Discours du 1 juillet 2026
Édouard Geffray · Première session extraordinaire 2026 · séance n°1
Le sujet que vous évoquez est, par définition, sensible. Par conséquent, j’y répondrai avec la prudence et le respect des sensibilités qui s’imposent.Le régime de Vichy est en effet qualifié comme tel par les historiens – le général de Gaulle lui-même parlait d’ailleurs à l’époque de « gouvernement de Vichy », preuve que cette nomenclature, si je puis dire, n’est pas nouvelle. Depuis des décennies, cette expression consacrée côtoie celle d’« État français », parfois celle de « régime de Pétain ».C’est une convention d’historiens assez banale que d’associer un lieu géographique à un événement qui s’y est déroulé ou depuis lequel il a été administré. Prenons la bataille d’Azincourt : Azincourt, aujourd’hui une charmante commune, est associée à la plus grande défaite – de mémoire – de l’histoire française, survenue le 25 octobre 1415, où la chevalerie française fut décimée par les archers anglais. On parle aussi de la « défaite de Sedan », pas de la « défaite de Napoléon III »…
Tout à fait ! (Sourires.)Quand on parle de la bataille de Verdun ou de la bataille de Dunkerque, on n’assimile pas Dunkerque et Verdun à ces seules batailles. À l’étranger, parler des accords de Munich, des lois de Nuremberg puis des procès de Nuremberg ne revient pas non plus à assimiler la ville de Nuremberg à ces événements historiques – effrayants pour les premiers, réparateurs pour les seconds.La terminologie utilisée par les historiens, aussi bien par le CNRS, par les Archives nationales que par la plupart des historiens qui travaillent sur le sujet, n’a pas vocation à être modifiée par les seuls programmes de l’éducation nationale. S’il est bien clair que le régime de l’État français, ou régime de Vichy, fut une trahison nationale et collective – cela a toujours été le cas et le sera toujours –, rien ne saurait réduire cette période de trahison à la seule ville de Vichy.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).