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Discours du 19 mai 2026

David Taupiac · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°236

Promesse de campagne du président Macron, la loi de programmation agricole devait tracer l’avenir de la ferme France pour les années qui viennent. Après deux crises agricoles majeures et l’étude de plusieurs textes dans cet hémicycle, force est de constater que la situation économique et sociale des agriculteurs est toujours aussi explosive.Nous examinons aujourd’hui ce qui est probablement le dernier texte d’envergure du quinquennat consacré à l’agriculture. Il comporte des progrès utiles, notamment en matière de simplification, de contrôle et de mobilisation de la restauration collective. L’utilisation de ces leviers pour soutenir la demande agricole européenne et française constitue l’une des avancées les plus structurantes du texte. Nous sommes également particulièrement satisfaits de l’évolution des projets d’avenir agricole grâce à l’adoption en commission de plusieurs de nos amendements. Ces projets doivent permettre le financement conjoint par l’Europe, l’État et les régions de projets portés par des filières à des fins de planification.Par exemple, dans mon département du Gers, il est question de basculer vers un modèle de polyculture-élevage, par le développement de la filière du poulet fermier du Gers, Label Rouge, la construction de quatre-vingt-dix bâtiments en trois ans, et la pérennisation de l’abattoir multi-espèces d’Auch grâce au maintien équilibré d’un maillage territorial des outils de transformation.En revanche, plusieurs dispositions suscitent la vigilance ou sont clairement insuffisantes, notamment celles qui renvoient à des ordonnances. On aborde des sujets structurants, comme l’encadrement des élevages ou la montée en puissance des contrôles, d’une façon trop vague malgré les débats en commission.Si nous partageons l’objectif de mieux protéger les agriculteurs contre les concurrences déloyales, nous nous interrogeons sur les moyens opérationnels alloués à la nouvelle brigade nationale de contrôle des denrées importées. Nous n’avons d’idées claires ni sur le nombre d’agents qui lui seront affectés, ni sur l’évaluation des volumes qu’elle aura à contrôler, ce qui laisse craindre qu’il ne s’agisse d’une mesure d’affichage.Il en va de même des questions sanitaires, alors que nous attendons toujours les conclusions des assises du sanitaire et le rapport du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).Reste la grande faiblesse du texte : la question du revenu. Si l’élargissement du tunnel de prix est une bonne mesure, les interprofessions ne doivent pas bloquer son application. Après l’adoption en commission de notre amendement visant à ce que les prix de vente ne soient pas inférieurs aux coûts de production, nous proposerons d’aller plus loin dans l’encadrement des relations entre producteurs, distributeurs et centrales d’achat, afin de rééquilibrer les rapports de force, de sécuriser la formation des prix et, surtout, de lutter contre le contournement des lois Egalim via les centrales d’achat à l’étranger.Je reste inquiet, car ce projet de loi ne répondra que partiellement aux fortes attentes des agriculteurs, notamment de ceux de ma région. Il suscitera des déceptions. Depuis 2022, la priorité donnée à la question de la souveraineté alimentaire semble se traduire par la volonté de favoriser un modèle d’exploitation agricole d’une taille de plus en plus grande. Or les exploitations conçues sur un tel modèle présentent une plus grande vulnérabilité et ne répondent pas aux besoins de l’agriculture du Sud-Ouest, en première ligne face au changement climatique.Dans ce contexte, l’enjeu du stockage de l’eau en période d’abondance ne doit pas être éludé ; il doit au contraire être appréhendé de manière pragmatique, équilibrée et concertée, dans le cadre de la démocratie de l’eau. C’est la juste répartition des usages et l’acceptabilité sociale des projets qui en dépendent. En outre, si l’autorisation des ouvrages constitue un enjeu majeur, c’est plus vrai encore de leur financement.Il n’en demeure pas moins que le simple fait de produire n’empêchera pas les cultures d’être totalement détruites par les aléas climatiques récurrents et pluriannuels – ainsi, la semaine dernière, dans mon département, l’orage et la grêle ont anéanti plusieurs exploitations. Ce ne sont plus des phénomènes isolés.Pour assurer la survie et un revenu aux exploitants, l’urgence serait de renforcer leurs protections matérielles et assurantielles, d’investir fortement dans la recherche, de développer des modèles agricoles basés sur l’agroécologie et la polyculture-élevage, à l’aide de financements adaptés – bref, de garantir les éléments fondamentaux pour l’avenir de l’agriculture du Sud-Ouest, notamment pour la filière viticole, en grande difficulté et ignorée dans ce texte.Je le rappelle : plus d’un agriculteur sur trois vit en dessous du smic, plus d’un sur deux en Occitanie, et plus de la moitié sont en situation de défaillance dans mon département du Gers. C’est une agriculture qui se meurt. Même s’il apporte quelques réponses, nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce projet de loi d’urgence agricole, car si l’agriculture est en état d’urgence absolue en France, elle est en état d’urgence vitale dans le Gers et dans le Sud-Ouest. (Applaudissements sur les bancs du groupe LIOT et sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).