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Discours du 26 novembre 2024

Danièle Carteron · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°51

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L’accord du Mercosur, dans sa forme actuelle, soulève des questions profondes qui vont bien au-delà du commerce international et touchent à l’avenir de notre agriculture, de notre souveraineté alimentaire et des valeurs qui fondent notre société. En prenant la parole pour la première fois dans cet hémicycle, en tant que députée de la deuxième circonscription de la Haute-Savoie (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EPR. – Mme la ministre déléguée applaudit également),…

…je pense à ces femmes et à ces hommes qui travaillent chaque jour avec passion pour nourrir notre pays et préserver nos paysages. Leur voix est aussi la nôtre. Ne nous trompons pas : cet accord ne se réduit pas à une question agricole ; il représente un choix de société. Voulons-nous d’une alimentation standardisée, marquée par des pratiques que nous ne tolérons pas chez nous ? Voulons-nous exposer nos agriculteurs à une concurrence déloyale, fondée sur des règles inégalitaires ? Soyons clairs : nous ne sommes pas opposés au libre-échange, nous croyons aux échanges équilibrés et équitables. Nous avons aussi le devoir de défendre nos normes, nos standards et notre modèle agricole. Nos agriculteurs ne craignent pas les règles ; ils les respectent et les appliquent avec une rigueur croissante. Simplement, ils demandent l’équité, toute l’équité, rien que l’équité.Des alpages des Aravis, d’où je viens, aux terres bretonnes de Bains-de-Bretagne, le message est le même : oui à la compétition, mais à condition d’être tous soumis aux mêmes règles. Or cet accord, tel qu’il est rédigé, introduirait une concurrence biaisée. Pendant que nous imposons à nos agriculteurs des normes strictes relatives à l’environnement, au bien-être animal ou à la santé publique, l’accord ouvrirait nos frontières à des produits ne respectant pas ces exigences. Comment accepter l’importation de viande bovine provenant d’élevages liés à la déforestation massive de l’Amazonie ? Comment justifier l’importation de céréales cultivées avec des pesticides interdits chez nous, alors même que nous demandons à nos agriculteurs de changer leurs pratiques ? Nous devons rester cohérents avec nos engagements environnementaux, avec nos discours sur le « manger local » et les circuits courts, et envers les agriculteurs qui supportent chaque jour les exigences que nous leur imposons – eux qui doivent aussi, pour certains, lutter contre la prédation.La crise du covid-19 l’a montré : la souveraineté alimentaire est essentielle. Des cultures céréalières de Haute-Garonne aux éleveurs des prairies permanentes du Doubs, de la viticulture de Gironde aux poulaillers du Morbihan, les agriculteurs ont assuré notre approvisionnement alimentaire dans un contexte mondial incertain. C’est cette agriculture diversifiée et résiliente que nous devons préserver, pas seulement pour garantir notre sécurité alimentaire, mais aussi pour transmettre un savoir-faire unique aux générations futures, préserver l’emploi dans nos territoires, et maintenir la France parmi les grandes puissances agricoles mondiales.Chers collègues, envoyons un signal fort ! Notre rôle de parlementaire est de rappeler au gouvernement qu’un tel accord ne peut être ratifié sans que ces équilibres soient garantis. Nous devons défendre ces exigences à l’échelle européenne ; c’est à ce niveau que se joue notre avenir agricole. Il engage notre vision de l’alimentation, de l’écologie et de la justice sociale. Nous le devons à ceux qui nous nourrissent, ces agriculteurs avec leur savoir-faire et leur savoir-vivre, qui nous rendent fiers d’être français. Nous le devons aux consommateurs français, qui souhaitent une alimentation sûre et durable. Plus que tout, nous le devons à nos enfants, qui méritent un modèle agricole à la hauteur des enjeux de demain. Opposons-nous au traité du Mercosur tel qu’il nous est proposé et exigeons une agriculture juste, durable et respectueuse de nos valeurs ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et HOR.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).