Discours du 26 mars 2026
Denis Fégné · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°182
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Quand on parle d’agriculture, on parle souvent de normes, de textes, de dispositifs. Mais derrière tout cela, il y a des femmes et des hommes, des vies entières consacrées à produire, à transmettre, à faire tenir debout des territoires entiers. Et aujourd’hui, ces femmes et ces hommes doutent.Ils doutent parce que les revenus ne suivent pas, parce que les crises s’enchaînent, que les règles changent sans cesse et qu’ils ont parfois le sentiment qu’on leur demande tout sans les protéger. Ils doutent aussi parce que les coups durs s’accumulent : les épizooties fragilisent des filières entières ; les aléas climatiques bouleversent les cycles de production ; les perspectives d’accords commerciaux, comme celui avec le Mercosur, les exposent à une véritable concurrence déloyale et injuste. Dans ce contexte, chaque signal compte.La proposition de loi que nous examinons se présente comme une réponse d’ensemble. Ses auteurs parlent de souveraineté alimentaire, d’ancrage territorial, d’excellence. Ce sont de beaux mots. Ce sont aussi des exigences fortes. Mais quand on entre dans le détail, on voit bien que le texte reste modeste.Oui, associer davantage les acteurs de terrain aux décisions d’urbanisme est utile, car, trop souvent, les terres agricoles disparaissent sans que ceux qui les font vivre soient vraiment entendus. Oui, reconnaître que le changement climatique oblige à adapter les horaires de travail, et sécuriser juridiquement les agriculteurs en conséquence relève du bon sens. Reste que cela ne suffira pas à répondre à ce que vivent aujourd’hui les agriculteurs. Cela ne suffira pas plus à régler la question du revenu, à apaiser les tensions entre monde agricole et riverains ou à protéger durablement le foncier. En réalité, ce texte apporte de petites réponses à de grandes questions. Nous avons besoin d’aller beaucoup plus loin.Tel est le sens de la démarche que nous défendons au sein du groupe socialiste. Il y a quelques semaines, nous avons proposé une autre voie : produire autrement, non pas contre les agriculteurs, mais avec eux, non en ajoutant des contraintes, mais en leur donnant des perspectives.Produire autrement, cela veut dire garantir enfin un revenu digne aux exploitants, rééquilibrer le partage de la valeur face à la grande distribution et aux industriels et protéger notre agriculture dans les négociations commerciales au lieu de la mettre en concurrence avec des modèles qui ne respectent pas nos standards. Cela veut dire aussi accompagner réellement la transition agroécologique : investir, conseiller, sécuriser. Cela veut dire enfin redonner de la cohérence, de la stabilité, de la visibilité, car ce qui manque aujourd’hui, c’est la lisibilité des politiques publiques.Alors, certes, ce texte n’est pas à la hauteur de tous ces enjeux, mais il reconnaît, même timidement, certaines réalités et répond, par des corrections à la marge, à des situations concrètes. Or, dans la période que nous traversons, nous ne pouvons pas balayer de telles avancées d’un revers de main.Parce que soutenir le monde agricole, c’est aussi, parfois, savoir adopter des mesures limitées, dès lors qu’elles peuvent aider, le groupe socialiste votera en faveur de la proposition de loi. Nous n’en continuerons pas moins à défendre une ambition plus forte, pour que demain nos agriculteurs ne vivent plus seulement de correctifs, mais d’un véritable projet d’avenir. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).