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Discours du 24 juin 2026

Constance de Pélichy · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°282

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Monsieur le ministre de l’éducation nationale : « Nous constations hier midi une température de 31 degrés dans les classes de l’école inaugurée en 2021. » « Hier, le thermomètre montait à 34 degrés dans notre école, pourtant rénovée et isolée en 2019. » « Notre école date des années 1970, sans aucune ombre dans la cour. Nous avions fait un projet de rénovation en cour oasis. On nous avait promis de nous subventionner à 70 %. Résultat des démarches : zéro subventions, des promesses, et rien à la fin. Aucune consigne ni aide, comme d’habitude : le maire est le seul responsable. »Ce sont là quelques extraits des très nombreux messages d’élus reçus ces derniers jours. Je partage leur colère. On bricole, on fait comme on peut, alors que nous parlons d’enfants, d’êtres particulièrement vulnérables ! On sait que les vagues de chaleur se succèdent et s’intensifient. On a vu arriver ce dôme de chaleur. Et puis quoi ? Pas une réponse claire ! (MM. Benjamin Lucas-Lundy et Marcellin Nadeau applaudissent.)Bien sûr, équiper toutes nos écoles de climatiseurs est aussi absurde que le rejet de toute forme de climatisation est caricatural. Mais franchement, pensez-vous vraiment qu’amputer le fonds Vert comme vous l’avez fait dans le budget constitue une réponse adaptée ? Pire : vous gelez ce maigre budget autant que la dotation de soutien à l’investissement local !

Le décalage entre vos déclarations des derniers jours et la réalité est lunaire ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC, EcoS et GDR.) Que dire des procédures appliquées ? Il n’existe aucun seuil clair de température intérieure et extérieure, dont le franchissement déclencherait des actions graduées, qui pourrait servir de guide. C’est à se demander à quoi sert une alerte rouge !Je pense aux risques qui pèsent sur la santé des enfants et des personnels, sans parler de ceux qui passent des examens. Rassurez-nous : quels enseignements en tirez-vous ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT ainsi que sur quelques bancs des groupes EcoS et GDR.)

Ne coupez pas les aides !

Il y a quelque chose de presque vertigineux dans le chiffre que je m’apprête à vous donner. Chaque année, dans le monde, plus de 100 milliards de vêtements sont vendus. En France, en l’espace d’une seule décennie, le nombre de vêtements proposés à la vente a progressé de 1 milliard pour atteindre désormais 3,3 milliards de produits, soit plus de 48 pièces par habitant et par an. Quarante-huit vêtements par an et par personne : ce n’est plus de la mode, c’est de la surconsommation industrialisée.Et derrière ce modèle, il y a un coût environnemental que nous ne pouvons plus ignorer : l’industrie textile représente, à elle seule, 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, soit plus que l’aérien et le maritime réunis, et si rien ne change, cette part pourrait atteindre 26 % d’ici 2050 ! Lors de chaque lavage, les vêtements synthétiques relâchent dans l’environnement des microfibres plastiques, l’équivalent, chaque année, de 24 milliards de bouteilles en plastique. Mais l’impact environnemental n’est que la face visible de l’iceberg…La partie immergée de l’iceberg, celle dont on parle encore trop peu, c’est la dangerosité de ces vêtements pour la santé, en particulier pour celle de nos enfants. Ce que certaines plateformes vendent à prix cassé ne sont pas que des vêtements : ce sont des cocktails chimiques que nous posons directement sur notre peau. Dès 2022, Greenpeace Allemagne a fait analyser en laboratoire 47 articles vendus par Shein. Le résultat a été sans appel : des produits chimiques dangereux, interdits par la réglementation européenne, étaient présents en quantités massives, notamment dans des chaussures et des vêtements pour enfants. Une paire de bottes contenait 685 fois la dose maximale autorisée de phtalates, des substances reconnues comme dangereuses pour la fertilité et le développement de l’enfant. Du formaldéhyde, produit cancérigène, a été retrouvé dans des habits pour nouveau-nés et en doses dépassant 685 fois la limite légale dans des chaussures pour enfants vendues sans étiquette, sans contrôle, sans responsable.Quand on a alerté ces plateformes, qu’ont-elles fait ? Elles ont juste retiré les articles signalés, promis des contrôles…. Puis le problème a recommencé. En 2024, ce ne sont plus des associations qui ont tiré la sonnette d’alarme, mais les autorités publiques de Séoul, en Corée du Sud, après avoir inspecté 93 produits de ces mêmes plateformes et constaté que près de la moitié contenaient des substances toxiques. Voilà ce que nous laissons entrer sur notre territoire, sans contrôle, sans traçabilité, à des prix qui donnent l’illusion d’une bonne affaire… L’affaire, je vous le dis, elle n’est pas bonne !Je souhaite également ajouter un mot sur la transparence. Ce texte y contribue aussi puisqu’il sera désormais obligatoire de renseigner la provenance des étapes de fabrication des vêtements. Certes, nous exigeons depuis longtemps que le consommateur sache d’où viennent sa viande, ses fruits ou ses légumes, mais pour un t-shirt, jusqu’ici rien, ou presque. Ce texte permet de corriger cette asymétrie. Et pourquoi ne pas étendre demain ce principe de traçabilité obligatoire à d’autres secteurs manufacturés tels que l’électronique, le mobilier et les cosmétiques ? Le droit à l’information ne doit pas s’arrêter à l’assiette !Enfin, ce texte répond à l’urgence en distinguant, dans notre droit, les entreprises qui font le choix de la transition de celles qui détruisent nos emplois, notre environnement et notre santé en établissant un malus progressif pouvant aller jusqu’à 50 % du prix hors taxe et l’interdiction de publicité pour les acteurs de l’ ultrafast fashion, y compris via les influenceurs. Face à Shein, qui propose plus de 7 200 nouveaux modèles par jour, 900 fois plus qu’une enseigne française traditionnelle, et dont le chiffre d’affaires a progressé de 900 % en trois ans, nous devons réagir.Le groupe LIOT votera résolument pour ce texte. Néanmoins, nous attendons le décret avec impatience parce que l’urgence environnementale ne se négocie pas et que la santé de nos enfants ne se brade pas, et parce que le temps où nous pouvions habiller nos enfants avec des substances présentes jusqu’à 700 fois au-dessus des seuils légaux sans que personne ne réponde de rien doit être révolu. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs du groupe EPR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).