Aller au contenu
vie-politique.fr

Discours du 11 juin 2026

Davy Rimane · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°268

Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.

Je vais vous faire une confidence. Lorsque je suis arrivé dans cet hémicycle en 2022, je pensais que nos désaccords porteraient sur les solutions. Je découvre année après année que la discrimination prend naissance dans l’action politique et que c’est en ces lieux qu’elle fait son lit. Nous avons perdu de vue que nous sommes ici pour apporter des réponses aux problèmes de nos concitoyens. En ce jour, je suis en rupture, mais aligné. En rupture avec l’hypocrisie qui prédomine sur les bancs de cette assemblée et avec ceux qui se drapent avec complaisance dans une vertu complètement hors sol. Aligné avec ce qui m’anime : la défense de ceux qui, à des milliers de kilomètres d’ici, attendent, dans des conditions de vie souvent indignes, que leur situation évolue.On nous explique que voter ce texte serait une faute écologique. Permettez-moi de poser une question simple : qui a construit sa prospérité pendant deux siècles grâce au charbon, au pétrole et au gaz ? Pas la Guyane. Mais les pauvres doivent rester verts, n’est-ce pas ? Le réchauffement climatique est une réalité ; personne ici ne le conteste, certainement pas nous, Guyanais, qui vivons sur une terre qui abrite l’un des plus grands massifs forestiers de la planète. Mais il existe une différence entre l’écologie et l’injustice. L’écologie, c’est réduire les émissions. L’injustice, c’est demander les mêmes efforts à ceux qui ont bâti leur richesse grâce aux énergies fossiles et à ceux qui n’ont jamais eu accès au même niveau de développement. Le Guyana exploite, le Suriname exploite, le Brésil exploite, le Venezuela exploite. Partout autour de la Guyane, les États exercent leur droit souverain à décider de leur modèle de développement.On nous répond que « le pétrole ne garantit pas le développement ». Personne n’a jamais prétendu le contraire. Avons-nous d’autres propositions concrètes à mettre sur la table ? Non, le budget de la nation pour nos territoires dits d’outre-mer nous le montre allègrement. Le pétrole n’est pas une politique publique, ni un projet de société, ni une garantie de réussite, mais il peut constituer un levier. Je remarque d’ailleurs que ceux qui nous expliquent aujourd’hui qu’il ne faut surtout pas explorer et exploiter continuent, eux, à consommer massivement des hydrocarbures importés de l’autre bout du monde.Certains d’entre vous, pour justifier leur vote contre ce texte, vont aussi nous parler de biodiversité. Ce texte ne crée aucun puits de pétrole et n’autorise aucune exploitation ; il rétablit uniquement la possibilité d’explorer. Comme l’a dit mon collègue Castor, si vous êtes si certains qu’il n’y a rien à trouver, pourquoi interdire la recherche ?La vérité, c’est que ce débat pose une question qui dépasse largement celle des hydrocarbures : qui décide pour la Guyane ? Les Guyanais ou ceux qui parlent en leur nom sans jamais avoir à assumer les conséquences de leurs choix ? À droite comme à gauche, vous êtes persuadés de savoir mieux que nous ce qui est bon pour nous. Le résultat est toujours le même : on décide à notre place. J’aimerais reprendre à mon compte les paroles du prince parolier français Kery James : « À trop respirer le rejet, j’ai le poumon perforé ».Depuis des décennies, cet hémicycle ne nous écoute pas. Cette législature ne fait pas exception. Vous restez centrés sur vous-mêmes et vous nous tuez à petit feu en projetant sur nos territoires une vision qui n’est pas la nôtre. Vos partis politiques, quels qu’ils soient, n’ont le terme d’outre-mer à la bouche que lorsqu’il s’agit d’obtenir des bulletins de vote ou de déclamer de grands discours sur la République, la diversité et les discriminations. (M. Frédéric Maillot applaudit.) Mais lorsqu’un territoire formule une demande politique claire, soutenue par ses élus, ses maires, sa collectivité territoriale, son monde économique et une grande partie de sa population, soudainement, la parole locale n’est plus légitime. À l’heure où je m’exprime devant vous, une grande majorité des mairies de Guyane ont fermé leurs portes pour exprimer leur soutien à ce texte. Pendant que nous débattons, la Guyane demeure confrontée à des besoins immenses, qui débordent largement votre imagination.Alors je prends le risque de me tromper, car l’immobilisme est devenu une certitude d’échec. Oui, je préfère prendre le risque d’une décision plutôt que de subir éternellement les conséquences de l’inaction. La question n’est pas de savoir si le pétrole est l’avenir de la Guyane, mais si les Guyanais ont le droit d’en décider eux-mêmes.Ce texte, au fond, parle surtout de respect – un respect dû à une population qui n’entend plus être regardée comme un territoire administré, mais comme une société capable de choisir son propre destin. J’ai été élu par des femmes et des hommes qui, malgré tout, continuent d’espérer et refusent la résignation. Je leur dois la sincérité, je leur dois de porter leur voix, même lorsqu’elle dérange. En tant que député, je continuerai, tant que j’ai la force de le faire, à rappeler une chose simple : nous ne demandons pas la permission d’exister, nous manifestons le droit de décider de notre avenir. La République nous doit. La réparation doit commencer. Laissez-nous décider de notre avenir. Vous l’avez suffisamment fait à notre place, avec le résultat que l’on connaît. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe GDR. – M. Elie Califer applaudit également.)

Rien à voir !

Sans revenir sur l’argumentation qu’a pu développer mon collègue Castor, une chose me paraît évidente au travers de ce débat : le gouvernement fait une fixation sur les hydrocarbures. Mais en vérité, les Guyanais n’ont encore jamais eu à valider le principe d’aller explorer ou quoi que ce soit d’autre : vous effacez de fait l’idée même de laisser un territoire décider. Vous continuez à ne pas écouter ce qu’on vous dit, vous continuez à vouloir nous imposer quelque chose que nous n’avons pas validé. La Guyane a vu sortir un décret par lequel l’État étend des zones protégées. On ne nous a rien demandé, c’est appliqué de facto ! À chaque fois que vous prenez des mesures pour garantir votre main verte à l’échelle de la nation, c’est sur le dos des Guyanais !Je veux bien tout entendre, mais avec quoi finance-t-on notre territoire ? Dernièrement, nous avons demandé dans l’hémicycle la construction d’une route pour désenclaver l’Ouest guyanais. On nous a accordé une piste, en nous disant de nous en contenter, que c’était mieux que rien.Même ici, vous ne nous respectez pas ! Nous faisons des heures d’avion et parcourons des milliers de kilomètres pour venir vous expliquer quelle est notre réalité, et cela vous glisse dessus. Et certains d’entre vous (L’orateur se tourne vers les bancs du groupe EcoS) ont l’outrecuidance de nous dire ce que nous devons faire au quotidien, et comment. (Mme Lisa Belluco proteste contre le mouvement de l’orateur, qui revient alors à sa position initiale, tourné vers la présidence.)Chers collègues, la vraie question est la suivante : prenez-vous le temps d’écouter et d’analyser ce que les députés ultramarins disent ? Si c’était le cas, vous n’auriez pas cette posture dogmatique et purement politique face à la proposition de loi. Nous parlons de vies humaines, que vous ne pouvez pas laisser basculer dans le néant en érigeant l’écologie en totem ! Ça ne tient pas la route !Dans tous les cas de figure, que les amendements de suppression soient adoptés ou non, les votes d’aujourd’hui auront des conséquences, et vous risquez d’allumer en Guyane quelque chose que vous ne serez nullement en mesure de maîtriser. Je vous invite à faire bien attention.

Ce ne sont pas des menaces ! Dire que plus de 50 000 personnes vivent dans des bidonvilles et que des jeunes filles de 12 ans se prostituent pour avoir à manger et à boire, ce n’est pas menacer, c’est décrire la réalité humaine. Apprenez à respecter ceux qui viennent parler ici ! Ils ne font pas part de lubies tirées de nulle part, ils disent la réalité claire et nette d’un territoire. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR. – MM. Lionel Duparay et Laurent Marcangeli applaudissent également.)

Chers collègues, je rappelle un chiffre : l’année prochaine, 100 % de l’énergie électrique produite en Guyane sera renouvelable. Au moment où nous parlons, nous mettons déjà en œuvre notre volonté de sauvegarder le territoire de manière pérenne. Encore faut-il les financements pour cela. Voici un autre chiffre : en Guyane, le coût de la transition énergétique que prévoit la PPE est évalué à un peu plus de 1 milliard, entre 1,1 et 1,2 milliard. L’État et la collectivité territoriale mettent à peine 30 millions d’euros sur la table à eux deux. Lorsque j’ai demandé qui apportait le milliard manquant pour financer la transition, on m’a répondu que des investissements privés y pourvoiraient.Vous êtes contre l’extractivisme, dites-vous. D’accord ! Mais je pose de nouveau la question : qui exploitera les terres rares et tous les minerais et minéraux qui seront extraits des différents sous-sols ? Ce seront les mêmes entreprises capitalistes que vous dénoncez aujourd’hui, de sorte que vous ne faites que déplacer le problème.La nature nous le montre allègrement : lorsqu’on s’en tient à un équilibre, cela fonctionne bien. Au contraire, passer de 1 à 0, selon la logique binaire du tout ou rien, ne fonctionnera pas, d’autant que nous allons vers des désordres à l’échelle du monde.Quant à la sauvegarde du territoire, nous y travaillons, nous sommes même les premiers à veiller au grain, mais nous voulons avoir les moyens de financer l’aménagement, le développement et, surtout, une transition écologique que nous aurons définie à notre niveau et selon un calendrier qui tienne compte de notre réalité.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).