Discours du 19 janvier 2026
Davy Rimane · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°118
Monsieur le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, nous parlons beaucoup, depuis le début du débat, des crises politiques internationales, mais peut-être passons-nous à côté de la question la plus dérangeante et pourtant essentielle : le droit international, que nous évoquons sans cesse, a-t-il jamais été pleinement respecté ? Le problème n’est pas seulement celui de son inefficacité supposée face au conflit actuel ; plus profond, il réside dans l’écart abyssal entre ce que le droit international est censé permettre ou empêcher, et la manière dont il est utilisé, contourné ou instrumentalisé par les puissances qui prétendent en être les garantes. On présente souvent le droit international comme un rempart moral contre la force brute mais l’histoire récente montre autre chose : une application sélective, asymétrique, profondément politique. Quand il s’agit de certains conflits – je pense à la situation israélo-palestinienne –, le droit est invoqué avec prudence, relativisé, renvoyé à des équilibres diplomatiques ; sur d’autres terrains, comme la Libye, la Côte d’Ivoire ou, plus récemment, le Venezuela, il devient soudain impératif, urgent, justifiant une intervention voire un renversement de pouvoir.Cette variabilité n’est pas accidentelle et révèle une vérité que nous refusons souvent de regarder en face : le droit international n’a jamais été neutre ; il est né d’un monde structuré par les empires, il s’est consolidé dans un ordre international façonné par les vainqueurs, et il continue de fonctionner dans un cadre où les rapports de force hérités du colonialisme n’ont jamais réellement disparu. Il ne s’agit donc pas seulement de se demander si le droit international existe encore mais s’il a un jour existé comme norme réellement universelle, également contraignante pour tous ; ou s’il n’a pas, trop souvent, servi de langage juridique à des décisions déjà prises ailleurs, dans les capitales les plus puissantes.Monsieur le ministre, la question n’est pas de savoir comment sauver le droit international par de nouvelles incantations, mais comment défendre un ordre juridique international crédible quand ceux qui le brandissent sont ceux qui en ont le plus souvent violé l’esprit et la lettre, notamment dans les espaces marqués par l’histoire coloniale ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).