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Discours du 10 décembre 2025

Christophe Plassard · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°89

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Comme l’ont indiqué plus tôt M. le premier ministre et notre collègue Loïc Kervran, qui appartient comme moi au groupe Horizons & indépendants et siège à la commission de la défense, l’heure est grave. On ne peut plus affirmer que la guerre est aux portes de l’Europe car elle est déjà sur notre sol : nous subissons des attaques hybrides et coordonnées. Ces attaques répondent à deux objectifs clairs : fracturer et affaiblir notre société ; tester nos limites. Dernier exemple en date : le survol de la base de l’île Longue par des drones. Si aucun soldat n’est entré par effraction sur notre territoire, les provocations sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus inquiétantes.Le chef d’état-major des armées a lancé récemment un appel à la lucidité, glaçant mais implacable : le meilleur moyen de garantir la paix est de nous préparer à nous défendre face à un choc qui pourrait arriver d’ici à trois ou quatre ans.Sur la forme, je regrette, étant donné le contexte actuel, que la défense de notre nation n’ait pas la place qui lui revient dans notre assemblée : sur les 125 heures de débat relatif au PLF, combien en avons-nous consacré à la taxe Zucman et combien au budget des armées ? Sur les quatre rapports budgétaires que j’ai rendus depuis 2022, seuls deux ont été discutés dans l’hémicycle – en 2022 et 2023 – et depuis, rien.Sur le fond, le PLF pour 2026 prévoit une hausse inédite des crédits affectés aux armées françaises. À l’augmentation de 3,2 milliards d’euros que prévoit la LPM s’ajoute une surmarche de 3,5 milliards. La hausse cumulée des crédits, d’un montant de 6,7 milliards d’euros, représente une augmentation de plus de 10 % par rapport au budget 2025. Cette surmarche budgétaire ne remet pas en cause la LPM mais marque la nécessité d’accélérer face aux nouvelles menaces. Elle devrait profiter avant tout à l’équipement des forces, qui bénéficieront des deux tiers de ces hausses de crédit. On peut citer les programmes à effet majeur (PEM), les munitions, les drones, les capacités spatiales et la DSA. La défense du territoire métropolitain et des territoires d’outre-mer sera renforcée, notamment par la commande d’une frégate, d’un nouveau sous-marin nucléaire d’attaque de classe Barracuda et de missiles Aster.Notre dissuasion nucléaire, qui est au cœur de la stratégie autour de laquelle s’articulent nos armées, sera consolidée par une hausse de ses crédits de 381 millions d’euros, après l’augmentation massive de 22,4 milliards d’euros en autorisations d’engagement (AE) dont elle a bénéficié l’année dernière.Nous arrivons par ailleurs au moment de faire des choix stratégiques pour trois PEM, un pour chacune de nos armées : le Scaf pour l’armée de l’air et de l’espace, qui succédera au Rafale ; le MGCS, pour l’armée de terre, qui vise à remplacer le char Leclerc ; le porte-avions de nouvelle génération (Pang) pour la marine nationale, qui prendra la place du Charles de Gaulle.Les années précédentes, chacun de ces programmes en était à une phase suffisamment préliminaire pour que l’on puisse avancer suivant une logique prospective et d’étude, en amont de la phase préindustrielle. Désormais, le temps des questionnements est terminé. Le Scaf, composé de trois piliers – l’avion, le cloud de combat et les drones – doit faire l’objet d’une décision par la France : la coopération ou l’autonomie et l’orientation prioritaire vers l’export. Le MGCS rencontre des difficultés d’un autre ordre, du fait des agendas capacitaires différents de la France et de l’Allemagne, mais une solution intermédiaire semble se dessiner dans un esprit de coopération, à l’initiative de la DGA et des industriels concernés. Enfin, le Pang, qui est au centre des débats depuis deux LPM, en arrive à un point de non-retour : un retour en arrière se ferait au détriment de notre capacité de projection, notamment dans l’Indo-Pacifique, que la Chine nous dispute âprement.Si le Parlement ne vote pas en faveur de cette hausse du budget de la défense, ces trois PEM s’en trouveront lourdement affectés, et nos armées avec. Sans vote du Parlement pour approuver le budget dévolu aux armées, nous renouvellerons le retard de commandes de plus de six mois qu’ont subi les PME sous-traitantes de la BITD en 2025, ce qui fragilisera ce tissu dont une étude récente du Trésor a révélé la sensibilité.Sans vote du Parlement pour consacrer la priorité à la défense de notre pays, nous ne pourrons pas commander quatre nouveaux A400M ni remplacer les deux Rafale perdus cette année, pas plus que nous ne pourrons commander plus d’un demi-milliard de munitions supplémentaires comme prévu.Plus que jamais, le rapport de force dicte notre sécurité et, sans vote du Parlement pour augmenter les moyens donnés à ceux qui nous défendent, nous mettrions la France en position de faiblesse face à ceux qui sont, d’ores et déjà, en position d’agresseur et qui n’attendent qu’un faux pas pour passer à l’offensive. Le groupe Horizons & indépendants répondra donc positivement à la question posée sur l’augmentation du budget de la défense. Je résumerai mes propos en ces mots : non au désarmement budgétaire ! (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).