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Discours du 15 janvier 2025

Emmanuel Blairy · Session ordinaire 2024-2025 · séance n°68

Bientôt huit ans de macronisme : quel bilan pour nos agriculteurs ? Il est catastrophique. Notre modèle agricole prend en pleine face des décisions absolument contraires au bon sens et à la rigueur que notre pays a connus par le passé. Au début du XVII e siècle, Maximilien de Béthune, ministre des finances d’Henri IV – tiens tiens ! – déclarait : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France. » Quatre siècles plus tard, l’agriculture est devenue la mamelle d’ajustement d’une économie mondialisée, que les gouvernements utilisent comme un outil au gré des vents économiques, jusqu’à épuisement. Faut-il rappeler que 70 000 exploitations ont fermé depuis le début de l’ère Macron ? Si vous voulez réellement que nous évoquions aujourd’hui le bilan en matière d’agriculture, je vous parlerai hélas du bilan humain. Le rapport « Charges et produits » de la MSA (Mutualité sociale agricole) pour 2024 indique que « les consommants de soins du régime agricole de 15 à 64 ans ont un risque de mortalité par suicide supérieur de 30,9 % à celui des assurés tous régimes ». Les coûts de production explosent et l’inflation normative met en péril des filières ancrées depuis des siècles, tandis que leur faible rémunération les expose parfois à une grande précarité et au doute. Par ailleurs, la concurrence internationale représente une véritable trahison pour nos agriculteurs. L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur signé en décembre dernier menace frontalement nos paysans. À plusieurs reprises, madame la ministre, nous avons contrôlé votre action à ce sujet – et je dois dire qu’elle est nulle. Rappelons aussi que votre budget 2025 prévoyait une coupe de 13,5 % sur la mission Agriculture, alimentation, forêt et affaires rurales . Par conséquent, je crois pouvoir dire que la censure a protégé nos paysans. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Vous avez d’ailleurs tenté de faire croire que la censure votée par le Rassemblement national allait priver le monde agricole des aides promises dans le budget 2025.

Non seulement cette affirmation est fausse, mais elle illustre aussi une volonté délibérée de détourner l’attention de vos propres échecs. En ce début du mois de janvier, vous avez affirmé que toutes les aides sociales et fiscales promises seraient délivrées « en temps et en heure ».

C’est en réalité ce que nous-mêmes avions dit et promis aux agriculteurs dès le 4 décembre dernier, avec Marine Le Pen. Toute cette mascarade du Gouvernement a conduit certains syndicats à dégrader des permanences parlementaires de députés du Rassemblement national, qui sont pourtant les seuls à proposer des solutions pour nos agriculteurs. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

Nos exploitants attendent non des coups politiques mais des actes concrets, ambitieux et immédiats pour leur permettre de vivre dignement. Face à ces enjeux, le Rassemblement national appelle à une refonte totale de notre politique agricole, ce qui suppose d’instaurer des prix garantis, d’imposer un moratoire immédiat sur les traités de libre-échange, de donner à nos paysans la priorité nationale dans la commande publique et enfin de stopper l’inflation normative. Mettez-vous à la place des agriculteurs, qui ont déjà le sentiment d’être harcelés, lorsqu’ils voient débarquer l’OFB, l’Office français de la biodiversité, que certains ici, notamment à gauche, voudraient transformer en O-FBI, sorte une police de l’écologie punitive. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

Madame la ministre, je vous demande que l’on emploie de nouveau l’OFB à des missions cynégétiques – délaissées à 85 % – et laisse enfin nos paysans tranquilles. La réponse passera aussi nécessairement, comme l’a rappelé Mme la rapporteure, par une loi ambitieuse qui devra traduire une vision claire pour assurer la souveraineté alimentaire de la France tout en garantissant une transition équitable vers une agriculture durable et toujours plus compétitive. Avant de conclure, chers collègues, je vous pose une question très simple : voulez-vous que l’agriculture devienne un musée ? Car là réside le véritable enjeu. Offrons à nos paysans toutes les conditions de réussite pour que jamais ils ne finissent dans un musée. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)

Ce ne sont pas des forces de l’ordre !

Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).