Discours du 10 juin 2026
Daniel Labaronne · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°266
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Tout d’abord, je voudrais saluer la qualité du travail présenté, qui a fait l’objet d’un rapport publié sur le site de l’Assemblée nationale et qui a le mérite de remettre la politique monétaire au cœur du débat public. C’est nécessaire, car les décisions de la Banque centrale européenne ou de la Banque de France influencent l’investissement, l’emploi, le crédit, l’épargne et le pouvoir d’achat de nos concitoyens.Je souhaite également répondre à plusieurs critiques formulées dans le rapport et les interventions des rapporteurs. Premièrement, s’agissant de l’indépendance de la Banque centrale, on dit qu’elle éloignerait la politique monétaire des réalités économiques et des préoccupations démocratiques. Au contraire, cette indépendance constitue une conquête essentielle. L’histoire économique montre que lorsque les gouvernements peuvent utiliser la création monétaire pour financer leurs dépenses ou retarder des décisions difficiles, le résultat est souvent le même : davantage d’inflation, une perte de confiance et finalement, un appauvrissement des ménages, particulièrement les plus modestes. L’indépendance n’est pas une confiscation de la démocratie, elle est une délégation démocratiquement décidée, afin de protéger la stabilité monétaire contre les pressions de court terme. D’ailleurs, cette indépendance n’exclut ni le dialogue ni le contrôle parlementaire, puisque la BCE rend des comptes devant le Parlement européen et que le gouverneur de la Banque de France est régulièrement auditionné par la commission des finances. L’exigence démocratique existe donc et doit encore être renforcée.Deuxièmement, certains regrettent que le mandat de la BCE consiste avant tout à maintenir la stabilité des prix. Pourtant, ce n’est pas un objectif technocratique abstrait, mais la première protection du pouvoir d’achat. Qui souffre le plus de l’inflation ? Ce ne sont pas les détenteurs de patrimoine, capables de se couvrir contre la hausse des prix, ce sont les salariés, les retraités, les ménages modestes, qui voient leur budget alimentaire, leur facture énergétique ou leurs dépenses contraintes augmenter. La BCE a démontré son utilité au cours des dernières années face à la flambée inflationniste provoquée par la pandémie, puis par la guerre en Ukraine. Elle a engagé un resserrement monétaire déterminé, qui a permis de faire revenir progressivement l’inflation vers sa cible, sans provoquer l’effondrement économique que beaucoup redoutaient. Ces résultats méritent d’être reconnus.Troisièmement, s’agissant des politiques dites non conventionnelles, le rapport laisse entendre que les programmes d’achat d’actifs ou les opérations de refinancement ciblées auraient alimenté l’inflation que nous avons connue à partir de 2022. Je ne partage pas cette analyse. Cette inflation est d’abord née des chocs d’offre exceptionnels, de la désorganisation mondiale des chaînes de production après le covid, puis de l’explosion des prix de l’énergie à la suite de l’agression russe contre l’Ukraine. Sans les interventions massives de la BCE pendant ces crises, nous aurions connu une fragmentation financière de la zone euro, des faillites en chaîne et une récession plus profonde. Les instruments non conventionnels n’étaient pas un caprice idéologique, mais une réponse pragmatique à des circonstances extraordinaires.Quatrièmement, concernant la rémunération des réserves bancaires, le chiffre de 54 milliards avancé dans le rapport peut impressionner, mais il doit être replacé dans son contexte. La rémunération des réserves n’est pas une subvention aux banques, elle constitue le principal mécanisme de transmission de la politique monétaire à l’économie réelle. Sans ce dispositif, la BCE ne pourrait pas orienter efficacement les conditions de crédit, l’investissement et l’activité économique. Il est légitime de débattre de l’efficacité de ces mécanismes, mais il serait trompeur de présenter ces flux financiers comme un simple cadeau au secteur bancaire.Enfin, je veux dire un mot de la Banque de France, qui est tout de même le thème de ce débat. Au-delà de son rôle au sein de l’Eurosystème, elle exerce des missions essentielles de service public : lutte contre le surendettement, inclusion bancaire, droit au compte, éducation financière, protection des publics fragiles. Dans un monde où les arnaques financières se multiplient et où les produits financiers deviennent toujours plus complexes, ces missions sont plus importantes que jamais.Il est nécessaire de débattre des choix monétaires, mais gardons-nous des raccourcis qui feraient de la BCE ou de la Banque de France les responsables de tous les maux économiques. La stabilité monétaire n’est pas l’ennemi de la croissance, elle en est une condition fondamentale. Une monnaie crédible, une inflation maîtrisée, un système financier stable sont les fondations sur lesquelles peuvent s’appuyer les politiques industrielles, les politiques d’investissement et les politiques de souveraineté que nous appelons de nos vœux.C’est pourquoi je souhaite réaffirmer le soutien de mon groupe politique à l’action de la Banque en France et à la politique monétaire conduite par la Banque centrale européenne au service de la stabilité économique de notre pays et de la zone euro.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).