Discours du 29 avril 2026
Denis Fégné · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°214
Le lecteur officiel de l'Assemblée peut afficher son propre bandeau de cookies à l'ouverture — c'est le portail de l'Assemblée qui l'affiche, pas ce site ; fermez-le pour voir la vidéo.
Le gouvernement a fait de la santé mentale une grande cause nationale et, en effet, la situation est grave pour une partie de notre jeunesse. Les chiffres sont là, incontestables. En quelques années, les troubles anxieux et dépressifs ont explosé chez les 18-24 ans, les idées suicidaires progressent, ainsi que les hospitalisations.Derrière ces données, il y a une réalité que nous ne pouvons pas ignorer : des jeunes qui doutent, qui souffrent et qui, trop souvent, n’ont personne vers qui se tourner. Le rapport de la commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap rendu par mon collègue Sébastien Saint-Pasteur est sans appel : on assiste à une explosion des passages à l’acte, en particulier chez les jeunes filles.Quel est le bilan de votre action depuis 2017 ? Certes, il y a eu la pandémie de covid-19 qui, pendant des mois, a accru l’isolement, les ruptures sociales et la précarité étudiante mais, précisément, cette crise aurait dû être un électrochoc. Vous avez bien créé des dispositifs, lancé Mon Soutien psy, institué des numéros d’urgence et organisé des campagnes de sensibilisation, mais était-ce vraiment à la hauteur de la crise ? Les professionnels répondent eux-mêmes dans ce rapport et qualifient ces mesures de saupoudrage et de communication. Vos politiques successives sont faites de dispositifs épars, souvent tardifs, parfois inefficaces. Elles donnent le sentiment que vous agissez sans jamais transformer réellement les choses.Prenons la psychiatrie publique : elle est à bout de souffle. Le rapport signale des hospitalisations prolongées faute de solutions en aval, des patients maintenus à l’hôpital sans nécessité médicale et jusqu’à 32 % de lits occupés par défaut.Prenons les parcours de soins : ils sont disloqués. Le rapport parle d’un véritable trou noir dans l’accompagnement des jeunes, notamment étudiants, faute de coordination entre les structures.Prenons la prévention : vous intervenez lorsque la crise est déjà là. Et que constate-t-on ? Une médecine scolaire affaiblie, incapable d’assurer ses missions de repérage, avec des visites obligatoires qui ne concernent plus qu’une minorité d’élèves.Lorsqu’on évoque la santé mentale des jeunes, comment ne pas parler des 400 000 enfants suivis par l’aide sociale à l’enfance, dont la moitié souffrent de troubles psychiques ? Une refondation de la protection de l’enfance avait été annoncée ; elle a été abandonnée. Vous allez présenter un projet de loi qui n’a plus cette ambition et semble bien loin des quatre-vingt-douze recommandations du rapport de la commission d’enquête sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance rendu par ma collègue Isabelle Santiago.Madame la ministre de la santé, le 14 avril, je vous interpellais dans l’hémicycle à la suite de la remise d’un rapport essentiel sur le repérage et l’intervention précoce en santé mentale des jeunes. Que dit ce rapport ? Que « l’intervention précoce ne constitue pas à ce jour un champ structuré de la politique de santé en France ». En d’autres termes, il n’y a ni stratégie nationale claire ni cadre structuré. Il ne s’agit pas de saupoudrer quelques moyens supplémentaires, de recruter quelques psychiatres ou quelques psychologues, quelques infirmiers en pratique avancée : sans une organisation cohérente, sans coordination, sans prise en charge effective derrière le diagnostic, ces mesures resteront sans effet.Dans le même temps, vos choix politiques continuent d’avoir des conséquences. Avec Parcoursup, vous avez installé une logique de compétition permanente, source de pression scolaire. Le rapport indique aussi que la précarité amplifie fortement les troubles psychiques et reste insuffisamment prise en charge.Cependant, des solutions existent : investir massivement dans la psychiatrie publique, renforcer la médecine scolaire et le repérage précoce, structurer des parcours de soins cohérents, garantir un accès réel aux soins, mais surtout changer de logique. Il faut passer d’une politique de rustine à une politique structurelle, d’une réponse tardive à une prévention ambitieuse, d’une approche fragmentée à une vision cohérente. Une société qui laisse une partie de sa jeunesse s’enfoncer dans la détresse psychologique est une société qui abdique. Notre responsabilité, ici, ne consiste pas simplement à constater les dégâts, rapport après rapport, mais à agir vraiment.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).