Discours du 27 janvier 2026
Corentin Le Fur · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°128
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Six mois après sa présentation initiale par le premier ministre de l’époque, ce budget est peut-être en passe de trouver enfin, péniblement, une issue – permise par le 49.3, parfois utilisé à tort dans le passé, mais qui était devenu inévitable pour sortir de l’impasse que nous connaissons et qui n’a que trop duré.Cependant, que d’atermoiements ! Que d’énergie dilapidée ! Surtout, que de temps perdu, au détriment de la France et des Français ! Nous avons donné le triste spectacle d’un pays à l’arrêt,...
…embourbé dans de vaines tergiversations et miné par des débats budgétaires qui n’en finissent plus. La faute en revient, il faut le dire, à des partis politiques représentés aux extrêmes de cet hémicycle, qui ont refusé tout compromis, qui sont restés campés sur des postures inflexibles et qui n’ont eu au fond qu’un seul but : empêcher l’adoption d’un budget.
Ce budget, pourtant, est attendu par les collectivités, par les entreprises, par les associations et, bien sûr, par nos compatriotes. En effet, il n’est rien de pire que l’incertitude et l’instabilité, qui détruisent la confiance et minent la croissance.Ces débats ont aussi montré, et c’est heureux, que le travail parlementaire pouvait déboucher sur des avancées bien réelles. C’est finalement ce qu’il y a de plus noble : être capable de dépasser nos clivages afin de faire œuvre utile pour le pays. Je sais que de nombreux députés, de tous bords, ont contribué à améliorer et à enrichir ce budget, au prix d’un travail fastidieux, exigeant, parfois ingrat, qui nous a occupés pendant des jours et des nuits.Je tiens à saluer tous ceux qui se sont montrés constructifs, en particulier les députés du groupe Droite républicaine,…
…qui ont refusé la fatalité de la copie budgétaire initiale, absolument inacceptable. Je vous le dis même si vous le savez, monsieur le premier ministre, mesdames et messieurs les ministres, jamais nous n’aurions pu voter la première version de ce texte, tant elle était défavorable aux classes moyennes et à la France qui travaille. À l’époque, ne l’oublions pas, le budget prévoyait de supprimer deux jours fériés ; c’était une provocation à l’encontre des Français qui travaillent – leur défense est le moteur de mon engagement politique. La France qui travaille, c’est cette France populaire qui fait vivre le pays et qui n’en peut plus d’être taxée, imposée, ponctionnée pour entretenir d’autres dans l’assistanat. J’en sais quelque chose : dans ma belle circonscription des Côtes-d’Armor,…
…vivent des Français modestes, qui savent ce qu’est l’effort. Je pense aux ouvriers de Kermené, de la Cooperl, de LDC, de Boscher volailles. Je pense aux agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem), aux accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), aux aides à domicile. Je pense aux agriculteurs, aux artisans, aux soignants et aux commerçants. Je pense à tous ces métiers de la première ligne. Il était inconcevable que leur pouvoir d’achat puisse être attaqué !Durant six mois, les députés de la Droite républicaine se sont battus pour améliorer ce budget. Nous nous sommes battus pour que les impôts des classes moyennes n’augmentent pas.
Nous avons obtenu la réindexation de l’impôt sur le revenu.Nous nous sommes battus pour protéger les retraités qui ont travaillé toute leur vie. Nous avons obtenu la réindexation des retraites.Nous nous sommes battus pour que le coût du travail ne soit pas alourdi. Nous avons obtenu le maintien des allégements de charges.Nous nous sommes battus pour tous les Français ruraux qui, souvent, n’ont pas de solution alternative à la voiture. Nous avons obtenu l’annulation du malus automobile.Nous nous sommes battus pour maintenir le soutien à l’apprentissage, indispensable pour nos jeunes comme pour nos entreprises. Nous avons obtenu ce maintien.Nous nous sommes battus pour préserver les marges de manœuvre des collectivités locales, qui font vivre nos territoires. Leur contribution à l’effort national a été divisée par deux.Nous nous sommes battus pour les enfants en situation de handicap – ce combat m’est cher. Nous saluons l’augmentation du nombre d’AESH, même s’il faudra aller plus loin dans l’intérêt de nos enfants, en donnant enfin un statut et un salaire décent à toutes ces femmes qui sont l’incarnation magnifique de l’inclusion scolaire (Applaudissements sur les bancs du groupe DR), que nous appelons de nos vœux.En outre, il n’est plus question de taxe Zucman,…
…ni d’augmentation de la fiscalité sur l’assurance vie, ni de racket des entreprises familiales – et c’est heureux.
Face à la dérive taxatrice et à la folie fiscale d’une grande partie de la gauche et du RN,…
…il a fallu lutter pied à pied pour empêcher que l’on n’achève de faire de notre pays un enfer fiscal – ce qu’il est, hélas, trop souvent. Toutes ces victoires, il a fallu se battre pour aller les chercher ! C’est le fruit d’un travail de longue haleine. La mobilisation de la Droite républicaine, derrière Laurent Wauquiez et Nicolas Ray, a fait honneur au travail parlementaire.
Ces victoires, nous les avons obtenues, arrachées, non pas pour nous-mêmes, mais pour les Français, pour les entreprises, pour notre pays. Grâce à tout cela, le présent budget ne ressemble plus du tout au musée des horreurs que M. Bayrou avait tenté de nous vendre.
Néanmoins, nous sommes parfaitement lucides. Ce budget est-il idéal ? Bien sûr que non ! Ce budget aurait-il été celui de la Droite républicaine ? Évidemment pas ! Il suffira de nous donner une large majorité en 2027…
…pour que nous le prouvions.Il s’agit donc d’un budget de compromis, et le propre du compromis est précisément de ne satisfaire personne complètement mais d’assurer l’essentiel. Ce budget préserve le pouvoir d’achat des ménages ; il préserve les petites et moyennes entreprises ; il préserve les entrepreneurs, notamment les autoentrepreneurs.Toutefois, il reste largement imparfait. Nous regrettons avant tout qu’il ne s’attaque pas suffisamment au chantier fondamental de la réduction de la dépense publique. Vous le savez, notre pays est, hélas, biberonné à la dépense et miné par une suradministration qui décourage les projets, plombe nos comptes et étouffe l’initiative. Il reste sous respiration artificielle tant il est perfusé aux déficits et à la dette, au point de frôler l’overdose. Ainsi, faute de courage, nous laissons la responsabilité du fardeau à nos enfants ; c’est une fatalité à laquelle je ne peux me résoudre.Je salue néanmoins, monsieur le premier ministre, madame la ministre de l’action et des comptes publics, vos efforts pour encadrer le budget des agences et des opérateurs de l’État,…
…et pour amorcer une baisse – trop tardive mais bien réelle – de la dépense publique. C’est un premier pas essentiel – et dont je vous remercie –, qui en appelle d’autres.
Je sais que nous devons en partie cette avancée à l’obstination et à la pugnacité de notre rapporteur général, Philippe Juvin, dont la force de travail, la capacité de persuasion ainsi que le sens du dialogue durant l’intégralité de ces débats auront grandement contribué à améliorer la copie finale du budget.Au chapitre des déceptions, je regrette la baisse totalement disproportionnée du budget de l’aide publique au développement, amputé bien au-delà du raisonnable cette année encore. Mes chers collègues, ne vous laissez pas contaminer par le vent mauvais du repli sur soi !
Prenez garde à cette course à la démagogie, qui nous ferait renoncer à la solidarité internationale ! Si l’aide publique au développement est un héritage du général de Gaulle, c’est surtout le moyen d’éviter de voir des populations en souffrance chercher massivement refuge en Europe.
D’autre part, je regrette que le gouvernement n’ait pas fait un geste, même modeste, pour recruter davantage d’examinateurs du permis de conduire. C’est loin d’être anecdotique. Dans mon département des Côtes-d’Armor, il faut souvent six mois pour obtenir une date d’examen. Quel désastre, monsieur le ministre de l’intérieur, quand on sait à quel point le permis est la condition sine qua non pour vivre, étudier et travailler dans cette Bretagne rurale à laquelle je suis si profondément attaché !Enfin, pour la France qui travaille, il fallait supprimer totalement le plafond de défiscalisation des heures supplémentaires. Je regrette que vous n’ayez pas repris cette mesure de justice sociale en faveur du travail et du mérite, qui était un combat de notre famille politique pour les ouvriers français.Certes, monsieur le premier ministre, nous aurions préféré un budget avec bien plus d’économies sur la dépense publique et moins d’impôts – il en reste, hélas, sur les grandes entreprises ; toutefois, ce budget demeure cent fois, mille fois préférable à l’incertitude et à l’instabilité. Pour paraphraser Raymond Aron, en politique, le choix n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable, et nous considérons que, même imparfait, un budget sera toujours préférable à pas de budget du tout. Qui peut sérieusement croire qu’une censure renforcerait notre pays ?
Qui peut sérieusement croire que, face à une situation internationale aussi inquiétante, alors que des menaces majeures pèsent aujourd’hui sur l’Europe, il serait dans notre intérêt de faire tomber le gouvernement et de priver la France d’un budget ?
Ce serait évidemment pure folie !Ouvrons les yeux, mes chers collègues : les ambitions hégémoniques et les appétits belligérants des grandes puissances se réveillent. Avides de puissance et de conquête, des États autoritaires font primer la violence et la loi du plus fort sur le droit international. Les États-Unis veulent faire main basse sur le Groenland, la Chine veut soumettre Taïwan, la Russie cherche à asservir l’Ukraine. Dans ce contexte, la France ne peut se faire hara-kiri ou se morfondre dans des guéguerres intestines.La censure serait une folie à l’heure où l’accord avec le Mercosur fait peser une menace existentielle sur l’agriculture française.
Mes chers collègues, si je connais votre opposition unanime à cet accord et si je sais qu’elle est sincère, l’Allemagne – qui est prête à brader l’agriculture française pour sauver son industrie – se délecte de nos divisions internes au moment où elle cherche à faire adopter ce traité inique.
Plus que jamais, la situation exige d’être unis, de sortir de notre torpeur et d’une forme de nombrilisme coupable.
Notre regretté collègue Olivier Marleix, dont j’entends encore résonner la voix dans cet hémicycle, nous disait que rien de grand ne se fait sans un minimum d’unité nationale. Lui qui croyait tant à la souveraineté française savait mieux que personne que, chaque fois que notre pays est divisé, nous sommes marginalisés.Les Français ne sont pas dupes des postures. Ils voient bien que des partis extrêmes que tout oppose sont prêts à s’unir par pure tactique politicienne pour jouer ensemble la stratégie du pire, souffler sur les braises et attiser le chaos. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP.)
Bas les masques, quand le RN et LFI votent ensemble 36 milliards de hausses de taxes et d’impôts nouveaux sur les ménages et les entreprises ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur quelques bancs du groupe EPR). Bas les masques, quand le RN et LFI, véritables alliés de circonstance, votent ensemble la censure et répètent qu’ils censureront quiconque, tout le temps ! (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Bas les masques, quand le RN et LFI contestent le vote des Français de juillet 2024, au point qu’ils voulaient revoter dès le lendemain. Quelle drôle de conception de la démocratie et du choix souverain des Français ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Certains cherchent à nous faire croire que la situation serait moins pire sans budget – mais qui peut croire une pareille ineptie ? (Mme Émilie Bonnivard applaudit). Pas de budget, c’est le gel assuré des crédits de nos armées, alors que les incertitudes géopolitiques actuelles exigent une hausse de leurs moyens. Pas de budget, c’est une hausse mécanique de l’impôt sur le revenu pour tous ceux qui le paient, puisque les barèmes ne seraient pas revalorisés sur l’inflation. Pas de budget, c’est pas de mesures d’urgence pour les agriculteurs, notamment pas d’exonérations des indemnisations d’abattage pour les éleveurs frappés, hélas, par les crises sanitaires. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)Est-ce bien ce que vous voulez pour la France et les Français ? Sont-ce là vos raisons pour voter la censure ?
Surtout, pas de budget, c’est la poursuite de cette instabilité délétère dont notre pays pâtit depuis trop longtemps, instabilité qui se répercute malheureusement sur la consommation, sur l’investissement et sur la croissance, c’est-à-dire sur la santé de la France.
Je regrette l’attitude de ceux qui font primer leurs intérêts partisans, leurs ambitions électorales, leurs agendas personnels sur l’intérêt général. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)
Le seul enjeu, c’est la France et comment lui être utile !J’en profite, monsieur le premier ministre, pour saluer votre humilité, votre écoute et votre capacité à vous remettre en question durant tout le débat budgétaire – qualités partagées par la ministre de l’action et des comptes publics et par le ministre de l’économie.
Si je regrette Michel Barnier, qui aura été un grand premier ministre pour la France (Applaudissements sur les bancs du groupe DR),…
… je crois que vous vous inscrivez dans ses pas, avec la même droiture et le même sens de l’intérêt général. Je sais que vous n’avez pas déclenché le 49.3 de gaieté de cœur – ce n’était ni votre choix initial ni le nôtre –, mais vous avez eu la lucidité de comprendre que les Français voulaient passer à autre chose et voir leur pays avancer. Dès lors, évidemment, par esprit de responsabilité, le groupe de la Droite républicaine ne votera pas la censure ; ce serait une pure folie !
Nous ne voterons pas la censure parce que nous souhaitons que notre pays sorte de cette inertie mortifère. Nous ne voterons pas la censure parce que nous souhaitons le réarmer face à la montée des tensions internationales et au retour des impérialismes.
Le Breton que je suis – j’en salue d’autres dans cet hémicycle – sait qu’en période de gros temps, on ne lâche pas la barre. (M. Andy Kerbrat s’exclame.) Un pays sans budget est un pays affaibli ; un pays sans budget est un pays qui ne compte plus, qui n’investit plus, qui ne prépare pas son avenir et qui ne peut pas tenir son rang. (Mme Émilie Bonnivard applaudit.)
Parce que la droite n’est rien sans la droiture, elle ne fera jamais le choix du pire.
Elle est, et restera, le parti de l’ordre, de la responsabilité et de la stabilité. Elle ne cherchera jamais à nuire à la France, ni aux Français. En République, la responsabilité n’est pas une faiblesse, elle est une exigence. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR et sur plusieurs bancs du groupe EPR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).