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Discours du 24 mars 2026

Delphine Lingemann · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°177

Nous devons aujourd’hui regarder les choses avec lucidité. Les technologies qui feront notre avenir, qu’il s’agisse de la transition énergétique, du numérique ou de notre défense, reposent sur des matériaux que nous ne maîtrisons pas suffisamment.Lithium, nickel, cobalt, cuivre, graphite, terres rares… Derrière ces mots, il y a des réalités très concrètes. Ce sont ces métaux qui permettent de fabriquer nos batteries, nos éoliennes, nos moteurs électriques, mais aussi nos radars, nos capteurs et nos systèmes de communication.Ces matériaux ont une caractéristique essentielle : ils sont difficilement substituables. Aujourd’hui, leurs chaînes de valeur sont fortement concentrées – en particulier aux étapes du raffinage et de la transformation –, et la Chine occupe une position dominante en leur sein.Cette situation crée une vulnérabilité structurelle pour notre économie, mais aussi pour notre souveraineté. Dès lors, la question n’est plus seulement celle de l’accès aux ressources. La vraie question est celle de la résilience de nos chaînes d’approvisionnement. Sécuriser, cela signifie être capable de maîtriser chaque maillon – l’extraction, la transformation, la fabrication, mais aussi le recyclage, dans un impératif de sobriété.Pour atteindre cet objectif, plusieurs leviers doivent être actionnés. D’abord, la reconstitution de capacités industrielles en France et, au-delà, en Europe. Cela suppose des investissements importants, du temps et une acceptabilité qu’il nous faut construire avec nos concitoyens.Ensuite, il faut diversifier nos approvisionnements, pour ne plus dépendre d’un nombre limité d’acteurs, et nouer des partenariats fiables et responsables. Cette diversification restera incomplète si nous ne maîtrisons pas les étapes de transformation.Enfin, il faut accélérer le recyclage et l’économie circulaire. En fin de vie, nos équipements contiennent des ressources précieuses : les valoriser, c’est réduire notre dépendance et améliorer notre impact environnemental.Je veux citer un exemple concret qu’offre mon territoire : celui de Constellium, une entreprise basée à Issoire, qui a lancé un programme de recyclage de l’aluminium issu d’avions en fin de vie pour produire des alliages à haute performance, directement utilisables par l’industrie aéronautique.Soyons lucides, les volumes restent limités et les procédés sont complexes. C’est pourquoi l’innovation est un levier indispensable : écoconception, réduction de l’intensité en matériaux, allongement de la durée de vie des équipements.Un choix s’impose à nous : accepter aujourd’hui les coûts de la sécurisation ou alors subir demain des coûts bien plus lourds en cas de rupture d’approvisionnement.Dans cette perspective, trois questions simples se posent. Comment l’État entend-il soutenir les entreprises engagées dans le stockage de ces matériaux, dans un contexte budgétaire contraint ? Quelle stratégie appliquons-nous, en France, pour encourager la sobriété et développer le recyclage, la récupération des matériaux critiques et la recherche sur leurs substitutions ? Surtout, comment associer pleinement les PME de nos territoires pour qu’elles soient des acteurs à part entière de cet effort ?Au fond, la question est simple : voulons-nous dépendre ou voulons-nous maîtriser ? La sécurisation de notre accès aux matériaux stratégiques est une condition de notre souveraineté mais, sans une industrie forte et ancrée dans nos territoires, cette souveraineté restera fragile. Nous devons nous donner les moyens matériels de notre liberté. Je compte sur vous pour apporter des réponses concrètes.

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).