Discours du 28 avril 2026
Elie Califer · Session ordinaire 2025 -2026 · séance n°213
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Monsieur le ministre, quelle est votre politique du logement pour les territoires d’outre-mer ? En janvier dernier, le gouvernement a présenté un plan Relance logement dont chacun ici a salué l’ambition et la portée. En vous donnant l’objectif de 125 000 logements sociaux construits dès 2026 et 500 millions d’euros supplémentaires mobilisés pour soutenir les bailleurs, vous avez rappelé avec force que l’accès au logement participait pleinement de la promesse républicaine.Nous nous réjouissions sincèrement que l’État ait décidé d’agir pour les millions de nos concitoyens confrontés à la crise du logement. C’était un effort attendu sur l’ensemble du territoire.Or notre joie fut de courte durée. Les territoires d’outre-mer sont exclus de ce plan. Permettez-moi de vous le dire avec gravité : nous regrettons profondément que ces derniers soient les grands absents de ce plan dynamique et ambitieux. C’est une injustice de plus.Toutefois, le pire était à venir. Entre un comité d’alerte et des coupes budgétaires de 6 milliards, vous portez un coup de rabot à la ligne budgétaire unique (LBU), outil central de la politique publique du logement dans les territoires d’outre-mer. Les crédits de la LBU prévus par la loi de finances pour 2026 – déjà en recul par rapport à 2025, il faut le dire –, ont de nouveau été réduits par des notifications adressées aux préfets, avec des diminutions inédites allant de 40 % à 62 % à La Réunion où, pourtant, 80 % de la population est éligible au logement social. Il fallait le faire !Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle s’inscrit dans un contexte de tension extrême s’agissant du logement social en outre-mer, où plus de 90 000 demandes de logements sociaux demeurent aujourd’hui insatisfaites. Le décrochage est donc d’autant moins compréhensible que les besoins, eux, ne faiblissent pas.Dans nos territoires, les contraintes structurelles sont connues : exposition accrue aux risques climatiques majeurs, réseaux d’assainissement souvent défaillants entraînant des situations d’insalubrité persistantes, pression foncière extrêmement forte et suroccupation de nombreux logements insalubres. Autant de facteurs qui rendent la politique du logement non seulement nécessaire mais urgente et vitale.À cela s’ajoute une réalité économique tout aussi déterminante : le logement social constitue le premier moteur d’activité du secteur du BTP dans les territoires d’outre-mer. Il représente 60 000 emplois directs dans des économies où le chômage demeure structurellement élevé. En réduisant brutalement la LBU, c’est donc toute une filière que vous fragilisez, avec des effets immédiats sur l’emploi.Les conséquences de ces baisses seront désastreuses en Guadeloupe. La LBU a permis d’y financer 450 logements en 2025 tandis que la dégradation des moyens envisagée pour 2026 ne permettrait d’en financer que 280, soit une diminution de 170 logements en un an, alors même que 16 000 ménages guadeloupéens attendent un logement social.La baisse des crédits ne relève donc pas simplement d’un ajustement budgétaire mais bien d’une rupture profonde dans la capacité même à produire du logement social.Monsieur le ministre, vous comprendrez qu’il est difficile d’accepter qu’au moment où un effort massif est engagé en faveur du logement dans l’Hexagone, les territoires d’outre-mer se voient privés de la dynamique pourtant indispensable à leur développement. Comment expliquez-vous cette asymétrie ? Elle remet directement en question notre conception de l’égalité républicaine. Il devient indispensable de rétablir une cohérence d’ensemble. Nous ne pouvons accepter une politique du logement à deux vitesses.C’est pourquoi nous demandons de rétablir des niveaux de crédits de la LBU conformes à ceux prévus par la loi de finances pour 2026 afin de permettre la reprise de la programmation du logement social dans les territoires d’outre-mer.Ne pensez-vous pas qu’il faille engager un travail de fond avec les acteurs concernés en vue de l’instauration d’un cadre pluriannuel pour la LBU, conformément aux recommandations formulées par le Sénat au moment de la discussion du projet de loi de finances pour 2025 ? Un tel cadre permettrait de garantir la stabilité des crédits dans le temps et de limiter le recours aux gels et ajustements brutaux, tels que ceux que nous constatons aujourd’hui. Sans réaction rapide, vous exposez nos territoires à l’intensification des tensions sociales.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).