Discours du 30 juin 2026
Elsa Faucillon · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°294
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Trente-trois, trente-cinq, trente-sept, quarante, quarante-cinq. Ce ne sont pas les chiffres du loto, mais les températures relevées dans ma circonscription et ailleurs ; dans les classes des écoles la journée, lors des oraux du baccalauréat, et dans les logements le soir et au petit matin. Nous sommes le 30 juin mais, comme il nous est imposé d’annoncer le thème de nos questions quinze jours à l’avance, je l’avais choisi avant même le dernier épisode caniculaire. Je ne suis pas climatologue, je ne lis pas l’avenir, mais j’ai été suffisamment alertée par les scientifiques pour savoir que ces phénomènes se reproduiront et s’intensifieront. Ce n’est plus une hypothèse : de telles canicules ne seront plus exceptionnelles.Qui aurait pu prédire ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir reçu des alertes depuis des années ! Qu’a-t-il été fait ? Pas grand-chose, à part traiter d’éco-terroristes les lanceurs d’alerte et nous parler d’écologie punitive. Les gouvernements Macron ont sacrifié l’écologie sur l’autel du profit et de la compétitivité, reculé dès qu’il fallait toucher aux intérêts des grandes entreprises, des lobbys industriels et de l’agro-industrie, vidé de leur substance des mesures annoncées en grande pompe, comme celles issues de la Convention citoyenne pour le climat.Comme vous avez le sens du timing, vous avez décidé début juin de réduire les crédits du fonds Vert, destinés à financer la transition écologique des collectivités. Leur baisse drastique prive les maires des moyens d’agir concrètement et, comme durant la période du covid-19, on laisse chacun s’organiser comme il peut. Cette décision est survenue peu après une réunion ministérielle sur les canicules lors de laquelle le premier ministre avait demandé de renforcer l’adaptation au changement climatique. Le fonds est passé de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliard en 2025 et vous prévoyez maintenant de le limiter à 650 millions ; il aura donc été divisé par quatre en deux ans.En matière de logement, alors que le gouvernement n’a cessé de réduire la voilure des rénovations énergétiques depuis trois ans, le ministre du logement propose de combiner des mesures de simplification administrative et d’assouplissement pour remettre sur le marché des logements énergivores. C’est totalement irresponsable, sachant que l’on pourrait plutôt réhabiliter les crédits Palulos – prime à l’amélioration des logements à usage locatif et à occupation sociale –, qui ont longtemps constitué un levier essentiel pour la réhabilitation du parc de logements sociaux. Leur réduction progressive puis leur suppression ont un coup sévère à la rénovation du parc HLM. Des millions de locataires continuent de vivre dans des passoires thermiques, transformées en fournaises l’été et en glacières l’hiver. Au-delà de leur utilité sociale et environnementale, ces crédits représentaient également un investissement vertueux pour les finances publiques : chaque euro engagé dans la réhabilitation du logement social génère des retombées économiques significatives, chaque pourcent d’investissement supplémentaire dans la réhabilitation produit des recettes supérieures pour les finances publiques.La semaine dernière, monsieur le ministre délégué chargé de la transition écologique, vous avez estimé que l’on pouvait avoir un débat dépolitisé sur le sujet de la canicule. Je ne suis pas d’accord. Non, ce n’est pas possible car, en la matière, les inégalités sont frappantes ; et cela, c’est politique. Je constate que les classes populaires sont particulièrement touchées, pendant que vos décisions politiques continuent d’épargner les plus riches, les plus privilégiés, ceux qui sont les plus responsables de ce dérèglement. L’argent que nous irions chercher chez eux pourrait servir à la résorption de ces inégalités.Le gouvernement entend-il rétablir les crédits Palulos afin de soutenir la rénovation du parc social, de répondre à l’urgence climatique et d’améliorer concrètement le pouvoir d’achat des locataires tout en renforçant les recettes de l’État ? Entend-il revenir sur la décision de réduire les crédits du fonds Vert ?
Je m’en doute !
D’ici à 2027, 10 000 écoles devaient être rénovées ; seules 2 500 l’ont été.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).