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Discours du 15 juin 2026

Davy Rimane · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°270

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Aujourd’hui, nous parlons des morts. Nous parlons de ces hommes, femmes et enfants kali’nas et arawaks arrachés à leur terre pour être exhibés à Paris. Nous parlons de huit d’entre eux qui ne sont jamais revenus. Nous parlons de la violence de l’histoire coloniale, de la décadence que représentèrent les zoos humains et de la déviance des théories prétendument scientifiques qui ont marqué ce temps-là. Il était grand temps de le faire.Mais ce texte parle aussi des vivants. Il parle de celles et ceux qui, depuis plus de trente ans, mènent ce combat avec une dignité et une persévérance qui forcent l’admiration. Je pense notamment à Mme Corinne Toka-Devilliers, présidente de l’association Moliko Alet+Po : à l’origine de cette demande de restitution, elle est présente avec nous aujourd’hui. Corinne, bravo !Je pense aussi aux familles, aux autorités coutumières et aux représentants des peuples kali’na et arawak, également présents parmi nous, qui n’ont jamais cessé de réclamer le retour des leurs. Je veux enfin saluer la présence dans les tribunes de ma suppléante Clarisse Taulewali Da Silva, artiste kali’na et porte-voix des peuples autochtones sur les scènes nationale et internationale.Ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse la seule question patrimoniale : ce débat comporte une dimension universelle. Partout dans le monde, des peuples autochtones ont vu leurs terres confisquées, leurs langues interdites, leurs cultures méprisées et effacées. Certains ont vu leurs morts leur être retirés, comme si la domination ne s’arrêtait pas à la vie et qu’elle devait se poursuivre jusque dans les tombes.Il faut mesurer ce qu’une telle privation représente. Pour beaucoup d’entre nous ici, un cimetière est un lieu de mémoire. Mais pour de nombreux peuples autochtones, il est un lien entre les générations passées, présentes et futures.Pendant longtemps, la France a regardé les peuples autochtones comme des objets d’étude. Aujourd’hui, elle commence enfin à les reconnaître comme des sujets de droit. Cette évolution compte, car les peuples autochtones, de Guyane comme d’ailleurs, sont invisibilisés, sous-représentés et – il faut le dire – déconsidérés dans le débat public national. On en parle lorsque l’on évoque leur passé, mais beaucoup plus rarement lorsqu’il s’agit de parler de leur présent, encore moins de leur avenir.Pourtant, ils continuent d’incarner des langues, des savoirs et des modes de vie. Ils continuent aussi de nous alerter sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés, qu’il s’agisse de l’accès aux services publics, de la reconnaissance institutionnelle ou de la préservation de leurs terres.Voilà pourquoi ce texte est important : il ne répare pas seulement une faute du passé, mais envoie aussi un message au présent. Il nous rappelle qu’aucune politique mémorielle sincère ne peut exister sans le respect à l’égard des peuples qui en sont les héritiers.Toutefois, il ne doit pas être une exception. D’autres territoires ultramarins attendent aujourd’hui de pouvoir engager les mêmes démarches. Je pense notamment à La Réunion, à la Polynésie française ou à la Kanaky qui souhaitent, elles aussi, obtenir la restitution de restes humains. Les travaux juridiques ont été menés ; une loi-cadre existe ; les solutions sont connues. J’espère donc que ce texte constituera seulement une étape et non un point final, car la dignité ne saurait être accordée au compte-gouttes. J’ai entendu les mots de Mme la ministre, et j’en suis ravi.Restituer ces restes humains, ce n’est pas seulement rendre des ossements, c’est aussi reconnaître qu’ils n’auraient jamais dû quitter leur terre. Et c’est admettre qu’un peuple a le droit de décider de la manière dont il honore ses morts. Car il ne suffit pas d’entendre la voix des ancêtres, encore faut-il écouter celle de leurs descendants. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et EcoS ainsi que sur ceux des commissions. – M. Frantz Gumbs applaudit également.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).