Discours du 11 février 2026
Delphine Batho · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°145
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Une manœuvre !
Ben voyons !
Hors sujet !
Ce n’est pas ça, le vrai problème !
N’importe quoi ! Il n’y a pas de surtransposition.
Ce n’est pas un compromis !
Celui de l’interdiction !
Non, puisque vous l’avez empêché !
Non mais, c’est incroyable !
Mensonges !
Et il a bien fait !
Ce que vous dites est faux !
C’est une citation du directeur général de l’institut Gustave-Roussy !
C’est faux !
Ceux qui n’ont que le mot identité à la bouche n’ont pas voulu voir que la loi Duplomb s’était fracassée sur l’identité française.Merci, madame Éléonore Pattery. Merci aux 2 131 368 personnes qui ont signé la pétition « Non à la loi Duplomb ». (Applaudissements sur les bancs des groupes Ecos, LFI-NFP, SOC et GDR.)Pourquoi cette pétition s’est-elle emparée de la société tout entière, du Conseil national de l’Ordre des médecins, des malades du cancer qui crient leur colère, de tout ce que la France compte de communautés scientifiques, des associations de protection de la nature, des chefs cuisiniers qui proclament « Nous, restaurateurs, faisons ce métier pour nourrir, pas pour empoisonner » (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également), des 61 % des citoyennes et citoyens favorables à l’abrogation de la loi Duplomb, habitants autant nos campagnes que nos villes, toutes générations confondues, toutes tendances politiques mélangées, de monsieur et madame Tout-le-monde, qui, pour la première fois, ont utilisé FranceConnect ?Pourquoi cette pétition est-elle l’une des plus signées de l’histoire de France ?
Pourquoi ce fait politique s’impose-t-il à tous ? Vous l’êtes-vous seulement demandé ?La loi Duplomb, votée sans débat démocratique, promulguée malgré 2 millions de signatures, heurte l’identité profonde de la France.Car la France, c’est la nation qui a inventé la sécurité sociale pour garantir « notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs », comme le rappelle le préambule de la Constitution de 1946, la protection de la santé. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.)La France, c’est le pays des Lumières, qui a, chevillés au corps, la connaissance scientifique et le refus de l’obscurantisme. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)La France, c’est le pays de la gastronomie, qui a érigé les arts culinaires au rang de culture forgée par la diversité de nos terroirs, de nos paysages, de notre agriculture, au point que le repas gastronomique des Français a été inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)La France ne peut se résigner à l’empoisonnement alimentaire ni à figurer au hit-parade des pays les plus consommateurs de pesticides. Elle ne se résout pas à être un pays qui enregistre un nombre record de cancers, sachant, en outre, qu’une épidémie de cas – le directeur de l’Institut Gustave-Roussy parle même de « tsunami » – frappe des personnes jeunes.Où est le nouveau plan cancer qui s’attaquerait aux causes environnementales de la maladie, dans le prolongement de celui lancé par le président Chirac il y a vingt ans ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)La loi Duplomb n’est que la partie émergée d’un scandale immense, monstrueux, silencieux. Les cancers mais aussi l’endométriose, les troubles du neurodéveloppement, les maladies neurodégénératives – je pourrais citer tant d’autres exemples – sont aussi des maladies politiques.
Pas moins de 1,7 million d’écoliers sont exposés à de fortes doses de pesticides.
Quelle inconscience ! La qualité de l’eau potable s’est effondrée en seulement dix ans – charge aux collectivités de se débrouiller avec ce fardeau. Pour protéger l’eau potable, adoptons, demain, la proposition de loi de Jean-Claude Raux ! (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – MM. Guillaume Garot et Marcellin Nadeau applaudissent également.)En annonçant une loi Duplomb 2 pour tenter de faire revenir par la fenêtre le poison des néonicotinoïdes que le Conseil constitutionnel avait chassé par la porte, ses promoteurs veulent faire croire qu’il ne sert à rien de signer des pétitions, et ce en dépit de l’État de droit et du jugement dans l’affaire dite Justice pour le vivant, qui reconnaît la responsabilité de l’État dans le préjudice causé à la biodiversité par les pesticides.Ne sous-estimez pas la force citoyenne qui s’est levée. Elle fera barrage à la loi Duplomb 2. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Marcellin Nadeau applaudit également.) Elle s’opposera au paquet européen de mesures dit omnibus qui tourne le dos à la science et à la souveraineté et qu’il faudrait rebaptiser « omnipesticides » ad vitam æternam.Les signataires de la pétition contre la loi Duplomb ne nous ont pas demandé un débat mais « la santé, la sécurité, l’intelligence collective ». Celle-ci consiste à se rassembler autour des causes que représentent la santé environnementale et l’avenir de notre agriculture en refusant les provocations et les logiques d’affrontement.Non, le sénateur Laurent Duplomb n’est pas une « ordure ». Il n’est que le représentant du lobby du poison des pesticides. Nous refusons toute forme de violence contre les parlementaires. Nous refusons les dégradations et les insultes qui se multiplient contre les associations et les agents publics chargés de la protection de l’environnement. Nous refusons la funeste mécanique du trumpisme à la française, qui cultive la haine et la division. Nous voulons en finir avec ces clivages stériles et réconcilier enfin nature, santé et agriculture (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – M. Dominique Potier applaudit également), une exigence qui fédère huit français sur dix.Nous avons confiance dans la profondeur du mouvement en faveur de la santé environnementale. Il est irréversible, aussi puissant que l’envie de vivre. Il rassemble une France qui a besoin d’unité. Merci à la pétition contre la loi Duplomb d’avoir fait cette démonstration porteuse d’espérance. (Les députés du groupe EcoS se lèvent et applaudissent. – Plusieurs députés des groupes SOC et GDR, ainsi que M. Christophe Bex, applaudissent également.)
Ce rappel se fonde sur l’article 147, alinéa 3. Mme la ministre a tenu un propos grave visant l’Assemblée nationale : des robots auraient produit les 2 131 368 signatures en faveur de la pétition « Non à la loi Duplomb ».
L’alinéa que je viens de citer dispose que « les conditions dans lesquelles les signatures sont recueillies, authentifiées et susceptibles d’être ajoutées ou retirées après leur enregistrement ainsi que les conditions de collecte et de conservation des informations communiquées à l’Assemblée par les pétitionnaires sont précisées par une décision du bureau de l’Assemblée nationale». (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP et SOC.)Votre propos, madame la ministre, est d’une extrême gravité. Jusqu’ici, lors des débats que nous avons eus en commission et qu’a rappelés le président Travert, aucun parlementaire n’a osé mettre en doute l’authenticité des plus de 2 millions de signatures qu’a recueillies la pétition pour l’abrogation de la loi Duplomb ! (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.) Qu’un membre du gouvernement se livre à la propagation de telles fake news est alarmant ! (Vifs applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS, LFI-NFP, SOC et GDR.)
Non, la France en a demandé l’interdiction !
Si, par deux fois !
Ce n’est pas une transposition !
C’est une raison suffisante !
Et de défendre les abeilles !
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).