Discours du 3 février 2026
Constance de Pélichy · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°139
Ce texte s’inscrit dans un contexte que nous pouvons unanimement qualifier de particulièrement préoccupant pour la gouvernance mondiale de la santé. La suspension, puis le gel, de larges pans des financements américains consacrés à la lutte contre le VIH constituent un choc brutal pour la communauté internationale. Comme cela a déjà été rappelé, ces décisions ont déclenché une crise mondiale du financement des programmes de lutte contre ce virus, avec un impact direct sur l’accès aux soins, la prévention et les chaînes d’approvisionnement. In fine, ce sont les presque 40 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde qui en subissent les conséquences.Une telle situation met en péril des décennies d’efforts, de progrès médicaux et de coopération internationale. Elle révèle surtout la fragilité de notre système qui, trop dépendant d’un nombre restreint de financeurs, est exposé à ce type de décisions politiques unilatérales.Or le VIH continue de se transmettre, le sida continue de tuer et les avancées obtenues au cours des dernières décennies restent, hélas, réversibles. Les agences internationales tirent la sonnette d’alarme car des millions de vies pourraient être perdues et des millions de nouvelles infections survenir d’ici à la fin de la décennie si le financement international n’est pas restauré ou remplacé. Selon un rapport de l’ONU, l’absence de financement adéquat pourrait entraîner plus de 4 millions de décès liés au sida.Il serait donc profondément illusoire et irresponsable de considérer que la lutte contre le VIH appartient au passé ou qu’elle pourrait être reléguée au rang de variable d’ajustement budgétaire. Derrière les chiffres, devons-nous vraiment rappeler qu’il y a des vies humaines ? Face au désengagement américain, il est essentiel de faire en sorte que les décisions en matière de santé mondiale ne puissent plus être à la main d’un seul État.La lutte contre le VIH est un enjeu de solidarité internationale, bien sûr, mais aussi de sécurité collective, car affaiblir la prévention, l’accès aux traitements et la recherche accroît les risques sanitaires à l’échelle mondiale. Dans un monde interdépendant, aucune frontière ne protège durablement contre une épidémie – nous en avons tous fait l’expérience lors de la crise du covid.En ce sens, la démarche proposée par cette proposition de résolution nous paraît tout à fait juste. Elle repose sur une approche pragmatique. Il n’est pas question ici de désigner des coupables ni d’entrer dans une logique d’affrontement politique stérile. Il s’agit d’utiliser les outils parlementaires à notre disposition pour appeler le gouvernement et nos partenaires européens à prendre leurs responsabilités.Il est à noter que ce texte intervient alors que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme fait face à un important déficit de financement. En novembre, les promesses de dons n’atteignaient que 11 milliards de dollars, sur les 18 milliards fixés pour la période 2027-2029, notamment en raison de contributions européennes encore incertaines dans le cadre du prochain cycle budgétaire.L’Union européenne dispose des moyens politiques, économiques et diplomatiques pour agir. Encore faut-il faire de la lutte contre le VIH une priorité clairement assumée.Malgré les difficultés actuelles – et pour terminer sur une note d’espoir –, il faut rappeler que les avancées médicales récentes rendent l’objectif de mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030 toujours atteignable. Néanmoins, ces progrès scientifiques ne produiront leurs effets que s’ils sont accompagnés d’un engagement politique stable et coordonné. La science a besoin de volonté politique, de financements pérennes et d’une coopération internationale renforcée.Notre groupe soutiendra naturellement cette proposition de résolution européenne. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. – M. Pierre Pribetich et M. le président de la commission des affaires européennes applaudissent également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).