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Discours du 24 juin 2025

Émeline K/Bidi · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°253

Je voudrais rappeler comment les débats se sont déroulés en commission. Les collègues écologistes et Insoumis ainsi que Mme Youssouffa avaient déposé un amendement visant à supprimer immédiatement la territorialisation des titres de séjour délivrés à Mayotte. De leur côté, les députés de la Droite républicaine avaient déposé des amendements fixant l’échéance à 2027 ou à 2030. C’est cette dernière proposition, celle de M. Gosselin, qui a été retenue.J’ai pris la parole en commission pour expliquer que la situation de La Réunion, voisine de Mayotte, avait complètement échappé aux auteurs des amendements. La suppression des visas territorialisés, parce qu’elle n’est pas proposée par le gouvernement, n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact et on ignore le nombre précis de détenteurs d’un titre de séjour à Mayotte – raison pour laquelle nous prévoyons un recensement de la population. Aujourd’hui, on estime que la moitié de la population de Mayotte serait étrangère. Environ 50 % de ces étrangers seraient en situation régulière, ce qui représente à peu près 100 000 personnes détentrices d’un visa territorialisé.Si l’on retient l’estimation la plus basse, environ 5 % d’entre eux seraient susceptibles de venir à La Réunion. Pourquoi chercheraient-ils à gagner notre département ? Parce que nous avons atteint l’égalité des droits sociaux, contrairement à Mayotte qui projette d’y parvenir en 2031, parce que l’île n’est qu’à deux heures d’avion et que le billet coûte moins de 200 euros – il faut dix heures de vol et dix fois plus d’argent pour se rendre en métropole.L’arrivée, d’un coup, de 5 000 personnes dans le troisième département le plus pauvre de France, un département où l’on n’arrive pas à loger les habitants, où 38 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela se prépare ! Il faut savoir comment on logera ces gens, comment on accueillera leurs enfants dans les écoles, combien de lits d’hôpital supplémentaires on devra ouvrir.Il ne s’agit pas d’un débat sur les Comores ou sur notre humanité, mais de la capacité de La Réunion et de ses services publics à accueillir ces personnes. Laissons-nous du temps : restons-en à 2030 !

Vous me fournissez une transition parfaite. Il y a quand même des choses qu’on ne peut pas laisser dire ! La Réunion est plus que solidaire. La Réunion est solidaire lorsqu’elle accueille les Mahorais et les étrangers qui viennent se faire soigner grâce aux évacuations sanitaires (Evasan), lorsqu’elle accueille les prisonniers parce que la prison de Mayotte déborde, lorsqu’elle accueille les enfants mahorais qu’elle scolarise, comme elle l’a fait après le cyclone Chido…

La Réunion prend sa part de solidarité, mais elle prend ce qu’elle peut prendre et uniquement ce qu’elle peut prendre. Et si Mme Youssouffa ne passait pas son temps à dire qu’elle attend avec impatience que La Réunion s’effondre et qu’elle connaisse à son tour la submersion, si elle ne passait pas plus de temps à se battre pour que La Réunion se retrouve dans la même situation que Mayotte qu’à se battre pour l’égalité des droits, alors peut-être n’en viendrions-nous pas à proposer ce genre de mesures.Madame Youssoufa, il me semble que vous avez refusé de voter en commission des amendements que nous avions déposés pour demander l’égalité des droits – pas une simple convergence, l’égalité des droits. Il a fallu des dizaines d’années pour que La Réunion obtienne cette égalité, et nous sommes prêts à ce que Mayotte l’obtienne immédiatement. Mais non, ce qui vous intéresse, c’est que La Réunion coule. Alors, excusez-nous, mais nous ne pouvons accepter de votre part des leçons de solidarité ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes GDR et LFI-NFP.)

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).