forte, innovante, qui a accès aux financements.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).