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Discours du 30 avril 2026

Danièle Obono · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°217

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La crise climatique n’en finit plus d’accélérer. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le climat de la Terre n’a jamais été aussi déséquilibré. Les concentrations de gaz à effet de serre entraînent un réchauffement continu de l’atmosphère et de l’océan, ainsi que la fonte des glaces. L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, deux fois plus vite que le monde pris dans son ensemble. Un tiers de la population vit déjà dans des zones touchées par la sécheresse, 60 % à 70 % des sols européens sont dégradés et plus de 80 % des habitats naturels du continent sont dans un mauvais état de conservation.Ces changements rapides, à grande échelle, se sont produits en quelques décennies, mais auront des répercussions néfastes pendant des centaines, voire des milliers d’années. Leurs conséquences immédiates sont d’ores et déjà dramatiques. En 2024, plus de 62 000 personnes sont mortes de la chaleur en Europe. La catastrophe climatique a déplacé plus de 250 millions de personnes pendant les seules dix dernières années et, selon le Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, plus de 1 milliard de personnes pourraient être concernées d’ici 2050.Il y a une semaine, en France, nous avons atteint le jour du dépassement, moment symbolique à partir duquel l’humanité aurait épuisé les ressources naturelles que la planète peut renouveler si le monde entier vivait comme nous. Nous avons franchi ce seuil plusieurs semaines avant l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne, du fait notamment de notre forte empreinte agricole et alimentaire et de notre dépendance.Il y a urgence à engager la bifurcation écologique, mais c’est à tout autre chose que se consacrent nos gouvernements, en particulier en France ! L’Europe a ainsi presque triplé ses importations d’armes – elle occupe la première place mondiale, avec une part de 33 %. Les importations des vingt-neuf États membres européens de l’Otan ont augmenté de 143 % entre 2016-2020 et 2021-2026. En 2024, les pays de l’Union européenne (UE) ont consacré une somme record de 343 milliards à la défense en vue d’augmenter les dépenses militaires pour qu’elles atteignent 5 % du PIB, cédant ainsi à l’exigence de Donald Trump. Comme quoi, quand on veut, on peut trouver les milliards nécessaires – mais en France comme en Europe, on décide de les consacrer à la marche vers la guerre plutôt qu’à la bifurcation écologique, pourtant si nécessaire et urgente !En 1895, Jean Jaurès expliquait : « Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange […], tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir […] ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. » On doit aujourd’hui y ajouter la guerre écologique que mène cette classe capitaliste contre l’humanité et le vivant. En début d’année, dix jours ont suffi aux ultrariches pour faire exploser les compteurs de CO2 : les 1 % les plus riches en avaient déjà rejeté dans l’atmosphère autant qu’ils auraient dû en émettre durant une année entière. Depuis 1990, la part des émissions mondiales des 0,1 % les plus riches a augmenté de 30 %, tandis que celle de la moitié la plus pauvre de l’humanité a diminué de 3 %.C’est au service quasi exclusif de ces ultrariches ultrapollueurs que se sont consacrés Emmanuel Macron et tous ses gouvernements successifs. Il n’est donc guère étonnant que toutes les politiques menées depuis qu’il est au pouvoir n’aient servi qu’à enrichir les plus riches, au détriment de l’intérêt social mais aussi de l’intérêt écologique.Il en va ainsi du bilan de cette loi « climat et résilience » comme de toutes les initiatives – on devrait plutôt parler de postures – adoptées par ces gouvernements. Rappelons que le président des riches avait prétendu, après la violente répression du mouvement des gilets jaunes, renouer avec la démocratie en convoquant la CCC. Ses membres s’étaient investis dans un véritable travail de pédagogie citoyenne et de démocratie en formulant 149 propositions, dont presque toutes ont fini à la poubelle. Cédant aux pressions des grands groupes du CAC40, le gouvernement a vidé leur travail de sa substance, au point que ces mêmes citoyens ont attribué au projet de loi de 2020 la note accablante de 2,5 sur 10. Plus de 110 organisations environnementales, le Conseil économique, social et environnemental (Cese), le Conseil national de la transition écologique (CNTE), le Haut Conseil pour le climat (HCC) ont tous dénoncé l’insuffisance des mesures et l’écart béant entre les ambitions affichées et les exigences de la situation.Le rapport de nos collègues fait état non seulement de l’ensemble des points aveugles mais aussi des régressions dues au fait qu’on n’a pas accompli le minimum qui aurait dû l’être. De ce point de vue, ce travail est très utile, surtout pour rappeler l’urgence d’en finir avec les politiques macronistes et d’engager la bifurcation écologique et démocratique de notre pays.En 2027, nous défendrons cette politique de rupture, qui constitutionnalisera et appliquera la règle verte, et obligera les entreprises à instaurer une comptabilité carbone. Bref : elle fera passer l’intérêt général humain et celui de la planète avant celui des profits.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).