Discours du 10 février 2026
Elie Califer · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°144
L’orientation postbac est, on le sait, une étape décisive dans la vie de nos jeunes : elle conditionne non seulement leur parcours d’études, mais aussi, souvent, leur avenir professionnel. Désormais, la phase d’orientation entre le lycée et l’enseignement supérieur se passe principalement sur la plateforme Parcoursup.Le ministère de l’enseignement supérieur nous expliquait dernièrement qu’à l’ouverture de la phase de résultats de Parcoursup, près des deux tiers des candidats recevaient une proposition. Derrière ces chiffres rassurants, la réalité vécue par les élèves, les familles et les personnels éducatifs est bien plus nuancée. Parcoursup est perçu par une très large majorité comme une procédure complexe et anxiogène : elle est jugée lourde et stressante par 84 % des lycéens. Peut-être une nouvelle et dernière réforme, après toutes celles déjà menées, est-elle nécessaire.Ce ressenti est partagé par les équipes éducatives. En Guadeloupe, dès le premier jour d’ouverture de la plateforme, le rectorat constate une explosion des sollicitations. De nombreux élèves, perdus et inquiets, sollicitent leurs profs.La plateforme, difficile à prendre en main et peu intuitive, impose un suivi rigoureux dans le temps. Or cette lourdeur repose en grande partie sur les professeurs principaux, qui accompagnent les élèves dans la rédaction des dossiers, la compréhension des attendus et le respect des calendriers. Ils doivent répéter, relancer, expliquer, tout en continuant à assurer leurs cours. La charge de travail est considérable, surtout dans des académies comme la nôtre, où ils ne sont pas systématiquement deux par classe.Cette situation creuse également les inégalités sociales. Les élèves qui disposent d’un entourage familial informé, disponible, à l’aise avec les outils numériques, partent avec un avantage évident – il faut l’admettre. À l’inverse, ceux qui n’ont pas cet accompagnement prennent du retard, commettent des erreurs ou, pire encore, passent à côté d’une occasion ou d’une solution. Chaque année, des élèves perdent des possibilités d’orientation à cause d’une mauvaise compréhension de la plateforme.Si l’on se place du point de vue de la démocratisation de l’enseignement supérieur, la plateforme Parcoursup crée des perdants et déboussole plus d’un candidat. En 2024, après la première phase de résultats à la mi-juillet, plus de 85 000 candidats restaient sans proposition d’affectation ; en 2025, cette situation concernait plus de 103 000 candidats. Derrière ces chiffres, il y a des jeunes en attente, des familles dans l’angoisse et une impossibilité concrète de s’organiser.Les candidats ultramarins postulent beaucoup dans l’Hexagone, en raison d’une offre de formation locale limitée. En 2023, 62 % des lycéens ultramarins ont formulé au moins un vœu dans l’Hexagone. Les réponses tardives, après la mi-juillet, compliquent considérablement le départ – recherche de logement et démarches administratives. L’orientation tardive devient alors un facteur d’échec, ou de renoncement dès la première année.Nombreux sont ceux qui expriment un sentiment persistant : la plateforme est mal conçue, mal codée et peu lisible, ce qui donne l’impression de subir la procédure plutôt que de la maîtriser. Pourtant, l’orientation ne devrait pas être un parcours d’obstacles. Elle doit être un outil au service de l’émancipation, de la justice sociale, de l’égalité républicaine et territoriale.Après plusieurs réformes, comment simplifier l’utilisation de Parcoursup ? Le comité éthique et scientifique de la plateforme a récemment publié un rapport comprenant vingt-deux recommandations. Il plaide notamment pour une plus grande transparence des critères de sélection – car il y en a – utilisés par les établissements.Le gouvernement a-t-il l’intention de renforcer le nombre de professeurs référents ? C’est un point essentiel, notamment dans les lycées professionnels, où les besoins d’accompagnement des élèves sont plus importants.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).