Discours du 21 juillet 2026
Émeline K/Bidi · Première session extraordinaire 2026 · séance n°24
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Depuis le début du parcours législatif de ce texte, nous n’avons cessé de dénoncer sa logique uniquement répressive. C’est un texte décousu et fourre-tout, où vous traitez de tous les problèmes de notre société – free parties, rodéos urbains, consommation de protoxyde d’azote – en leur apportant encore et toujours une seule réponse : la répression.Vous n’abordez dans ce texte ni la question de la prévention ni celle des moyens, comme si instaurer une peine ou la renforcer suffisait à régler un problème de société. Rien sur le manque de magistrats et de greffiers ; rien sur le manque de moyens de nos forces de l’ordre ; rien non plus sur le système pénitentiaire.
Ce texte ne suit aucune logique et ne réglera rien. Vous pensez qu’avec une justice expéditive et un recours accru aux amendes forfaitaires délictuelles, nous irons encore plus vite. La Défenseure des droits, les avocats, les magistrats vous disent tous que ce texte est attentatoire aux libertés, d’autant qu’il étend l’utilisation des technologies algorithmiques. Vous n’en avez que faire, vous préférez faire de fausses promesses aux Français.Un problème ? Créons une nouvelle peine et le problème se réglera de lui-même ! Si la lecture du code de procédure pénale avait un effet dissuasif sur les délinquants et les criminels, ça se saurait ! Il est tellement plus facile de voter des mesures répressives plutôt que d’aborder le cœur du problème : les moyens de la justice et de l’intérieur. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR, sur plusieurs bancs du groupe EcoS et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Nous sommes appelés à nous prononcer sur le projet de loi Ripost : tout est dans le titre ! À la lecture de ce texte, je dois bien avouer que nous avons eu la désagréable impression que vous aviez passé plus de temps à trouver un titre qui claque que des mesures permettant de répondre efficacement aux maux de notre société. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Dominique Voynet applaudit également.)La loi Ripost, ça sonne mieux que la loi Silt de 2017 – entendez sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme –, mieux, également, que la loi « sécurité globale » ; c’est plus joli que la loi « séparatisme » ; ça sonne mieux que la loi « PATR » – prévention d’actes de terrorisme – et même mieux que la loi « narcotrafic ». Cette loi n’en reste pas moins une énième loi sécuritaire, un gloubi-boulga de normes et de mesures qui ne prennent en compte ni les questions de prévention ni les questions de moyens, comme si tous les problèmes de notre société, les anciens comme les nouveaux, pouvaient se régler par un empilement de mesures sans jamais tenir compte des hommes et des femmes qui rendent la justice et qui maintiennent l’ordre dans notre pays – ces hommes et ces femmes qui tentent, tant bien que mal et malgré vos coupes budgétaires, de faire en sorte que notre société tienne encore.Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que notre groupe, par cohérence et par conviction, s’oppose de nouveau et résolument à ce texte, comme il l’avait fait lors de son examen en commission des lois, puis en séance publique, lors de la première lecture.Sans surprise, la CMP a entériné le durcissement du texte, par une convergence – toujours la même – entre l’extrême droite et la majorité, qui s’enferre dans une surenchère répressive et un tournant sécuritaire au détriment de nos libertés et de nos droits fondamentaux.Ce texte ne propose pas de mesures cohérentes pour améliorer la sécurité de nos concitoyens ni pour renforcer les moyens des forces de sécurité. Il installe une logique d’affrontement et de sanctions systématiques, sans se préoccuper aucunement de l’efficacité réelle des mesures proposées. Sur la sécurité comme sur d’autres sujets, ce sont avant tout les moyens humains et matériels qui font défaut ; vous le savez et sur ce point, pourtant, votre gouvernement reste silencieux.Destiné avant tout à constituer une opération de communication et dépourvu de moyens supplémentaires, ce texte empile des mesures sans fil conducteur, des free parties au protoxyde d’azote, en passant par les rodéos urbains, l’extension et l’augmentation des amendes forfaitaires délictuelles ou encore la surveillance algorithmique. Le seul dénominateur commun à toutes ces mesures hétéroclites, c’est la surveillance et la répression généralisées.La CMP a maintenu, réintroduit, voire renforcé plusieurs dispositions qui avaient été supprimées en commission des lois avant d’être rétablies en séance. Nombre de ces mesures ont pourtant suscité de vives inquiétudes, en particulier de la part des magistrats, des avocats, des associations de défense des droits humains et de la Défenseure des droits. Niant l’évidence, vous persistez à n’y voir aucun problème. Ces mesures traduisent pourtant une dérive que nous avons dénoncée durant les discussions, et que le Conseil d’État lui-même met en évidence lorsqu’il alerte sur la multiplication de mesures restrictives de libertés, d’abord justifiées par l’urgence, puis progressivement pérennisées sans bilan ni débat.Réjouissons-nous tout de même que l’article 4 n’ait pas été rétabli. Il aurait conduit à une nouvelle extension du régime des interdictions administratives de stade, alors que ce dispositif constitue déjà une mesure de police administrative particulièrement attentatoire aux libertés publiques.Permettez-moi d’insister sur l’amende forfaitaire délictuelle. Vous poursuivez son extension et vous ajoutez désormais l’inscription de cette verbalisation au bulletin no 2 du casier judiciaire, avec des conséquences durables, en particulier sur l’accès à l’emploi. Pourtant, cette amende est une condamnation correctionnelle sans juge, sans avocat, sans débat contradictoire : c’est une justice sans audience, prononcée sur la seule appréciation de l’agent verbalisateur. Dans sa décision-cadre de 2023, la Défenseure des droits a demandé la suppression de ce dispositif (M. Benjamin Lucas-Lundy s’exclame) en raison des atteintes graves au droit au recours, des risques d’arbitraire et de contrôles discriminatoires ; à rebours de ses recommandations, vous la généralisez.Vous choisissez également de pénaliser toujours plus de comportements, y compris l’inhalation de protoxyde d’azote, et d’aggraver les peines, en dépit des alertes constantes des professionnels de santé.Le texte étend en outre les pouvoirs de contrôle dans l’espace public. Il crée un nouveau régime autonome de contrôles d’identité, d’inspections visuelles et de fouilles de véhicules – mesure après mesure, la logique est toujours la même.En définitive, ce texte incarne tout ce que nous refusons. Parce qu’il fragilise les libertés et les droits fondamentaux et parce qu’il repose sur une logique de répression généralisée et de surveillance automatisée de l’espace public, notre groupe votera une nouvelle fois contre ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe EcoS.)
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).