Discours du 11 juin 2026
Christopher Weissberg · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°269
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J’ai pris beaucoup de plaisir en lisant cette proposition de résolution, car j’ai cru découvrir le scénario du quatrième volet de Retour vers le futur.
Nous sommes en avril 1961 : John Fitzgerald Kennedy préside les États-Unis, Nikita Khrouchtchev dirige l’Union soviétique et, au siège du PCF, Maurice Thorez lit la Pravda en écoutant à la radio Fidel Castro commenter l’invasion de la baie des Cochons.
Ce n’est pas ce que je fais ! Je décris votre vision du monde, car vous êtes figés en 1961. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe GDR.)
Or nous sommes en 2026 et, si je partage nombre des constats faits dans ce texte sur la souffrance du peuple cubain, je me demande comment on peut rédiger aujourd’hui une proposition de résolution sur Cuba sans jamais utiliser les mots « liberté d’expression », « prisonniers politiques » ou « démocratie ».
Trump, je le connais mieux que vous car j’habite aux États-Unis et vote contre lui, alors que vous répétez le même récit depuis quatre-vingts ans. (Mme Marie Mesmeur s’exclame à plusieurs reprises.) Il est clair que la situation à Cuba a empiré, avec 400 000 enfants en rupture scolaire, 110 000 opérations chirurgicales reportées et des coupures d’électricité qui paralysent le pays.
Absolument.
Le groupe Ensemble pour la République exprime sa pleine solidarité avec le peuple cubain et, depuis 1992, la France vote chaque année à l’ONU en faveur de la levée de l’embargo. Nous partageons cette position constante et transpartisane, car l’embargo américain est une impasse.
Le problème est que votre discours ne change jamais, qu’on soit sous Carter, Obama ou Trump.
C’est exactement ce que je disais : vous n’aimez pas les Américains, donc vous ne m’aimez pas, pas plus que la moitié des Français qui habitent dans ma circonscription de l’Amérique du Nord.
Résolument les deux !
Et contrairement à vous, je considère que c’est une force. C’est l’énorme différence entre l’extrême gauche nationaliste que vous représentez et des gens comme moi, qui considèrent favorablement la double nationalité.
Si, c’est un gros sujet ! Parce que, contrairement à vous, j’y vis, je peux être aussi clair sur les États-Unis que sur Cuba.
L’extraterritorialité du droit américain n’est pas une abstraction. Nous savons que BNP Paribas a été sanctionné, qu’Alstom a été racheté par General Electric après des poursuites américaines et que CMA-CGM a dû suspendre ses livraisons à Cuba en mai dernier. Nous condamnons ces pratiques, car elles menacent des entreprises françaises, des emplois et notre souveraineté économique. La politique de l’administration Trump envers Cuba s’inscrit dans une logique d’unilatéralisme que j’ai dénoncée à cette tribune à chaque fois que j’en ai eu l’occasion.Qu’il s’agisse de Cuba aujourd’hui, de l’Iran hier, du Venezuela avant-hier – pays au sujet duquel j’ai tenu un discours très dur contre Trump (« Oh là là ! » et sourires sur quelques bancs du groupe GDR) –, des menaces sur le Groenland, territoire d’un allié européen, ou des droits de douane imposés au Canada et à l’Europe, à la différence de nos collègues du RN, je ne considère pas qu’il faille louer le président américain pour son énergie, loin de là.
Voilà où la proposition de résolution échoue. Elle cite le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tout en passant sous silence le fait que Cuba est l’un des États les plus critiqués au monde pour ses violations de ce texte. Elle nous demande de condamner le blocus mais ne demande rien à Cuba, parce que ses auteurs sont nostalgiques d’un temps révolu. Elle ne contient pas un mot sur le conditionnement démocratique, pas un appel à la libération des prisonniers politiques, pas un encouragement à l’ouverture.La position de la France a toujours été équilibrée :…
…elle est à la fois contre l’embargo et pour le dialogue démocratique. Or la proposition de résolution rompt avec cet équilibre. Notre groupe ne votera donc pas en sa faveur.
Cela ne signifie ni que nous soutenons l’embargo américain – nous le condamnons comme le fait la France depuis trente-quatre ans – ni que nous sommes indifférents au sort du peuple cubain, à qui nous exprimons au contraire notre pleine solidarité. Nous voterons contre un texte à sens unique qui condamne les États-Unis sans rien exiger de Cuba, qui dénonce les violations du droit international sans mentionner celles commises par le régime cubain contre son propre peuple et qui invoque les droits fondamentaux sans se soucier des libertés fondamentales. La France a pour tradition d’être exigeante avec tout le monde, avec Washington comme avec La Havane.
Nous ne pouvons adopter un texte qui ne respecte pas cette tradition. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Hasta la victoria siempre ! C’est comme ça que vous dites, non ?
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).