Discours du 1 juillet 2025
Davy Rimane · Première session extraordinaire 2025 · séance n°1
Ce texte s’intitule projet de loi de « refondation » de Mayotte. Mais il ne refonde rien du tout. Il enterre des principes, il alimente la stigmatisation, il légitime une dérive inquiétante qui criminalise la misère et affaiblit les élus locaux.Pour nombre de raisons, le groupe GDR se partagera entre vote contre et abstention sur le premier texte ; il votera pour le projet de loi organique.La première chose que ce texte consacre, c’est un durcissement inédit de la politique migratoire à Mayotte, une politique migratoire sans humanité, sans logique, sans issue. On généralise l’expulsion. On limite les titres de séjour. On restreint les regroupements familiaux. Certaines mesures visent même des mineurs.Ma question, posée depuis des mois, reste sans réponse : où allez-vous mettre toutes ces personnes que vous voulez expulser ? Dans des charters ? Dans des centres de rétention ? À la rue ?
Allez-vous laisser ces hommes, ces femmes, ces enfants errer sans droits ni protection dans une zone grise de la République ? Cette logique n’est pas une solution. C’est un affichage. (Mme Andrée Taurinya applaudit.)C’est aussi une manière de détourner l’attention des vraies urgences. Pendant qu’on parle d’expulsions et de centres de rétention, les écoles ferment, les robinets sont à sec, la population vit avec des tours d’eau ; et l’eau, quand elle est accessible, n’est souvent pas potable. Vous avez chaud aujourd’hui ? Pensez donc aux Mahorais, qui subissent des températures insoutenables quasiment toute l’année dans un archipel où les infrastructures hydrauliques sont inexistantes ou, au mieux, vétustes.Deuxième point d’alerte : les moyens annoncés. Le gouvernement se félicite d’un effort budgétaire inédit pour Mayotte. Mais quand on y regarde de plus près, on constate que, parmi les sommes mises en avant, figurent celles qui doivent être consacrées à la zone franche globale. Or une zone franche, ce n’est pas une dépense ; c’est une exonération, c’est-à-dire un manque à gagner fiscal pour les collectivités, les hôpitaux, les services publics. C’est un habillage comptable : on crée artificiellement un budget d’investissement en ajoutant une ligne « non-recettes ». C’est une manière d’affaiblir l’autonomie financière des territoires tout en prétendant les aider.Soyons clairs : Mayotte a besoin d’investissements structurels, pas de gadgets fiscaux ni de vitrines. Cette zone franche ne compensera ni l’absence de politique industrielle, ni le désengagement massif de l’État ces dernières années.Je veux enfin lancer ici une mise en garde très ferme.Je vois bien que ce texte sert aussi de laboratoire politique ; que certains, dans ce gouvernement ou dans d’autres institutions, rêvent d’en faire un modèle exportable ; et que la Guyane, ma terre, n’est pas loin dans leur viseur.Mais qu’on ne s’y trompe pas : les réalités ne sont pas transposables. Et surtout, la dignité humaine n’est pas négociable. Je le dis avec force : je m’opposerai de toutes mes forces à toute tentative d’importer en Guyane ce modèle sécuritaire, répressif et inégalitaire. On ne lutte pas contre la précarité en stigmatisant les pauvres. On ne soigne pas un territoire fracturé en lui retirant des droits. On ne construit pas la paix sociale avec des policiers supplémentaires mais avec des médecins, des professeurs, des logements, de l’eau et du respect. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)Enfin, je veux répondre à M. le ministre d’État Valls, qui prétend vouloir rompre avec les pratiques du passé et ouvrir une nouvelle relation avec les outre-mer, mais qui, dans le même souffle, explique que la convergence sociale à Mayotte est soumise à la résolution du problème migratoire. Autrement dit : on ne vous donnera pas les mêmes droits tant que vous n’aurez pas réglé vos problèmes. C’est une infantilisation politique. C’est aussi une hypocrisie crasse, parce que les inégalités ne sont pas le fruit de l’immigration mais du désengagement de l’État. Et c’est surtout une injustice flagrante. La République ne peut pas poser des conditions à l’égalité. Elle ne doit pas la négocier, elle doit la garantir.Je m’abstiendrai, non pas par posture, mais parce que ce texte trahit l’idée même de refondation. Mayotte mérite un projet de justice, de solidarité et de dignité ; pas une loi de tri, de contrôle et d’illusion comptable.Au nom de tous les outre-mer, je dis aujourd’hui : nous sommes vigilants, nous sommes debout, et nous n’accepterons pas d’être les cobayes d’une politique qui piétine les principes fondamentaux. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR. – Mme Dominique Voynet applaudit également.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).