Discours du 10 juin 2026
Emmanuel Mandon · Session ordinaire 2025-2026 · séance n°266
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Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, réuni pour deux jours à Francfort, sera appelé à prendre des décisions cruciales, notamment sur les taux d’intérêt. Les États membres ont donné mandat à la BCE pour définir en toute indépendance les orientations de la politique monétaire. C’est dire que le débat qui nous est proposé sur le bilan de la Banque de France, d’une certaine manière, se trompe de niveau – sans doute est-ce volontaire. On peut cependant se réjouir que ce débat thématique nous offre l’occasion de placer la politique monétaire au cœur des travaux parlementaires et de rappeler la spécificité du système monétaire.Le poids relatif de la France, de l’Allemagne et de l’Italie dans les décisions de politique monétaire européenne, pour ne prendre que ces trois pays, fait notoirement l’objet de critiques. C’est un débat légitime, mais qui ne saurait se limiter à une évaluation hasardeuse de la qualité de l’influence de l’institution nationale ou de son gouverneur sur les délibérations de la BCE. Pour nous, la question est bien plutôt celle de la force respective des économies nationales et des décisions politiques qui visent à favoriser leur développement.On peut également s’interroger sur le mandat de la BCE, lorsque celle-ci privilégie la lutte contre l’inflation tout en restant indifférente à l’hétérogénéité des économies de la zone euro et à ses conséquences sur l’emploi et la croissance. Encore celles-ci sont-elles à relativiser, puisque les plus anciens d’entre nous se souviennent de difficultés monétaires autrement importantes en Europe. Ne faudrait-il pas envisager une redéfinition du mandat de la BCE qui intégrerait comme objectifs l’emploi et la croissance ? La stabilité des prix peut-elle être l’unique boussole dans un monde qui a perdu ses repères ? Nul doute que les mois à venir apporteront des réponses à ces questions légitimes.Je voudrais maintenant évoquer l’éducation financière des épargnants face aux stimulations périlleuses qui leur sont adressées de toutes parts par de multiples intermédiaires, une préoccupation que je porte depuis de nombreux mois. Je me réjouis que d’autres collègues aient abordé ce sujet. Il faut absolument empêcher les arnaqueurs de tout poil de nuire, et par là éviter le surendettement d’épargnants trop crédules. La Banque de France assume un rôle déterminant en la matière. Ce surendettement est parfois favorisé par la sous-performance de produits d’épargne obérés par la multiplication des frais et des commissions, ou par le défaut de conseil et l’orientation vers des produits qui ne servent pas toujours les intérêts des épargnants.La Banque de France intervient de façon active dans les choix d’épargne des Français en déterminant le taux du livret A et les conditions de son évolution. On déplore souvent que les épargnants soient encouragés à se tourner vers un tel placement à faible rendement, au détriment non seulement de leur propre avantage, mais aussi du développement de l’économie. Quelles initiatives la Banque de France pourrait-elle prendre pour modifier ces comportements ?Pour conclure, je rejoins l’appréciation positive du rapporteur Jean-Paul Mattei sur la solidité et l’indépendance politique de la Banque de France malgré les crises économiques traversées ces dernières années, tout particulièrement depuis 2008.
Source : compte rendu intégral officiel de l'Assemblée nationale, capturé le 2026-09-01. Texte reproduit tel que publié par l'Assemblée, hors interventions de présidence de séance (ouverture, clôture, mise aux voix).