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Discours du 2 décembre 2025

Claire Lejeune · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°75

Tout l’exercice, pour vous, à l’occasion de l’examen de ce projet de loi de fin de gestion, consiste à faire comme si tout était normal, comme si vous aviez la moindre légitimité à être là où vous êtes, comme si le budget de l’an dernier avait été adopté dans des conditions régulières, comme si vous n’étiez pas à cette minute même dans les préparatifs d’un nouveau coup de force sur le prochain budget. Tout ça est une comédie.Vous pensez que si vous arrivez à faire tenir cette fable d’un pays bien géré jusqu’en 2027, vous réussirez d’une manière ou d’une autre à vous sauver. Vous croyez que si vous faites assez de chantage à la responsabilité ou à la dette, en gonflant mensongèrement le poids de sa charge comme vous l’avez fait en 2025 et comme on le découvre dans ce PLFG, ça suffira à couvrir le reste.

Mais vous croyez mal. Les gens voient tout ça. Ils voient la duplicité, la malhonnêteté. Le budget de cette année, ils n’ont pas besoin d’un tableau comptable pour le comprendre, ils l’ont vécu dans leur chair, au quotidien, à chaque fin de mois (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), à chaque passage à la caisse d’un supermarché, à chaque journée de travail, à chaque nouveau coup que vous leur assénez par les politiques que vous menez.Nous déposerons autant de motions de rejet qu’il le faudra, jusqu’à temps que vous ne soyez plus là. Et à chaque motion de rejet, nous vous rappellerons que vous n’avez aucune légitimité pour présenter le moindre bilan, texte budgétaire ou projet de loi. L’acte fondateur du budget de l’an dernier n’est pas un vote de l’Assemblée, mais un 49.3. Et ce texte que vous nous soumettez à présent n’est ni un bilan neutre, ni un tableau objectif, ni un document technique : c’est la suite logique de votre opération de liquidation de la puissance publique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Si nous n’agissions pas ainsi, si nous ne déposions pas de motion de rejet ou si nous ne la votions pas, si nous validions ce PLFG ou si nous nous abstenions comme si tout cela nous laissait indifférents, nous nous rendrions coupables de participer à la banalisation du coup de force à répétition, qui est la marque de fabrique du président Macron.Accepter ce PLFG reviendrait à entériner une méthode de gouvernement qui normalise l’austérité car remplacer le projet de loi de finances rectificative par un projet de loi de fin de gestion n’est pas une simple formalité.

Si vous nous enlevez la possibilité de débattre des recettes, vous nous privez d’une discussion sur la justice fiscale et sociale et la répartition et vous faites du budget une série de coupes dans des dépenses qui pourtant permettent aux Français de vivre dignement, de se soigner, se loger, se nourrir, se déplacer, se protéger des conséquences du dérèglement climatique.Voyant que vos fables ne passent plus et que le suffrage souverain vous rejette, vous cherchez à faire entrer vos politiques par la fenêtre. Vous entérinez dans la pratique institutionnelle les habitudes malsaines que vous avez prises et qui vous caractérisent : faire payer toujours les mêmes, prendre les services publics pour une variable d’ajustement des cadeaux que vous faites aux plus riches et aux grandes entreprises, protéger les plus fortunés, continuer à prendre les députés et les gens que nous représentons pour des serpillières ou des benêts. (Applaudissements sur de nombreux bancs du groupe LFI-NFP.)Mais la démocratie, ce ne sera jamais d’avoir à choisir entre se faire couper la main ou le pied, et ce n’est pas vous, madame la ministre, pas plus que votre gouvernement, qui nous dicterez ce qu’il est possible ou non de faire, ce qui est responsable ou non de décider. Rappelons qu’ici même, jeudi dernier, nous avons voté, avec fierté, pour que le Mercosur soit rejeté, pour que l’égalité soit respectée dans les territoires d’outre-mer et pour qu’ArcelorMittal soit nationalisé. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Oui un autre monde est possible, une autre économie est possible, un autre budget est à portée de main.Revenons à ce PLFG dans lequel, comme à votre habitude, vous proposez de couper la main après avoir coupé le pied en février dernier. Pour ceux qui seraient tentés de valider ou de s’abstenir, rappelons les coupes dont vous vous êtes rendus coupables. Il s’agit bel et bien de coupes car ce sont des sommes que vous avez gelées en cours d’année, que vous avez décidé de ne pas utiliser en vue des annulations que vous prévoyez aujourd’hui.Les politiques d’accès et de retour à l’emploi accusent près de 1 milliard d’euros d’annulations de crédits, soit 1 milliard en moins pour les politiques que vous auriez pu mener afin de soutenir les personnes privées d’emploi. Hélas, cette décision tombe au moment où, malgré vos politiques malsaines de massification de l’apprentissage et des contrats précaires, le chômage repart à la hausse.La recherche et l’enseignement supérieur se voient amputés de 250 millions d’euros. Comprenons bien de quoi il retourne : alors qu’il vous est impossible de toucher à un cheveu du crédit d’impôt recherche, lequel déverse quasiment 10 milliards sur les grands groupes privés, vous n’hésitez pas à priver d’un quart de milliard le budget de la recherche publique et de nos universités.L’enseignement scolaire perd 130 millions d’euros. Dans quel pays vivez-vous pour penser que ces millions n’auraient pas été utiles pour nos écoles et nos enseignants qui galèrent ? Comment pouvez-vous croire que l’on peut supprimer des millions à la légère ?Pire, c’est encore 1,5 milliard d’euros que vous enlevez au financement des investissements stratégiques. Voilà donc 1,5 milliard qui part en fumée, alors que cet argent aurait pu servir à la nationalisation d’Arcelor que nous venons de voter. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Si ce que nous avons voté a une quelconque valeur à vos yeux et a vocation à s’appliquer, laissez cet argent où il est.Et la liste est encore longue. On croirait entendre Louis de Funès qui s’exclamait, dans la Folie des grandeurs : « Cette année, la récolte a été très mauvaise, alors il faut payer le double. C’est normal ! Les pauvres, c’est fait pour être très pauvres et les riches, très riches. »La récolte, en effet, est mauvaise mais vous en êtes responsables : vous avez gâté les blés et provoqué les orages. Vous avez beau jeu de demander ensuite aux Français de payer ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Quant à la pauvreté qui explose et devrait encore s’aggraver, lisez au moins les documents budgétaires que vous publiez plutôt que de balayer d’un revers de la main ceux que nous vous présentons : 5 milliards d’euros de recettes de TVA en moins par rapport à vos prévisions.

Voilà la preuve du chaos que vous avez suscité et le prix à payer pour nos concitoyens. Dans la France du président Macron, les gens ne peuvent plus consommer, ni se nourrir, se vêtir, sortir. Ils sont essorés. Et la situation empire de jour en jour. Selon les comptes publiés par l’Insee, vendredi dernier, le pouvoir d’achat recule de 0,4 point ce trimestre, la consommation baisse, en particulier sur les achats alimentaires, et le taux d’épargne chute à nouveau après s’être redressé.Voilà donc ce qu’il en est de votre bilan. Mais il faut aussi parler de ce que vous avez retiré du bilan budgétaire et que les Français paient au prix fort. Ce bilan est bien malhonnête, en effet, et même si ce que vous nous présentez n’est qu’un tableau, pour reprendre votre expression, c’est un tableau partiel et partial. Car ce que vous arrêtez de financer, ce qui disparaît de vos comptes d’apothicaires, pèse directement sur les classes moyennes et populaires. Les mesures que vous prenez dans le cadre de la transition énergétique suffisent à elles seules à montrer que vous n’avez qu’une idée en tête : débudgétiser et reporter le coût sur le dos des Français – et dans leur dos, qui plus est !Prenons le temps d’expliquer car le RN n’a visiblement pas compris. M. Bardella nous gratifie de vidéos pleines de mensonges et d’approximations – avant de s’exprimer, il aurait mieux fait d’utiliser les 130 millions d’euros d’argent public pour connaître ses sujets, plutôt que pour apprendre à sourire et parler. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

Ce n’est pas d’une taxe qu’il s’agit dans le décret de début novembre, mais de l’augmentation du volume des certificats d’économie d’énergie. Le gouvernement les utilise à présent pour débudgétiser certaines dépenses et donc se dédouaner de ses responsabilités en matière de transition énergétique. Pour que tous ceux qui nous écoutent comprennent bien, je vais le dire autrement : vous retirez du budget des actions qui devraient être financées par l’argent public – la rénovation des bâtiments, l’achat de voitures électriques par exemple – pour les faire prétendument payer par les énergéticiens. Mais à ce jour, aucun contrôle n’est exercé sur la manière dont ces changements sont répercutés sur les prix. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)Résultat : selon un rapport de la Cour des comptes, en 2024, chaque ménage a payé 164 euros de plus sur ses factures à cause de ce dispositif. Voilà ce qu’il est en est de votre bilan !Et le même scénario se répète pour toutes les missions de service public et d’intérêt général : vous reculez et vous vous désengagez, ce qui a un coût puisque c’est le privé et le marché qui se substituent au public, ce même privé qui trie en fonction de la taille du porte-monnaie, ce marché qui n’a que faire de la justice et de l’égalité.Le terme « bilan » nous vient de l’italien et signifie aussi « équilibre », balance. Ce n’est donc pas un bilan que vous nous présentez car il n’a rien d’équilibré. Ce serait plutôt une balance dont le poids pèse intégralement d’un côté, une nouvelle facture, une sentence, une saignée continue. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)Nous n’avons été élus ni pour consentir, ni pour nous abstenir, ni pour nous taire. Nous n’avons pas davantage été élus pour céder aux miettes que le gouvernement voudrait bien nous concéder, comme cela s’est produit en commission mixte paritaire. La ficelle est par trop grossière : une petite ligne par groupe en guise de cadeau pour nous amadouer.Le mandat était clair et il vaut pour tous les députés du Nouveau Front populaire : débarrasser le pays de ce que la Macronie lui fait subir depuis huit ans. Il n’est pas question pour nous de livrer le monde aux « assassins d’aubes ». Avec Aimé Césaire, nous nous opposerons à ce PLFG et nous vous invitons à en faire de même. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP dont plusieurs députés se lèvent.)

L’opposition !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).