Discours du 13 mai 2026
Danièle Carteron · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°232
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Le groupe Ensemble pour la République votera contre cette motion de rejet préalable car, une fois encore, certains choisissent d’empêcher le débat. Cette manière de procéder n’est pas à la hauteur des enjeux auxquels sont confrontés nos territoires de montagne.Cette proposition de loi aborde des sujets concrets comme l’accès aux soins, le maintien des écoles, les difficultés de mobilité, le soutien à l’agriculture de montagne, la gestion de l’eau ou encore l’avenir de nos stations de ski et de nos vallées face au changement climatique.Derrière ces dispositions, il y a des réalités humaines et territoriales très fortes, il y a des élus locaux, des agriculteurs, des familles, des professionnels du tourisme qui attendent de nous non pas un blocage des procédures, mais des réponses et des perspectives.La montagne mérite mieux qu’un débat empêché avant même d’avoir commencé. Elle mérite que la représentation nationale puisse examiner ce texte, l’enrichir en en discutant sereinement et démocratiquement.Refuser ce débat serait envoyer un très mauvais signal à tous ceux qui vivent, travaillent et s’engagent dans ces territoires, en étant souvent confrontés à l’isolement et à des contraintes particulières. Les montagnards attendent que nous prenions leurs préoccupations au sérieux, ils attendent du Parlement qu’il travaille. C’est pourquoi nous voterons résolument contre cette motion. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et HOR ainsi que sur les bancs des commissions.)
Je m’exprime avec une conviction profonde, parce qu’il est des territoires dont on ne peut parler qu’avec sincérité, humilité et responsabilité. La montagne est de ceux-là. Dans ma circonscription de Haute-Savoie, celle des Aravis, des rives du lac d’Annecy, du bassin de Faverges-Seythenex et de l’Albanais, la montagne n’est ni un décor ni une image figée. Elle structure les vies, les déplacements, l’économie, les saisons. Elle façonne une manière d’habiter le territoire, faite d’efforts, de solidarité et d’attachement profond à un patrimoine vivant.Mais ne nous trompons pas : la montagne est fragilisée. Les chiffres sont là, implacables. La température a augmenté de 2 oC dans les Alpes au cours du XXe siècle, contre 1,4 oC en moyenne dans l’ensemble du territoire. Ce n’est pas une abstraction. La montagne attire davantage au moment même où elle devient plus vulnérable. Pourtant, elle demeure essentielle à l’équilibre national.Ce sont nos éleveurs – je pense à ceux de Saint-Jean-de-Sixt – qui adaptent leurs pratiques et leurs alpages. Ce sont nos stations – je pense à celle du Grand-Bornand – qui réinventent leur modèle économique pour continuer d’attirer tout en préservant leur identité. Ce sont nos communes – je pense à celle de Manigod – qui sont confrontées à une fréquentation croissante dans des espaces dont les équilibres demeurent particulièrement fragiles.Car la montagne est une réserve d’eau douce – vous l’avez dit, monsieur le ministre –, un berceau de biodiversité, un espace stratégique pour notre souveraineté agricole, forestière et énergétique. Elle contribue à la prévention des risques naturels et à la protection des territoires situés en aval. Elle soutient également des filières d’excellence qui participent pleinement à l’identité et à la vitalité économique du pays.Cette proposition de loi s’inscrit pleinement dans l’héritage de la loi « montagne » de 1985, en réaffirmant un principe essentiel : celui de la différenciation territoriale, non pour accorder un privilège, mais pour garantir une véritable équité entre des territoires dont les réalités ne sont pas comparables.Dans ma circonscription, ces réalités sont concrètes. C’est l’enfant qui parcourt 45 km pour rejoindre son école, pourtant menacée de fermeture suivant une logique administrative qui ignore l’enclavement. C’est l’éleveur du Bouchet-Mont-Charvin dont le petit abattoir de proximité se voit imposer des normes conçues pour des structures industrielles.
Ce texte s’attache précisément à éclairer ces réalités et apporte des réponses pragmatiques et attendues. Ce ne sont pas de grands discours, mais des mesures concrètes, adaptées au terrain et à la vie de nos montagnes.
Il permettra de mieux prendre en compte les contraintes d’isolement dans les décisions relatives aux fermetures de classes. Il améliorera l’accès aux soins dans les territoires de montagne. Il soutiendra les infrastructures agricoles de proximité, les circuits courts et les petits outils de transformation indispensables à nos vallées. Il facilitera également l’accès aux itinéraires de randonnée et en répartira l’usage, qui participe directement de l’attractivité et de la vie économique de nombreux villages de montagne.Ce texte est transpartisan et c’est heureux, car la montagne sait dépasser ses guerres de clochers ancestrales et ignorer les clivages politiques. Elle connaît seulement l’exigence, l’isolement parfois, mais aussi la résilience et l’engagement de ceux et celles qui y vivent et la font vivre chaque jour.C’est dans cet esprit de responsabilité et d’attachement à nos territoires de montagne que le groupe Ensemble pour la République votera en faveur de cette proposition de loi. Une montagne vivante et souveraine, ce n’est pas seulement un objectif : c’est une nécessité pour l’avenir de nos villages, pour la cohésion du territoire national et pour permettre aux montagnards, premiers gardiens de nos montagnes, de le rester. (Applaudissements sur les bancs des commissions. – Mme Émilie Bonnivard applaudit également.)
Je ne suis députée que depuis deux semaines. Je ne comprends pas pourquoi nous perdons notre temps plutôt que de lire l’article 4. Ainsi, il vise à « favoriser une politique d’usage partagé et de stockage de la ressource en eau nécessaire pour l’accès à l’eau potable, la sécurité civile, la préservation de la biodiversité et des milieux naturels, l’irrigation des sols […] et les loisirs de neige ». Cette mention des loisirs de neige n’est qu’un élément dans une liste qui en contient bien d’autres. Plutôt que de supprimer tout l’article, pourquoi ne pas simplement déposer des amendements supprimant spécifiquement cette mention ?
Nous sommes en train de perdre vingt minutes – la montagne n’a pas le temps d’attendre. (M. Inaki Echaniz applaudit.) Je rejoins notre collègue Didier Padey : comme je l’ai dit en commission… (Mme Ségolène Amiot s’exclame.) Je me permets de terminer mon propos. Comme je l’ai dit en commission, moi aussi je suis une élue de montagne. Nous ne sommes pas des imbéciles, mais les premiers gardiens de nos montagnes. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et DR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).