Discours du 13 mai 2026
Delphine Lingemann · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°232
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Pourquoi ne voulez-vous pas en discuter ?
Avec cette motion de rejet préalable, les députés de La France insoumise font à nouveau le choix de tout rejeter avant de discuter. Ils tournent ainsi le dos aux territoires de montagne en contestant un texte qui n’est ni idéologique ni partisan, mais concerne plus de 10 millions de Français. Ceux-ci vivent dans des communes où l’école est parfois à plusieurs kilomètres, où trouver un médecin relève du parcours du combattant, où les élus font de leur mieux au service de territoires enclavés, où des agriculteurs, des éleveurs sont en première ligne des changements climatiques.La montagne, dans le Puy-de-Dôme comme dans nombre de départements français, ce sont des femmes et des hommes qui, souvent, ont le sentiment d’être oubliés – parfois à raison. La montagne, c’est une réalité humaine, économique, agricole, qui exige des règles adaptées : on ne gère pas une commune de montagne comme on administre un quartier de grande métropole. La République, ce n’est pas l’uniformité, mais la capacité à tenir compte des spécificités de chaque territoire pour garantir une égalité réelle.Ce texte apporte des réponses concrètes sur l’école et le sujet sensible de la carte scolaire, sur la santé, sur l’agriculture de montagne, sur la gestion de l’eau, sur les équipements, sur la représentation des communes dans les intercommunalités, sur l’avenir même de ces territoires. Il a surtout été élaboré avec des élus de tous bords, dans une démarche transpartisane associant les acteurs locaux, celles et ceux qui vivent la montagne au quotidien.Refuser d’en débattre, chers députés de La France insoumise, c’est envoyer un mauvais signal à ces territoires, à qui on laisserait penser que leurs difficultés ne méritent même pas discussion. Le groupe Démocrates, quant à lui, fera un choix différent, celui du travail parlementaire et du respect de chaque territoire. Parce que la montagne mérite mieux que des postures, nous voterons bien évidemment contre cette motion de rejet préalable.
La montagne occupe une place particulière dans notre pays. Elle n’est pas seulement un relief, un paysage, elle est une manière de vivre, de travailler, de transmettre. La France a cette chance rare d’être un pays de montagnes multiples : les Alpes, les Pyrénées, le Jura, les Vosges, la Corse, les montagnes des territoires d’outre-mer et bien sûr le Massif central. Dans ma circonscription du Puy-de-Dôme, entre la chaîne des Puys et le massif du Sancy, nous mesurons chaque jour ce que signifie vivre en montagne. On y vit avec les saisons, le relief, parfois avec l’éloignement – souvent avec l’éloignement.On y produit des richesses extraordinaires, des produits d’excellence issus d’une agriculture exigeante et de savoir-faire anciens, qui participent au rayonnement de notre pays. La montagne n’est pas une périphérie de notre République. Elle en est une force humaine, économique, agricole et environnementale, mais il faut que la République soit au rendez-vous. La grande intuition de la loi « montagne » de 1985 était juste et républicaine, car l’égalité ne signifie pas l’uniformité : traiter de manière identique des territoires qui vivent des réalités profondément différentes, ce n’est pas l’égalité, c’est parfois l’injustice – souvent l’injustice.Pourtant, quarante ans plus tard, beaucoup de décisions continuent d’être prises comme si notre géographie n’existait pas, comme si l’enclavement, la neige, les temps de trajet, les contraintes du relief n’avaient aucune conséquence sur la vie quotidienne et l’économie de nos territoires. Dans ma circonscription, en 2022, l’école de Saint-Étienne-sur-Usson, rendue célèbre par le documentaire Être et avoir, risquait de perdre une classe. Nous nous sommes battus avec les enseignants, les parents d’élèves et les élus locaux pour empêcher cette fermeture, mais si nous avons pu obtenir gain de cause, c’est aussi parce que cette commune est située dans une zone de montagne qui bénéficie des dispositions prévues par la loi « montagne ».Nous ne pouvons pas continuer à gérer la carte scolaire derrière des tableaux Excel et avec des moyennes statistiques. En montagne, fermer une classe, c’est parfois fragiliser toute une commune, tout un territoire, c’est décourager des familles de s’installer et c’est accélérer le sentiment d’abandon, voire le véritable abandon au-delà du simple sentiment. C’est pourquoi l’article 1er de cette proposition de loi est essentiel ; il fait enfin des spécificités montagnardes des critères obligatoires dans les décisions de carte scolaire.Ce même constat vaut pour la santé. Quand un habitant de montagne doit parcourir des dizaines de kilomètres pour consulter un médecin ou accéder à des soins d’urgence, à des spécialistes, ce n’est pas une contrainte secondaire, c’est une inégalité territoriale. L’article 2 apporte une réponse de bon sens en affirmant la nécessité de garantir des délais d’accès aux soins adaptés aux réalités de la montagne et de prévoir, lorsque c’est nécessaire, des solutions de transport sanitaires d’urgence par voie aérienne.Ce texte regarde également vers l’avenir, car la montagne est en première ligne face au changement climatique : évolution de l’enneigement, tensions sur l’eau, multiplication des risques naturels. Nos territoires de montagne peuvent aussi être des territoires d’innovation et de résilience. Ils peuvent innover sur la gestion de l’eau, la souveraineté alimentaire, l’énergie ou le tourisme durable.Enfin, je veux saluer l’esprit dans lequel cette proposition de loi a été construite : 122 députés de sensibilités différentes l’ont cosignée, ce qui montre bien que, lorsqu’il s’agit de la montagne – comme de beaucoup de sujets d’ailleurs –, les clivages politiques devraient s’effacer devant l’intérêt de nos territoires et de leurs habitants.Le groupe Démocrates soutiendra pleinement cette proposition de loi, parce qu’aimer la montagne, ce n’est pas seulement la contempler, c’est lui donner les moyens de préparer son avenir. (Mme Sophie Mette et M. Vincent Descoeur applaudissent.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).